Les QPV décomplexent l'entrepreneuriat
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Rida Eddaoudi est emblématique du public (près de 5 000 personnes) qui s'est pressé le 5 décembre dernier à la Communale, une ancienne friche industrielle réhabilitée de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), lors de Quartier Général, le premier événement national de Bpifrance consacré à l'entrepreneuriat dans les quartiers prioritaires de la ville (QPV). Le jeune homme de 24 ans vient en effet de Torcy, une commune de Seine-et-Marne classée en partie QPV. Il a déjà lancé deux entreprises, l'une de marketing digital, l'autre de livraison de plats africains. Et il tord le cou à bien des clichés sur l'entrepreneuriat dans les QPV. Impossible, la prise de risque ? « Mais c'est en étant salarié et en s'appuyant à l'avenir sur le système public de retraite qu'on prend des risques ! », s'exclame-t-il. Les jeunes des banlieues entreprennent-ils parce qu'ils ont du mal à trouver un emploi salarié ? « J'ai aussi un CDI dans une boite de climatisation ! », répond-t-il.
Totalement décomplexé, il est venu, comme de nombreux autres, pour en savoir plus sur les aides financières et acquérir de l'expertise pour faire décoller son business. Les différentes solutions de soutien étaient mises en lumière lors des différentes tables rondes animées par des collaborateurs de Bpifrance et différents acteurs de l'écosystème entrepreneurial.
Rida Eddaoudi vient aussi « pour réseauter », dit-il. Autrement dit, pour rencontrer d'autres entrepreneurs - et il a noué des contacts prometteurs - ou discuter avec les nombreuses associations accompagnant les créateurs d'entreprise des QPV, dont notamment Les Déterminés, My Creo Academy, Entrepreneurs dans la Ville et Positiv, qui ont participé aux conférences et ont tenu un stand au Village des solutions. Sans oublier, pour le jeune homme de Torcy et les autres, de faire le plein d'ambition et de confiance en soi...
Cela a d'ailleurs été le maître mot de Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, lors de son dialogue sur la grande scène de Quartier Général avec Mohed Altrad. Ce dernier, fils de bédouins du désert syrien, a évoqué sa résilience, face à ses humbles débuts de vie, jusqu'à devenir patron d'Altrad, l'une des plus grandes entreprises de l'Hexagone. « Il faut oser, avoir des objectifs ambitieux malgré les difficultés, résume le dirigeant de Bpifrance, et ensuite, s'attaquer à réussir son projet. »
De nombreux néo-entrepreneurs sont venus témoigner. Comme Khadidja Benyahia, fondatrice de Finition Nette Bâtiment et lauréate du concours Talents des Cités 2024 qui a dû surmonter bien des obstacles « pour être légitime en tant que femme dans le bâtiment », dit-elle. Elle a d'ailleurs choisi d'attirer les femmes dans ce secteur qui a grand besoin de main d'œuvre - et de parité... Ou Joan Petermann-Vandaele, « sans grand parcours académique », dit-elle, qui s'est lancée, malgré « les nombreux écueils », dans la Pet Tech, en créant une station de nutrition pour chats et petits chiens, dotée d'une intelligence artificielle, qui contrôle les repas et détecte les symptômes de maladie des animaux de compagnie. Sa société, Ajibulle, a remporté le Trophée d'or Pet Tech 2024 et la Médaille de bronze au concours Lépine International Paris 2024.
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Le succès peut être au rendez-vous quel que soit le domaine. Depuis l'économie sociale et solidaire, avec les pulls tricotés par des grands-mères esseulées que regroupe l'entreprise Romando, lancée par Romane Petagna, lauréate du concours Talents des Cités 2024, jusqu'à la Deeptech, avec, entre autres, Rudy Govindoorazoo, à la tête de Flynaero. La startup, issue du CNRS, propose des solutions technologiques pour réduire l'impact environnemental des engins aériens. Même succès possible, aussi, dans l'industrie et à l'international. Marie Adeline-Peix, directrice exécutive, en charge des Partenariats Régionaux, de la Création et de l'Action Territoriale de Bpifrance, s'amuse du fait que « Brigitte comme Emmanuel aient eu droit à un pull tricoté main de la marque Romando à l'occasion de la récente remise des prix de Talents des Cités, à l'Elysée », mais surtout, elle encourage tous les jeunes entrepreneurs à s'informer sur les aides et les concours. Une bonne façon « d'obtenir de la crédibilité aux yeux des investisseurs », explique-t-elle.
Outre l'ambition et la confiance en soi, savoir s'entourer fait partie des conseils donnés par les entrepreneurs des QPV qui se sont exprimés à Quartier Général. Surtout si, comme Rudy Govindoorazoo, « on ne vient pas de ce monde. J'ai mis 18 mois pour obtenir la confiance du CNRS, dit-il, puis j'ai su trouver de bons associés et fédérer les équipes. »
En tout cas, aucun secteur n'est inaccessible aux entrepreneurs, d'où qu'ils viennent. Si la Deeptech exige souvent de lourds investissements, l'industrie aussi. Mais Jim Pasquet, co-fondateur de la société Le Pavé, qui recycle des déchets plastiques issus du secteur du bâtiment pour les transformer en panneaux puis en produits finis vendus en construction, n'en a pas moins réussi à fournir, depuis son usine à Pantin, les 11 000 sièges de gradins de l'Adidas Arena - Porte de la Chapelle et du Centre Aquatique Olympique (soit 100 tonnes de plastique recyclées), notamment. Son secret ? Une passion qui lui tient à cœur et le pousse à se lever tous les matins. « Je crois aujourd'hui que nous n'avons plus le choix que de nous engager. Il ne s'agit pas d'entreprendre pour entreprendre, mais parce que c'est le meilleur moyen de changer les choses », argumente-t-il. Voici donc une autre clé du succès, selon les témoignages des entrepreneurs des QPV : être porté(e) par son projet et sa mission.
Enfin, puisque nombreux sont ceux qui habitent dans ces quartiers mais viennent, par leurs origines familiales, d'autres pays, la conquête de l'international n'est jamais bien loin. La salle, pour la table ronde intitulée : « Diasporas : À l'assaut du monde, rencontrez les quartiers qui vont voir ailleurs », était d'ailleurs remplie de plus d'une centaine de personnes, signe que des dispositifs comme le Pass Africa attirent. Ce parcours unique en vue d'obtenir des dispositifs de financement, d'accompagnement et de formation, porté par Bpifrance et le Conseil présidentiel pour l'Afrique, vise à accélérer le déploiement des entrepreneurs français dans les pays africains. Sébastien Pascaud, coordinateur du Pass Africa pour Bpifrance (export), le conseille pour toutes sortes d'initiatives entrepreneuriales au-delà de la Méditerranée, et particulièrement dans le digital, un besoin essentiel pour les économies d'Afrique du nord et de l'ouest, et « des technologies dans lesquelles nos jeunes des QPV excellent », dit-il, pour ajouter : « Même l'Agence Française de Développement cherche des projets. »
En somme, si, comme l'assure Moussa Camara, le fondateur de l'association Les Déterminés, « il n'y a jamais eu autant d'argent pour accompagner les entrepreneurs des QPV », d'une part, et que, d'autre part, les habitants de ces quartiers montrent clairement, comme ils l'ont fait à Quartier Général, leur appétit pour l'entrepreneuriat, il y a fort à parier que le premier événement national de Bpifrance visant à célébrer l'énergie entrepreneurial des quartiers et à créer des passerelles sera suivi d'autres...
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