Delphine Remy-Boutang : "On ne se construit jamais seule, ou l’importance du réseau"

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Delphine Remy-Boutang, cofondatrice de la Journée de la Femme Digitale
Delphine Remy-Boutang, cofondatrice de la Journée de la Femme Digitale (Crédits : DR)
[#8mars #DroitsDesFemmes] Dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes, La Tribune propose à des femmes engagées dans l'entrepreneuriat, la mixité globale et l'égalité économique femme-homme de s'exprimer sur leurs actions, convictions et expériences de terrain. Delphine Remy-Boutang est fondatrice de l'agence The Bureau et cofondatrice de la Journée de la Femme Digitale.

« Innovation, bienveillance, partage » : telles sont les valeurs du JFD Club, premier club de networking au féminin en Europe que nous avons créé en 2016. Ces valeurs traduisent des convictions profondes, notamment le fait qu'un monde plus juste et plus créatif se construit ensemble, main dans la main. Femmes et hommes. C'est l'échange qui nous permet d'aller toujours plus loin ; d'où l'importance des réseaux. Il est essentiel de sacraliser ces moments d'échanges, ces opportunités de rencontres qui peuvent être moteurs dans un parcours professionnel.

 Le JFD Club est d'ailleurs né d'un constat, soulevé grâce à l'étude exclusive de la Journée de la Femme 2016 réalisée en partenariat avec Capgemini et la French Tech : plus de 76% des répondants estimaient que le réseautage constituait une véritable opportunité de changer et faire évoluer sa carrière. Pour les deux-tiers d'entre eux, c'est d'ailleurs « la rencontre » qui était le premier moteur d'un changement de carrière.

Jusque là, nous avions deux choix : s'adapter ou renoncer. S'adapter aux modes de fonctionnement et de networking des hommes, ou abandonner l'idée d'avoir le droit aux mêmes opportunités professionnelles qu'eux. Aucune de ces deux options n'était acceptable ; nous avons alors créé une troisième voix. Le JFD Club offre à ses membres des occasions de se rencontrer, d'échanger, dans des contextes qui leur correspondent mieux et dans lequel elles se sentent à l'aise, qu'il s'agisse d'une conférence, d'une rencontre littéraire ou d'un cours de yoga. Le club est aussi un lieu physique, car même à l'époque du tout digital, rien ne remplace la rencontre physique. Le rôle de l'humain est crucial. Cela n'est pas contradictoire avec le digital. Les réseaux sociaux viennent jouer un rôle d'accélérateur, pour faciliter ensuite l'échange réel. Ils peuvent par exemple être un formidable outil de prise de contact en nous donnant un accès direct à des personnes que nous n'aurions peut-être jamais croisé spontanément. Il s'agit ensuite de concrétiser cette prise de contact, pour que la relation se crée.

 La relation, c'est aussi celle que nous entretenons avec les hommes. Nous mettons un point d'honneur à accueillir des hommes au JFD Club, car nous sommes convaincus qu'un monde meilleur se crée bien tous ensemble. L'égalité passe par la mixité. L'enjeu est sociétal, et donc ne doit pas être, par définition, une préoccupation des femmes uniquement. Nombre d'hommes se sentent fortement concernés par ce sujet et agissent quotidiennement dans leur environnement professionnel en faveur d'une plus grande mixité.

Des hommes, nous avons aussi beaucoup à apprendre en terme de networking. Notre ambition est bien d'encourager la solidarité entre les femmes, car si chaque femme en aidait une autre, nous aurions déjà fait un pas significatif vers une meilleure représentativité des femmes dans le secteur du numérique. Ce soutien peut prendre la forme de mentoring, par exemple. Plus qu'une option, c'est même un devoir. Comme le disait Margaret Atwood, « there's a special place in hell for women who don't help other women » ! Chez les hommes, c'est quelque chose de très naturel : ils se recommandent beaucoup entre eux, ils font des mise-en-relation. Inspirons-nous d'eux !

La solidarité féminine, le mentoring peuvent être des premiers leviers pour susciter des vocations dans le secteur du numérique. L'enjeu ensuite est de mettre en avant ces femmes, ces nouveaux rôles modèles, pour qu'elles en inspirent tant d'autres à suivre leur exemple. Telle est la mission que nous nous sommes fixée avec la remise de prix Les Margaret, temps fort de la Journée de la Femme Digitale, qui récompense chaque année une femme digitale entrepreneure et une femme digitale intrapreneure. Dès le plus jeune âge, il est crucial de montrer aux jeunes femmes toutes les options de carrières qui s'offrent à elles. Il s'agit de dépasser les stéréotypes pour que les femmes investissent les métiers de demain, osent se réorienter et faire évoluer leur carrière car nous savons que 60% des métiers de 2030 n'existent pas encore aujourd'hui. Et nous sommes convaincus que les réseaux, parce qu'ils permettent le partage et la co-construction, nous aiderons à appréhender ce monde de demain, où les femmes prendront enfin la place qui leur est due !

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