« Le vert va bien au-delà de la couleur du cuir », Philippe Zorzetto

[Tribune] Il est le créateur de souliers en vogue aujourd’hui. Attaché au savoir-faire artisanal français, Philippe Zorzetto est un chausseur engagé. Pour autant, il décrie la grande difficulté de fabriquer dans l’Hexagone et cela malgré la demande de plus en plus forte des consommateurs.
(Crédits : DR)

En tant que chausseur, créateur de ma marque de souliers éponyme et entrepreneur, la crise du Covid me pousse à réfléchir sur l'avenir de mon métier et du secteur de la chaussure, du cuir, du « green » et à redéfinir mes actions. C'est vrai que notre époque est riche de nombreux sujets qui se télescopent et se questionnent les uns les autres.

Quoi qu'il arrive, nous aurons toujours besoin de chaussures et les pieds sont souvent les grands oubliés du corps. Nous avons cette chance incroyable en France d'avoir une longue tradition de créateurs géniaux, depuis l'époque de Marie-Antoinette jusqu'au succès mondial de Louboutin et les talents créatifs ne manquent pas dans notre pays en 2021.

En même temps, les artisans souffrent et notre pays a perdu la plus grande partie de son tissu industriel. Il ne reste plus en 2019 que 95 entreprises de production dans l'industrie française de la chaussure avec un effectif de 4400 personnes. La crise va sans doute les fragiliser. C'est un fait, la France n'est plus une puissance de production contrairement au Portugal, à l'Espagne et à l'Italie qui ont su préserver un tissu industriel de petites PME familiales. Il est devenu extrêmement difficile de produire une paire de chaussures sur notre territoire. Ainsi, de nombreux jeunes créateurs français connaissent des difficultés pour lancer leurs propres marques, n'ayant plus aucun atelier dans l'Hexagone pour développer leurs prototypes, lancer une petite production. Ils n'ont pas d'autre choix que de trouver des fournisseurs à l'étranger ce qui n'était pas le cas pour les créateurs des années 70, 80 qui ont pu se lancer grâce à la production locale.

La France ne manque pourtant pas d'atouts. Nous possédons encore une filière de cuir issue des déchets de l'industrie alimentaire et une nouvelle génération d'artisans essaie de redynamiser des ateliers familiaux.

Alors c'est sans doute les consommateurs, en tout cas les plus jeunes, conscients de l'impact green et à la recherche d'une mode plus durable et responsable, qui vont changer la donne française. Nos achats peuvent avoir un impact positif sur le monde qui nous entoure. Cette prise de conscience est une chance incroyable pour redynamiser ce secteur tout entier. Mais nous devons d'abord élargir la notion de « green » dans une perspective plus globale.

Être « green » c'est déjà préférer une paire de chaussures de qualité qui a été confectionnée pour durer des années plutôt que de multiplier l'achat de paires, certes à bas prix, produites au bout du monde dans des ateliers aux conditions sociales préoccupantes et que l'on garde quelques mois avant de les jeter. Acheter moins et acheter mieux et surtout garder, préserver, réparer.

Être « green » c'est développer des produits éco-conçus, mais pas que. Certes c'est une avancée énorme d'utiliser des matières au tannage végétal, de proposer pour les semelles de baskets des caoutchouc naturels ou recyclés. Mais Il faut aussi prendre en compte les sources d'approvisionnement et de confection surtout si elles sont situées à des milliers de kilomètres des consommateurs.

Pour produire véritablement « green », l'impact humain et social des choix de production est déterminant. Une fabrication la plus proche possible du consommateur, les bienfaits pour l'économie locale, voire la redynamisation de territoires qui ont connu par le passé un rayonnement, doit s'inscrire dans la démarche véritablement de « circuit court » écologique. Bien sûr il est difficilement rentable de produire l'intégralité des modèles en France, d'autant plus que de nombreux savoir-faire ont définitivement disparu. Délocaliser dans les pays limitrophes est économiquement réaliste. Mais rapatrier, même une toute partie de la production quand c'est encore possible, me semble une belle initiative pour préserver l'emploi et le savoir-faire artisanal français. Ne dit-on pas que les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Finalement la France, historiquement le berceau de la mode, a sans doute une réponse singulière à donner au monde du XXIème siècle. Nous sommes à un moment charnière où il est encore temps de se doter d'un outil industriel et artisanal d'excellence, véritablement tourné vers le circuit court et proposant aux consommateurs une production « éco- responsable » prenant en compte tous les critères du développement durable, la production locale en étant aussi un des piliers. Mais au final, c'est le consommateur, par ses choix, qui tranchera et influencera la stratégie des marques françaises.

Source Chiffres :  Fédération Française de la Chaussure / chiffres de l'INSEE

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Commentaire 1
à écrit le 04/02/2021 à 14:26
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Non ici on est (cheveux) gris on est pas green. Par contre utiliser les déchets de l'obscurantisme agroindustriel reste dépendre des principaux responsables de la destruction du monde et de son humanité, attention donc.

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