Brisez le plafond de verre ! [La chronique de Florence Sandis]

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(Crédits : Istock)
[Vous êtes une femme, vous avez un projet entrepreneurial, vous rêvez d'oser vous lancer... Chaque mois, retrouvez la chronique de Florence Sandis ! Découvrez les clés qui vous permettront de vous dépasser et d'entreprendre votre vie. Pour enfin briser le plafond de verre.]

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La mixité est facteur de performance ! Plus besoin de le démontrer, toutes les études de l'OCDE, du FMI, de la Harvard Business School ou de McKinsey le prouvent : les entreprises mixtes ont de meilleurs résultats et sont plus innovantes. Parallèlement, la promotion des femmes devient un véritable enjeu de communication et d'attractivité des entreprises et nombreuses sont celles qui cherchent à atteindre un meilleur équilibre Hommes-Femmes, y compris dans leurs hiérarchies. A cet effet, elles se fixent des objectifs quantifiés (par exemple 30%, 40 % ou 50% de femmes aux postes de direction)... mais elles n'arrivent souvent pas à les atteindre. C'est alors qu'elles font appel à mes conseils, pour augmenter la proportion des femmes dans leurs hiérarchies. Chaque jour, je suis ainsi confrontée à ce qui freine les femmes dans leur progression, provenant autant des modes d'organisation et de la culture de leur entreprise que des propres freins internes des femmes qui ont bien sûr intégré ces stéréotypes et fonctionnements séculaires. Chaque fois, j'ai la joie d'aider ces femmes, et parfois ces hommes, à trouver et actionner leurs leviers pour dépasser ces freins. Dans cette chronique, je vous offre des conseils concrets et des exemples inspirants dont j'ai testé l'efficacité et qui sont applicables par toutes et tous.

                         LEVIER N°1 : LEVEZ LE VOILE DE L'IMPOSTURE

Sur les milliers de femmes que j'ai rencontrées ou étudiées, extrêmement rares sont celles qui n'ont pas ressenti ce sentiment d'imposture. Mais qu'est-ce que ce fameux "syndrome d'imposture "? C'est le sentiment de ne pas se sentir à la hauteur, d'avoir usurpé sa place, de devoir s'excuser de prendre la parole, parfois même d'exister, d'être sous-employée et, à contrario, de ne pas se trouver légitime si les honneurs et le succès se présentent. Même arrivées au plus haut niveau, certaines ne peuvent s'empêcher de se saborder comme si une petite voix les rattrapait et leur soufflait à l'oreille : « tu n'es pas capable, tu n'as pas le droit ». « Je n'ai jamais vu une femme manager en entretien de promotion ne pas demander "Mais tu crois que je vais en être capable ?" m'a confié Isabelle Quainon, DRH adjointe de Veolia. Bien sûr, au cœur du syndrome d'imposture, il y a cet éternel enjeu de la confiance en soi.

Moi-même, j'ai souvent ressenti ce sentiment de devoir m'excuser d'exister ou de ne pas me sentit totalement légitime. C'est en écrivant mon dernier livre Brisez le plafond de verre : 12 clés pour réussir au féminin que le voile de l'imposture s'est progressivement levé, la magie de l'écriture permettant comme souvent de se transformer soi-même. De s'autoriser !

En voici quelques clés :

Ne Culpabilisez pas ! Observez.

Même les femmes ayant atteint les plus hauts postes témoignent de ce sentiment d'imposture. Sheryl Sandberg, célèbre directrice des opérations de Facebook, sacrée 5e femme la plus puissante du monde en 2011 par la magazine Forbes, écrivait dans son best-seller Lean In s'être sentie à ce point gênée de ce classement qu'elle déclara dans tous les médias qu'il était tout simplement absurde ! Christine Lagarde, femme française la plus puissante du monde, reconnaît aussi devoir y être vigilante. Aude de Thuin (formidable serial entrepreneure, créatrice du Women's Forum) y a consacré un livre, Forcer le destin : j'ai choisi le succès, l'échec m'a rattrapée (coécrit avec Jeanne Siaud-Facchin) : elle y raconte comment elle a du déposer le bilan de toutes les sociétés qu'elles avait créées, se sabordant à chaque fois, inconsciemment.

Dédramatisons et regardons ce qui ce passe.

Éprouver ce syndrome révèle que, contrairement à ce que l'on pensait, « on ne s'est pas autorisée soi-même », pour reprendre l'expression consacrée par le psychanalyste Jacques Lacan. On s'est assujettie au jugement d'autrui, à des normes. On attend probablement une autorisation de l'Autre, cet autre imaginaire qui est le fruit de notre histoire et qui pourrait nous dire « Oui, tu as le droit, c'est ta place » là où l'on s'interdit de dire « Je veux être là, je veux faire cela ». Plus largement, nous ne nous sentons pas légitimes car nous n'avons pas été envisagées par la société ou par nos parents et aînés à de hautes responsabilités, ou si nous l'avons été, ils ne nous ont pas forcément donné l'amour et la confiance qui permettent d'y parvenir. Nous sommes imprégnées d'une multitude de croyances limitantes, dues aux remarques et injonctions entendues depuis notre plus tendre enfance, la plupart n'étant que le fruit des propres croyances limitantes de ceux qui nous ont entourées.

