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« Les quotas incitent des élèves brillantes à choisir les filières d’informatique »

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Isabelle Collet, maître de conférences à l'Université de Genève rappelle que ce sont les filles qui ont le plus de mentions au bac S.
Isabelle Collet, maître de conférences à l'Université de Genève rappelle que ce sont les filles qui ont le plus de mentions au bac S. (Crédits : Presse)
Comment faire en sorte que plus 
de femmes intègrent le monde numérique ? Isabelle Collet, maître de conférences à l’Université de Genève spécialisée dans les questions de genre et d’éducation, livre des pistes d’action.

De quelle manière peut-on encourager les femmes à s'engager davantage dans le digital et les filières informatiques  ?

ISABELLE COLLET- D'abord, dans ce domaine, où elles sont déjà peu nombreuses et relativement méfiantes, il faut qu'au moins les écoles et les entreprises fassent attention à ce que le contexte d'apprentissage et de travail soit bienveillant envers les femmes. Cela implique de bannir toute communication sexiste et d'être vigilant sur les questions de harcèlement, de carrière, d'opportunités et d'encadrement. Deuxièmement, il ne s'agit pas de convaincre une femme par-ci par-là, mais de faire en sorte qu'elles puissent être plusieurs à s'engager en même temps dans les filières. Certaines écoles d'informatique organisent des stages non mixtes avant l'inscription afin que les filles se retrouvent, essaient si cela leur plaît et décident en groupe de s'inscrire ou pas. D'un coup, on bascule de peu à tout un groupe de filles qui veulent s'inscrire. Il s'agit, en somme, d'éviter qu'elles aient le sentiment de se retrouver isolées. Par ailleurs, il faut également que les entreprises soient crédibles. Ce n'est pas tout de recruter des femmes, encore faut-il leur ouvrir des possibilités de carrière. J'ai vu dans un certain nombre d'écoles venir des entreprises en étant représentées par un homme et une femme, sauf que c'étaient la DRH et le chef de projet: le message n'est pas clair. Enfin, cela peut éventuellement être une bonne chose de mettre en place des politiques de quotas. Si elles savent qu'il y a un quota de femmes, cela veut dire d'une part qu'elles ne seront pas seules et d'autre part qu'elles sont attendues et espérées. De plus, il est important de communiquer de manière appropriée sur ce quota. On ne le met pas en place pour aider des femmes en difficulté, mais plutôt pour inciter des élèves brillantes à choisir les filières d'informatique. N'oublions pas que ce sont les filles qui ont le plus de mentions au bac S. Ce quota en informatique permettrait probablement de monter le niveau de la promotion.

Les quotas sont-ils un moyen efficace pour obtenir des résultats rapidement  ?

Oui. Cela a été fait par l'Université NTNU à Trondheim en Norvège. Elle n'a pas recruté moins d'hommes, mais elle a ouvert en plus des places réservées aux femmes. Il a fallu quelques années pour que cela puisse fonctionner. Maintenant elle compte plus de 30% de femmes et ne pratique plus cette politique de quotas. Mais cela a été nécessaire au début pour produire une forte mixité dans les filières. Cependant, ce n'est pas la seule solution. Carnegie Melon University aux États-Unis a profondément changé son mode de recrutement en disant: cela ne sert à rien de recruter des personnes qui ont déjà des connaissances techniques, on va recruter des personnes qui ont des qualités nécessaires pour être un bon ingénieur ou une bonne ingénieure et ensuite on leur apprendra la technique. En outre, ils ont mis en place un cours sur le genre pour expliquer aux filles et aux garçons que le sentiment d'illégitimité chez les femmes ne venait pas d'elles, mais de messages autour d'elles qui les décourageaient. Ils ont atteint 40% des femmes sans avoir eu besoin de passer par une politique de quotas, mais en mettant en place une multitude de mesures.

La transformation est donc possible  ?

Les endroits où on voit les tendances changer sont des écoles telles que Simplon, une école sociale qui a mis en place des mesures incitatives fortes pour former des filles, ou l'Institut national des sciences appliquées qui se préoccupe de mixité et de diversité depuis des années. Elle en voit aujourd'hui des bénéfices.

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Commentaires
a écrit le 27/12/2018 à 9:49 :
Ce sont effectivement les filles qui ont le plus de mentions au Bac S (elles sont plus travailleuses, plus matures, plus sérieuses..), mais ce sont bien les garçons qui prennent le lead dans la population qui opte pour les prépa scientifiques, augmentant leurs %tages dans toutes les étapes jusqu'aux admissions dans les écoles le plus réputées type X, y compris dans les phases écrites où le sexe n'est pas écrit sur la copie (on peut cependant s'interroger sur la résistance au stress, l'aptitude à la sur-performance lors des concours.., mais certains pensent que globalement le sexe est corrélé aux aptitudes pour les sciences dures). Il y a évidemment de grandes mathématiciennes, Maryam Mirzakhani par exemple.

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