Avec son « Open Badge », le service civique change de dimension
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Le service civique séduit les DRH, à en juger par deux sondages exclusifs CSA & Ipsos, réalisés l'an dernier : plus d'un quart des recruteurs interrogés ont déjà embauché un ancien volontaire et 69 % estiment que mentionner le service civique sur un CV est un réel « plus ». Mais il pâtit encore d'un manque de visibilité, puisque seul un tiers des sondés pensent que les recruteurs en sont suffisamment informés. Face à cette donne, et à l'heure où nombre d'entreprises rencontrent des difficultés à recruter, l'Agence du Service Civique a annoncé, le 10 juin, la création de l'outil numérique « Open Badge Service Civique ». Son objectif ? Donner la possibilité à chaque ancien volontaire d'afficher clairement son expérience sur son CV ainsi que sur le réseau social professionnel LinkedIn.
De fait, le service civique est un dispositif d'Etat lancé il y a quinze ans à destination des jeunes de 16 à 25 ans pour leur permettre de s'engager dans des missions d'intérêt général (de 6 à 12 mois, à raison de 27 heures en moyenne par semaine) au sein d'associations, de collectivités locales ou d'institutions publiques, dans le cadre de missions dont les thématiques vont du sport à l'éducation en passant par la santé ou l'environnement. Et il présente plus d'un atout pour les jeunes qui s'y engagent, qu'ils soient à la recherche d'un emploi, étudiants ou en année de césure. Dans ce dernier cas, notamment, le service civique permet de « tester » une filière. D'une part, « c'est gagnant pour les entreprises qui vont accueillir ces jeunes engagés puisqu'ils ont déjà acquis les codes et la culture du secteur. Et d'autre part, pour les jeunes, l'expérience du service civique est un formidable tremplin qui leur ouvre la voie », a estimé la ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie Associative, Marie Barsacq, à l'occasion du lancement de l'« Open Badge Service Civique » lors d'une rencontre baptisée « Club DRH Service Civique » qui s'est déroulée le 10 juin dernier à Paris.
Le service civique a un « pouvoir extraordinaire pour l'insertion professionnelle des jeunes », abonde Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail. « Il y a encore un grand nombre de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études. Le service civique permet de les mettre en situation de responsabilité, d'utilité et de développement des compétences, en plus de tisser un lien intergénérationnel », observe le dirigeant de l'organisme public pour l'emploi qui accueille des volontaires en service civique pour accompagner les demandeurs d'emploi dans, par exemple, l'utilisation des services numériques. Reste que le dispositif « n'est ni assez connu ni valorisé », déplore-t-il. Or « c'est une opportunité pour les entreprises », nombreuses à indiquer qu'elles éprouvent des difficultés de recrutement, souligne-t-il.
Certaines structures l'ont bien compris. Ainsi, la Direction générale des finances publiques (DGFiP), qui a accueilli près de 4900 jeunes en service civique depuis dix ans, que ce soit pour orienter les usagers à l'accueil d'un centre des finances publics ou les accompagner dans leur utilisation des outils numériques, enregistre une hausse des candidatures. Elle a même fait du service civique - une expérience formatrice et « révélatrice de potentiel » - une « vraie filière de recrutement », d'après Valérie Séguy, responsable du service des ressources humaines de la DGFiP. Illustration, en cinq ans, le nombre de recrutements de contractuels issus du service civique a quintuplé.
De même, certaines entreprises privées misent sur les compétences des anciens volontaires. « Nous ne manquons pas de candidats au profil 'classique' », témoigne Vanessa Bouquillon, directrice de l'engagement de BNP Paribas Banque Privée. Néanmoins, « m'occupant de la finance durable et sociale auprès de nos clients, il était pour moi important de chercher des profils qui ne venaient pas naturellement vers nous » . De quoi s'adresser à L'Ascenseur, un collectif d'associations dédié à l'égalité des chances, via lequel elle a rencontré Mattéo Gimenez, un diplômé en master d'histoire des sciences ayant effectué un service civique comme chargé de mission égalité femmes-hommes chez AgroParisTech. Après ses études, désireur d'avoir davantage d'impact sur la société, le service civique était pour lui « une expérience pour tester si ce que j'avais appris pouvait me servir dans un contexte de travail plutôt que de reprendre des études », explique-t-il. Conforté dans ses capacités, et souhaitant ensuite s'essayer dans le monde de l'entreprise, il n'avait certes pas initialement songé à la finance. Mais en rencontrant Vanessa Bouquillon, et en apercevant qu'ils partageaient des valeurs similaires, Mattéo Gimenez a intégré le poste de chef de projet Engagement chez BNP Paribas Banque Privée.
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Comment les compétences acquises lors du service civique lui servent-elles ? « On associe le service civique généralement à des soft skills, mais pour moi c'étaient plutôt les hard skills », relève Mattéo Gimenez. La polyvalence, puisqu'il avait pour mission des tâches liées à la communication et à l'événementiel, tout en structurant les plans égalité et en apprenant des contraintes réglementaires ainsi que le suivi chiffré. « Aujourd'hui, je suis capable de réutiliser tout cela, entre autres pour comprendre les enjeux des autres services. Sur un poste transverse, c'est un vrai atout », de même que l'autonomie et la « logique de penser collectif ». Et Vanessa Bouquillon de confirmer tout l'apport à son entreprise d'un profil tel celui de Mattéo Gimenez, « convaincu, débrouillard et habité par la cause ». Outre l'appui qu'il représente pour elle dans le cadre d'un programme de formation des conseillers bancaires à la détection des violences économiques, il a apporté une contribution clé à l'élaboration de la fresque du climat dans leur société. « Sans un profil comme lui, nous ne serions sans doute pas allés aussi vite et aussi loin », avance-t-elle. Une confirmation que le service civique est un dispositif compatible avec « toutes sortes de réalités, de la société civile au monde de l'entreprise », conclut pour sa part Nadia Bellaoui, présidente de l'Agence du service civique.
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