Révolutionner la transformation des grandes entreprises selon Lara Pawlicz

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(Crédits : DR)
2Spark, la start-up fondée par cette franco-américaine, a compris que transformation rimait avec « ubérisation », l’expression inventée par Maurice Lévy. Quant aux grandes organisations, elles ont réalisé qu’elles étaient des géants aux pieds d’argile. La solution 2Spark, qui s’appuie sur l’intelligence artificielle, les sciences cognitives et la gamification, permet d’engager tous les collaborateurs dans la réussite des projets de transformation.

C'est ce qu'on appelle être « at the right place, at the right time »... La franco-américaine Lara Pawlicz, fondatrice et CEO de 2Spark, ne renie pas l'expression, mais l'infléchit d'emblée : « Nous avions déjà commencé à conceptualiser notre outil lorsque Maurice Levy a inventé l'expression 'ubérisé' », souligne-t-elle. Avec l'ubérisation est venue la prise de conscience, de la part des grandes organisations, que, faute de transformation, elles n'étaient que des géants aux pieds d'argile. Conséquence, 2Spark a d'emblée opté pour une solution répondant à un réel besoin du marché, « alors que certaines start-up proposent des produits qu'elles trouvent simplement 'intéressants' », pointe Lara Pawlicz.

Pas étonnant, dans ces conditions, que 90% des jeunes pousses échouent, selon les statistiques. Forte du constat de Lara Pawlicz, celui de la difficulté des organisations à engager les équipes dans la transformation, 2Spark a bien l'intention de faire mentir les statistiques ! Un constat mûri au cours de la première carrière de Lara Pawlicz - 15 ans à des postes de chef de produits à l'international pour de grands groupes tels que 3M, Philips ou Gemalto - et qui l'a poussée à imaginer une solution inédite pour faire triompher la révolution. « N'oublions pas que selon les études de cabinets comme McKinsey ou le BCG, 70% des efforts de transformation échouent », enchaîne l'entrepreneure. La raison ? Le déploiement ne dépasse généralement pas les premiers échelons des grandes organisations pyramidales.

Lutter contre le désengagement des collaborateurs

Aujourd'hui, l'application, à base de sciences cognitives et de gamification, développée par l'équipe 2Spark, permet d'abord de mesurer la profondeur des organisations. Et quelquefois, elle atteint des abysses, avec, pour de grandes banques, par exemple, huit à 10 niveaux hiérarchiques. Dès lors, on comprend mieux pourquoi le message a du mal à arriver jusqu'aux collaborateurs « de la base » ! Et, tranche la CEO, « plus la profondeur est grande, plus le taux de désengagement des collaborateurs est élevé. »

Associée à la gamification, qui utilise les leviers du jeu pour engager les équipes via une application intelligente, la méthode de 2Spark repose également sur des algorithmes permettant de customiser l'outil afin d'en accroître l'efficacité en fonction du profil de l'utilisateur, le but ultime étant l'appropriation individuelle des enjeux de la transformation, via un processus itératif. En outre, détaille Lara Pawlicz, « nous avons mis au point un chatbot intelligent, Alf, qui interagit avec les collaborateurs et demande, au sein d'une population commerciale, par exemple, combien de fois ils ont fait la promotion d'un nouveau produit. » Une façon de mesurer leur niveau d'engagement et de vérifier où en est le déploiement d'une nouvelle stratégie produit. Et le tout en une minute par jour seulement !

Déploiement international en vue

Utilisés par 150 000 salariés dans 20 pays et autant de langues, la solution 2Spark ne cesse d'essaimer dans les organisations, d'autant que le renouvellement des clients s'affiche à 80% chaque année. Mieux, ils ont propulsé la jeune société, créée en 2010 mais qui a pivoté en 2014 pour choisir la transformation comme cœur de métier, vers de nouvelles ambitions, dont une expansion à l'international. « Nous avons levé des fonds, recruté une équipe de 20 personnes, que je responsabilise et laisse travailler de façon autonome, et surtout, nous avons structuré l'organisation, précise Lara Pawlicz. Nous sommes désormais en ordre de bataille pour aborder la croissance, avec l'Allemagne en ligne de mire. »

Pour la franco-américaine, c'est plus qu'une stratégie visant à pérenniser l'entreprise. C'est une vision politique. « Il s'agit de renforcer l'axe franco-allemand pour que l'Europe survive, dit-elle. Et puisque le personnel politique a du mal, des entreprises comme 2Spark doivent prêter main forte. »

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ENCADRE :

Les femmes au pouvoir

Lara Pawlicz fait partie des rares femmes (8%) qui ont lancé une start-up en France. Elle siège au conseil stratégique du numérique de la Région Ile de France, dont le but est de réunir les conditions idéales pour entreprendre et « sauver la France », comme elle le dit... De même, elle représente les start-up au conseil d'administration de Wilco, l'un des nombreux accélérateurs de la région, ainsi que les alumni à celui des Premières, premier incubateur féminin. En outre, Lara Pawlicz a reçu l'an dernier le prix de l'entrepreneure de l'année, décerné par le cabinet Deloitte (dans le cadre de Technology Fast 50), sans oublier que 2Spark est classée à la 162è place du palmarès Fast 500, le programme mondial annuel de Deloitte qui met en compétition les candidats de trois zones géographiques dans le monde : Europe, Moyen-Orient et Afrique, d'une part, Asie-Pacifique, de l'autre, et enfin, Amérique du Nord. De même, la start-up a reçu  le label EIP du programme Fast Track de Cap Digital, qui désigne les entreprises innovantes à fort potentiel de croissance pour leur permettre d'accélérer leur développement et de lever des fonds.

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