« Il manque un marché boursier européen avec un segment "Nasdaq européen" » Jamal Labed, cofondateur et directeur général d’EasyVista

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« Il y a un manque de coordination paneuropéenne évident et cela va dans le bon sens qu'il soit comblé par plus de coopération, l'objectif étant de parvenir à une vraie politique industrielle du numérique en Europe.» pour Jamal Labed, cofondateur et directeur général de l’éditeur de logiciels EasyVista.
« Il y a un manque de coordination paneuropéenne évident et cela va dans le bon sens qu'il soit comblé par plus de coopération, l'objectif étant de parvenir à une vraie politique industrielle du numérique en Europe.» pour Jamal Labed, cofondateur et directeur général de l’éditeur de logiciels EasyVista. (Crédits : DR)
Alors que l’Union Européenne est à la traîne dans le domaine du numérique par rapport aux Etats-Unis et à l’Asie, la Commission Européenne ambitionne de rattraper son retard. Elle a récemment publié une « boussole numérique », qui présente ses objectifs en matière de transformation numérique à horizon 2030. Jamal Labed, cofondateur et directeur général de l’éditeur de logiciels EasyVista et ancien président du syndicat Tech In France, livre son point de vue sur cette « boussole numérique ».

La boussole numérique, dévoilée par la Commission Européenne, comporte un volet sur des projets plurinationaux avec davantage de budgets, comment l'analysez-vous ?

Il y a un manque de coordination paneuropéenne évident et cela va dans le bon sens qu'il soit comblé par plus de coopération, l'objectif étant de parvenir à une vraie politique industrielle du numérique en Europe. Toutefois, je mettrais un bémol en ce qui concerne la simplification et la facilitation d'accès aux budgets européens, puisqu'ils ne sont pas toujours consommés...

Concernant les infrastructures numériques, l'Europe vise l'autonomie et la durabilité, alors qu'elle est très dépendante des technologies étrangères. Comment peut-elle remplir cet objectif ?

En effet, l'exemple de la plateforme des données de santé françaises Health Data Hub, hébergée par l'Américain Microsoft, constitue une bonne illustration de la dépendance européenne aux technologies étrangères... Or il est difficilement acceptable que des données aussi sensibles soient soumises à des juridictions extra-communautaires. Certes, il y a déjà eu des tentatives, non abouties, de faire émerger des champions dans le passé, mais pour y parvenir, il faut une forte volonté politique en Europe et que les Etats-membres jouent chacun un rôle de catalyseur, en privilégiant les acteurs locaux lors des commandes publiques. En France, par exemple, les administrations achètent très peu de logiciels en SaaS, alors que le pays compte plusieurs spécialistes locaux comme EasyVista.

L'Europe a aussi de grandes ambitions sur la transformation numérique des entreprises, notamment pour faire émerger davantage de licornes. Sont-ils réalisables, selon-vous ?

Oui, tout à fait, car l'Europe regorge de talents et nous sommes bien placés pour le savoir en étant implantés dans plusieurs pays de la zone. Toutefois, elle n'est pas suffisamment intégrée. L'émergence de licornes n'est pas le problème, c'est la création de leaders qui l'est. En France, par exemple, la French Tech et les financements de Bpifrance sont une réussite sur les phases de démarrage. Mais lorsqu'il s'agit de lever plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de millions d'euros, ce sont les fonds d'investissements étrangers, surtout américains, qui s'impliquent... Ce n'est pas un problème d'argent, car les liquidités sont abondantes en Europe. En réalité, il manque un marché boursier européen avec un segment « Nasdaq européen ». Cela permettrait de créer une culture de l'investissement dans le numérique, de donner confiance aux épargnants et de mobiliser leur épargne abondante. Évidemment, ce projet prendra du temps et devra faire l'objet d'un accord politique entre la France et l'Allemagne, qui disposent de deux grands acteurs : Euronext et Deutsche Börse.

Le développement des compétences numériques des citoyens et professionnels figurent aussi parmi les objectifs prioritaires. Qu'en pensez-vous, sachant que le recrutement de talents constitue l'un des principaux freins dans votre secteur ?

Si l'Europe peut favoriser et promouvoir l'acculturation numérique, cela sera positif. Il faut rappeler qu'il y a une pénurie de main d'œuvre qualifiée. Ainsi, chaque année, la France compte 60 000 offres d'emploi non pourvues dans le numérique, ce qui ne permet pas aux entreprises de se développer comme elles le voudraient. Néanmoins, la formation repose sur les politiques propres à chaque pays et dans ce domaine, on constate une grande inertie. Pour inverser la tendance, il faudrait renforcer le dialogue entre toutes les parties prenantes (universités, écoles, recherche, entreprises) afin qu'elles réfléchissent et anticipent ensemble les besoins en formation.

Pour conclure, le modèle européen sur le respect de la vie privée peut-il trouver sa place face aux modèles américain et chinois ?

Absolument et c'est un sujet fondamental ! Aujourd'hui, soit nous rattrapons notre retard en imitant ce qui se fait ailleurs, soit nous inventons notre propre modèle. A ce titre, l'Europe dispose de valeurs comme le respect de la vie privée et la neutralité du Net, sur lesquelles elle doit construire son modèle et montrer l'exemple. D'ailleurs, le Règlement Général pour la Protection des Données (RGPD) a fait des émules, en particulier en Californie. Et avec l'accroissement de la maturité des consommateurs dans le monde, je pense que le modèle européen sur la protection des données sera celui de demain.

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Commentaires
a écrit le 13/04/2021 à 11:51 :
Bah c'est votre business que vous devez voir menacé chaque jour un peu plus du fait d'une UE en chute libre, on ne vous en veut pas ! Maintenant ça fait belle lurette que les actionnaires milliardaires ont placé leur fric ailleurs qu'en UE qui ne repose plus que sur les grandes entreprises allemandes d'avant guerre au final à savoir totalement dépassée et chaque jour un peu plus. Et de ce fait nos talents, qui doivent être particulièrement courageux en UE, se feront, se font déjàa acheter par ces véritables puissances souveraines et on les comprend également ces talents vu que plus rien n'est possible au sein de ce continent qui abrite un lobby qui va stériliser les femmes africaines afin que les européens puissent continuer de prendre l'avion, et c'est un lobby qu'ils qualifient d'écolo ! Bref la technologie c'est mort, les zombies ont remporté la mise en UE.

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