La Normandie veut penser l'IA pour mieux l'appliquer
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Est-ce parce que Stéphanie Yon-Courtin, native de Coutances, députée européenne (Renaissance), conseillère régionale de Normandie et conseillère départementale du Calvados, travaille, dans le cadre de son mandat européen, sur « l'équilibre entre la protection des libertés fondamentales des citoyens et l'innovation des entreprises » ? Ou en raison de la présence de Robin Rivaton, ancien conseiller politique, spécialisé dans les nouvelles technologies, essayiste et entrepreneur ? Toujours est-il que l'étape normande, le 11 décembre dernier, au MoHo de Caen, du Tour de France organisé par le Medef sur l'intelligence artificielle (IA) a été marquée par des exemples concrets, mais aussi par de la réflexion. Certes, une adoption, large et rapide, de l'IA dans les entreprises permettrait de rattraper le retard de la France par rapport aux États-Unis, tel qu'illustré dans une récente note de l'OFCE pour ce qui est de la productivité dans les services, comme l'a déclaré Jean-Philippe Daull, président du Medef Normandie. Mais pas question pour autant de s'y jeter tête baissée. Une mise en perspective, en matière de sécurité des données collectées comme d'éthique dans les usages, qui ne doivent pas interférer avec la liberté de chacun, s'impose.
Le positionnement est subtile, cependant, puisqu'il faut également « lâcher prise », selon les conseils de Franck Lefevre, référent régional de Numeum (qui organise le Tour de France de l'IA avec le Medef). Ce qu'il veut dire, c'est que la stratégie d'adoption de l'IA ne peut pas se contenter « de faire aussi bien que les humains... Il faut viser quelque chose de meilleur que l'humain », insiste-t-il. C'est d'ailleurs déjà le cas, puisque, si l'on prend l'exemple de certains diagnostics, en cancérologie ou en cardiologie, les outils dotés d'IA font mieux que les médecins.
Reste que la Normandie, région très pro-business (où le Medef compte 9 000 adhérents, dont plus de 150 étaient présents au MoHo) et très volontariste sur l'IA, pourrait bien être, comme le reste de l'Hexagone, pénalisée par un phénomène : « le manque d'autonomie des salariés pour expérimenter l'IA », avance Robin Rivaton. Pour qu'une révolution technologique advienne, une autre, managériale, cette fois, doit donc aussi avoir lieu...
Sacha Bunel, un jeune ingénieur informatique, a en tout cas profité de cette autonomie. Son employeur, Lormauto, basé à Argences (Calvados), qui transforme des voitures à moteur thermique en véhicules électriques, lui a donné carte blanche - et une mission : mettre au point, en interne, un nouveau calculateur numérique mieux adapté à ses véhicules électriques et réduire ainsi les achats en externe (et les coûts). Pour cela, Sacha Bunel a utilisé de l'IA en open source pour développer un circuit électronique. Et ça marche ! « J'ai étendu mon domaine de compétences, mais surtout, l'enjeu, pour Lormauto, était non seulement économique mais aussi stratégique », dit-il.
Autre enjeu auquel répond Stonal, dont Robin Rivaton est le directeur général : aider les propriétaires ou gestionnaires de logements sociaux, de lycées, d'établissements de santé, d'immeubles de bureau à assumer leurs responsabilités, en mettant sur une plateforme des quantités de donnés (diagnostic de performance énergétique, réglementation sur l'accès aux personnes en situation de handicap, dernier passage des spécialistes de la maintenance des ascenseurs....) ainsi qu'un tableau de bord pour qu'ils planifient les travaux à faire. « Certains disent que l'IA effectue des tâches confiées auparavant aux humains, mais dans notre cas, les humains ne faisaient tout simplement pas cet effort d'exploiter les données ! », dit-il.
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Enfin, pour ce qui est de l'entreprise de quincaillerie professionnelle Legallais, dont le siège est à Hérouville-Saint-Clair, près de Caen, l'IA contribue à la gestion de 60 000 références de produits. Quand doivent-elles être disponibles et en quelles quantités ? « Nous nous efforçons de satisfaire nos clients, relève Julien Perdereau, directeur technique web et innovation. Nous ne pouvons pas risquer de sous-stocker - et sur-stocker coûte cher... » Legallais utilise l'IA pour ses qualités prédictives, meilleures que celles de ses vendeurs pour les prévisions de ventes - d'autant que les outils intègrent d'autres éléments, comme la météo. « Les premiers résultats de notre expérimentation montrent que nous gagnons en fiabilité. De quoi mieux gérer nos stocks, améliorer notre logistique (avec 15 000 colis envoyés par jour) et augmenter nos performances. Nous tirerons des conclusions définitives en début 2025 », ajoute-t-il. Il y a fort à parier que Legallais, qui s'est adjoint les services d'une start-up dans ce dossier, adopte définitivement l'IA à l'avenir.
Conscience Robotics, une société créée en 2017 à Hérouville-Saint-Clair par Iliès Zaoui, fait également mieux que les humains dans les tâches qu'elle confie à des robots « augmentés » par de l'IA. « C'est vrai pour des clients comme Ramsay Santé, qui les utilise pour examiner des plaies à distance, en téléconsultation, ou Linemark International pour des traçages de lignes sur les routes, notamment », explique le jeune chef d'entreprise.
« L'objectif de la Commission européenne est que 75 % des entreprises utilisent l'IA d'ici 2030. Mais nous devons l'adopter dès maintenant », tranche Jean-Philippe Daull, le président du Medef Normandie. Les exemples mis en avant lors de l'étape du Tour de France de l'IA à Caen ne peuvent en tout cas que convaincre d'aller de l'avant, maintenant.
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