Lever le voile de l'imposture, c'est déjà accepter de revenir sur l'enfant que l'on a été et observer que nous sommes bien plus que cet enfant. « Notre être supérieur est bien plus que l'enfant de notre histoire » pour reprendre les termes chers au coach Thierry Dubois (dans son ouvrage Le livre pour découvrir ses talents). Dans d'autres termes, Sartre remarquait déjà : « L'essentiel n'est pas ce qu'on a fait de nous mais ce que nous faisons nous-même de ce qu'on a fait de nous ».  Et cela ouvre tous les champs des possibles...

Arrêtez le sabotage

Comment sortir du cercle vicieux des croyances qui nous entravent ? Tant de personnes s'y cognent et s'y recognent encore, même après des années de thérapie. Pour y arriver, il ne s'agit pas seulement de comprendre et d'expliquer mais de nous reprogrammer. De remplacer nos croyances limitantes par des croyances stimulantes. C'est un véritable challenge mais c'est un passage obligé pour qui veut réellement se transformer. Voici des conseils pratiques pour vous libérer de ces croyances limitantes.

1. Identifiez vos croyances négatives

- Qu'est-ce que vous avez entendu sur vous-même qui vous a desservi dans la construction de votre image ? Écrivez toutes ces remarques entendues. Exemples : « Tu ne réussiras jamais » ; « Ne prends pas de risques » ; « Qu'est-ce qu'on va penser de toi ! » ; «Ce n'est pas pour les filles»...

- Déduisez alors les croyances limitantes que vous avez pu vous construire. Exemples : «Je ne vaux rien» ; « Je dois privilégier la sécurité » ; « Je n'ai pas ma place » ; « Je n'ai pas le droit de réussir »...

2. Mettez-les à distance

- Comment vous sentez-vous à la lecture des phrases que vous avez notées ?

- Lesquelles vous font ressentir un nœud à l'estomac ? Celles-ci sont encore actives et affectent votre vie.

- Dans quelle situation ces croyances vous ont-elles conduites à vous saborder? Quelles opportunités avez-vous manquées ? Que pourrait-il se produire de plus ennuyeux ?

- Comment vous sentiriez-vous si l'une de ces croyances était inversée ?

- Revivez les expériences à l'origine de cette croyance limitantes et interprétez-les de façon différente, positive, à la lumière de votre maturité et de votre expérience d'adulte. Faites cela avec chacune de vos croyances limitantes. Exemple : « Il m'interdit de prendre des risques parce que c'est lui qui a peur, c'est son histoire. Moi, ma nature est de créer, c'est quand j'ose que je suis la meilleure ! »

3. Remplacez vos croyances négatives par des croyances positives

- Si vous choisissez de ne plus croire à cette croyance négative, cherchez des preuves de la croyance contraire (où ? quand ? avec qui ?). Notez-les. Et commencez à croire à cette croyance opposée. Exemple : « Je n'y arriverai jamais » devient « J'y arrive et j'ai déjà réussi cela... à tel moment... avec telle personne ». « Plus je fais cela..., et plus je progresse »...

Etant certifiée de l'Ecole Centrale d'Hypnose, j'utilise souvent ces clés inspirées de l'auto hypnose avec les personnes que j'accompagne : elles sont très puissantes. Plus trivialement, cela rejoint le bon sens de la fameuse méthode Coué : plus vous répéterez une affirmation positive, plus vous vous en convaincrez.

On dit qu'il faut environ vingt et un jours pour créer une nouvelle habitude. Il faut en effet se convaincre régulièrement pour qu'une nouvelle croyance fonctionne. Alors n'hésitez pas à vous la répéter quotidiennement !

4. Mettez vos nouvelles croyances en action

Une nouvelle croyance n'aura de véritable effet que si vous la mettez en action. Alors, même si vous n'en êtes pas encore totalement imprégnée, faites comme si ! Les Anglo-Saxons ont une expression pour cela : fake it until you make it - « faites semblant jusqu'à le faire tout simplement ». Et mieux encore : fake it until you become it - « faites semblant jusqu'à ce que cela devienne naturel ».

Si vous arrivez toujours en retard, agissez comme si vous étiez ultra ponctuelle : arrivez en avance, sentez tous les bénéfices que cela vous procure, jusqu'à ce que cela devienne une habitude.

Si vous n'osez pas aller vers les autres, faites-le comme si cela vous était naturel : prenez votre téléphone, proposez-leur d'aller déjeuner, posez-leur des questions. Le goût de l'échange vous viendra en mangeant !

Pour conclure, si prendre conscience de vos autolimitations vous aidera à vous débarrasser de ces freins, le plus excitant est bien de vous projeter ensuite dans un schéma de réussite ! Alors soyez positives et autorisez-vous !

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Florence Sandis

Florence Sandis est journaliste, experte en Egalité Femmes-Hommes, conférencière, auteure du livre « Brisez le plafond de verre : 12 clés pour réussir au féminin » (Editions Michel Lafon, 2017).

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Commentaires
a écrit le 13/08/2019 à 12:24 :
Tellement intéréssant de voir une femme réussite dans la vie I wish too like them
a écrit le 16/11/2018 à 16:29 :
Faire comprendre aux gens, tels qu'ils soient, que leur nature est l'aboutissement de dizaine de milliers d'années d'évolution humaine oui à fond c'est indispensable, cela devrait être un débat de tous les jours même, par contre leur proposer un modèle unique alors que justement nous avons tous une expérience et une vie totalement différente de l'autre est maladroit pouvant autant générer des actes positifs pour les humains concernés que des catastrophes si les personnes s'éloignent trop et trop vite de leur nature.

Il y a des analyses indispensables mais il n'y a pas de recettes miracles adaptées à tous.

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