Le recyclage des batteries en Europe, comment renforcer le maillon faible ?
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Avec la décision de l'Union Européenne visant à mettre fin à la vente de véhicules thermiques neufs, à partir de 2035, afin de réduire l'empreinte carbone du secteur, les industriels de l'automobile sont incités à investir massivement dans le véhicule électrique.
Ce virage industriel vers l'électrique, nécessaire, pose néanmoins des questions fondamentales de souveraineté, notamment vis-à-vis de la Chine qui contrôle encore 75% de la chaîne de production mondiale des batteries et qui bénéficie d'une avance technologique certaine dans le domaine. Il pose également des questions environnementales relatives à la production et à la fin de vie des batteries.
Pour répondre à ces deux sujets, l'UE s'est donnée pour ambition de maîtriser l'ensemble de la chaîne de valeur des batteries et de favoriser l'émergence de modèles circulaires, notamment en définissant des objectifs de recyclage des batteries en fin de vie et d'incorporation des matières recyclées dans les nouvelles batteries - 16% de cobalt, 6% de nickel, 6% de lithium recyclés d'ici 2031.
La situation que traverse actuellement l'économie européenne interroge quant à la capacité de l'industrie à respecter cette trajectoire. Le ralentissement des ventes de véhicules électriques, la baisse des prix, due aux surcapacités chinoises et les incertitudes technologiques fragilisent l'ensemble des maillons de la chaîne de valeur des batteries, des projets de gigafactories aux usines de matériaux actifs de cathodes. Le maillon de la chaine le plus vulnérable reste néanmoins celui du recyclage puisqu'une grande majorité des projets de raffinage de « black mass » en Europe sont au point mort, à l'image de ceux d'Eramet-Suez à Dunkerque, de BASF en Espagne ou encore de Revolt (Northvolt) en Suède.
Or, si le sujet du recyclage peut sembler plus lointain par rapport à celui de la production de batteries, il est cependant critique. En effet, sans solution de recyclage à l'échelle, l'industrie européenne restera dépendante de l'Asie en matière d'approvisionnement de matériaux recyclés et l'impact environnemental des batteries, tout au long de leur cycle de vie, sera plus élevé.
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Plusieurs facteurs expliquent la prudence des industriels quant à leurs investissements dans le recyclage. En premier lieu, le manque de visibilité sur la quantité de matières à recycler disponibles - rebuts de production des gigafactories, batteries en fin de vie - et sur la demande finale en matières recyclées, deux éléments directement corrélés aux volumes de véhicules électriques vendus. Ensuite, la maîtrise insuffisante des technologies de recyclage à échelle commerciale et le manque de compétitivité des projets européens comparés à ceux des acteurs coréens et chinois, tant en matière d'investissement initial que de coûts de traitement. Enfin, l'incertitude technologique qui demeure sur le type de batteries que les constructeurs utiliseront au cours des prochaines années, en particulier le sujet des batteries LFP, moins coûteuses, mais économiquement plus complexes à recycler.
Pour lever les freins à la construction d'unités de recyclage en Europe et répondre aux objectifs de compétitivité et de souveraineté mis en lumière par le rapport Draghi, plusieurs leviers pourraient être activés, en particulier dans le cadre du Pacte Industriel Vert élaboré par la Commission européenne. Le premier est de faciliter la collaboration entre industriels du secteur, afin de partager les investissements initiaux et d'assurer un approvisionnement minimum en matières à recycler. Le deuxième levier est d'attirer davantage les acteurs coréens ou chinois en Europe pour accélérer le transfert de leurs savoir-faire technologique et opérationnel. Le troisième levier, réglementaire, consiste à limiter, voire interdire l'export de « black mass » en dehors de l'Union européenne pour conserver la maîtrise des matières recyclables à forte valeur ajoutée. Enfin, l'émergence de capacités de recyclage compétitives et de chaînes de valeur industrielles intégrée et durables ne se feront pas sans un soutien public fort pour financer l'innovation et les capacités de production et sans une stratégie industrielle de long-terme au niveau national et européen.
Samuel Galbois Partner, Mobility strategy
Dorian Bouveresse Senior Manager, Automotive circularity
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