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Nathalie Collin : "Assurer la présence des femmes dans le numérique : c'est une forme décisive de la résistance"

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Pour Nathalie Collin, directrice générale adjointe du Groupe La Poste, en charge du numérique et de la communication, la liberté appartient aux humains, non aux algorithmes. Assurer la présence des femmes dans le numérique : c'est une forme décisive de la résistance. Pour que l'autre moitié de l'espèce humaine fasse entendre sa voix.
Pour Nathalie Collin, directrice générale adjointe du Groupe La Poste, en charge du numérique et de la communication, la liberté appartient aux humains, non aux algorithmes. Assurer la présence des femmes dans le numérique : c'est une forme décisive de la résistance. Pour que l'autre moitié de l'espèce humaine fasse entendre sa voix. (Crédits : Presse)
Source de tant de progrès, la révolution numérique comporte une faille angoissante : la brutalisation du lien social. Censée faciliter les relations humaines, la dématérialisation des décisions et de la communication conduit surtout à l'éloignement des valeurs de respect et de bienveillance.

Trop souvent sur les réseaux, l'insulte anonyme, facile, sans risques, signe de lâcheté vindicative, est devenue une seconde nature; le mensonge délibéré, qu'on appelle aussi «fake news», encombre l'espace numérique, noyant la bonne information dans la mauvaise. Loin de combattre ces dérapages, les plateformes numériques l'encouragent. Non par volonté de nuire, mais parce que cette agressivité et ces impostures «font du clic». Ces pratiques néfastes accroissent les revenus d'un business qui ne paie quasiment pas d'impôts et échappe à toute responsabilité.

Sur le plan éditorial, les plateformes ne sont responsables de rien. Alors qu'elles gèrent le bien commun de nos avis, de nos données, de nos recherches, elles se contentent de perfectionner les algorithmes qui assurent leur prospérité; elles accaparent tout le profit et toute la maîtrise, sans transparence et sans contrôle démocratique. Et dès que leurs intérêts sonnants et trébuchants sont en cause, elles combattent le pouvoir démocratique en jouant sur la supranationalité et en finançant à prix d'or un lobbying qui fausse la décision publique. L'invective remplace le respect, les fake news l'enquête, les notations individuelles systématiques le management humain. La bienveillance s'est dissoute dans les réseaux sociaux; la violence des jugements immédiats et sans appel domine. Indifférent, implacable, l'algorithme ne poursuit qu'un seul but: déclencher une nuée de clics qui générera de la publicité, dont les recettes seront immédiatement placées offshore, loin des services fiscaux. Cet incivisme institutionnalisé est un danger pour notre démocratie. La société numérique ressemble de plus en plus à une métaphore virtuelle de la série Game of Thrones, faite de violence et de guerre de tous contre tous. Le XXIèmesiècle nous ramène au Moyen-Âge.

Pour revenir à une société numérique plus humaine, plus respectueuse, plus démocratique, il n'y a qu'un seul antidote: la résistance. La valeur des plateformes, c'est nous. Elle ne tient qu'à la confiance que nous leur faisons et à nos interactions avec elles. Quand nous notons mal un chauffeur, quand nous partageons une source douteuse, quand nous hurlons avec les loups numériques, nous sommes complices. La résistance? Elle consiste à ne partager que les sources fiables. Elle consiste à réserver notre indignation aux vrais sujets, à la guerre du Yémen, par exemple, plutôt qu'aux propos maladroits de tel ou tel responsable qui s'est fait piéger par un micro. Elle consiste à noter systématiquement au mieux les chauffeurs d'Uber parce que la délation ne fait pas partie de nos valeurs.

Cette résistance doit venir en particulier des femmes, qui sont «la moitié du ciel» et qui rejettent plus spontanément la violence dans les rapports sociaux. Les femmes doivent conquérir leur place dans ce monde-là, au même titre que les hommes, pas plus, mais pas moins. Les femmes ont du mal à faire financer leurs startups, alors qu'elles ont des résultats équivalents à celui des hommes, elles sont sous-représentées dans les conseils d'administration de la Silicon Valley, elles ont du mal à se faire respecter sur les réseaux sociaux. Alors que le monde numérique doit nous représenter toutes et tous, que la diversité des genres, des points de vue, des composantes sociales, culturelles, sont à la base de la démocratie numérique, l'automatisation de la communication engendre uniformité et conformisme de la haine.

La liberté appartient aux humains, non aux algorithmes. Assurer la présence des femmes dans le numérique: c'est une forme décisive de la résistance. Pour que l'autre moitié de l'espèce humaine fasse entendre sa voix.

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