Antonio Saraiva : « L’Afrique est un continent stratégique pour Syngenta »
Maimouna Dia

Antonio Saraiva
dr
Maimouna Dia

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La Tribune Afrique : Syngenta a mis en place une branche Développement durable au sein du groupe et vous êtes responsable du programme agriculture durable pour la Méditerranée, l'Afrique et le Moyen-Orient. Qu'est-ce que cela va changer pour Syngenta ?
Antonio Saraiva : La branche Développement durable est nouvelle et a été créée l'année dernière. Elle vise à promouvoir une agriculture durable et à réaliser notre business dans le cadre d'une agriculture plus raisonnée qui considère les individus et leurs besoins en termes de solutions agricoles pour la société. Notre société, qui a son siège à Lisbonne au Portugal, est implantée dans plusieurs pays africains, notamment au Maroc, au Kenya et possède des représentations commerciales dans d'autres pays du Continent. Nous sommes spécialisés dans la R&D et la production de produits phytosanitaires et de semences.
Pour ce qui est du Maroc, nous avons un centre de recherche pour le développement de semences à Agadir. Le choix des pays est souvent tributaire des relations historiques que nous entretenons avec ces derniers ou encore du dynamisme de leur secteur agricole. Pour le cas du Maroc où nous sommes implantés, le Royaume se distingue par l'importance et la variété de sa production en cultures maraîchères (horticulture, fruiticulture), mais aussi l'organisation, le développement de la filière d'exportation. Les activités de Syngenta comportent également un volet humanitaire en Afrique. C'est une fondation qui a des partenariats dans plusieurs pays, où nous avons des projets intéressants qui permettent à des communautés d'échanger de bénéficier de nos produits et expertise.
L'Afrique doit nourrir sa population et est perçue à cet effet comme un vaste marché prometteur. Syngenta a-t-elle une stratégie à moyen terme pour se positionner dans l'agrobusiness en Afrique ?
L'Afrique est un continent stratégique pour Syngenta. Il comporte des exemples de pays où l'agriculture est particulièrement développée, alors que dans d'autres, beaucoup reste à faire. Il serait bien de commencer à travailler avec les agriculteurs sur des projets de développement durable. L'objectif est de les soutenir dans la mise en valeur des énormes potentialités du Continent, à travers notamment la valorisation des terres arables, la protection et l'amélioration de la qualité des sols et l'utilisation optimale des ressources hydrauliques. Un bon accompagnement devrait générer une production agricole suffisante pour couvrir la consommation locale en Afrique et l'exportation.
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En Afrique, les projets de développement durable bénéficient en priorité et depuis quelques années des financements agricoles. Qu'est-ce que vous proposez concrètement pour accompagner l'agriculture durable en Afrique et des pays en développement de manière globale ?
Sur ce volet Syngenta a vraiment innové. Le 8 avril dernier, nous avons communiqué nos nouveaux engagements pour l'agriculture mondiale. Tout cela a commencé par un dialogue avec les parties prenantes, entamé en septembre 2018 et nous avons effectué plus de 150 sessions de contacts, d'échanges avec des acteurs et experts du monde agricole et du secteur agroalimentaire, des ingénieurs agronomes, des journalistes de la presse agricole, etc., pour leur demander leur vision d'une agriculture durable. Nous avons effectué des sessions de groupe et des sessions plus formelles qui ont été réalisées à travers le monde dans l'ensemble des pays où nous sommes présents. Ces sessions ont permis de mieux comprendre les attentes de la société et des agriculteurs, et le sens que les différents groupes donnent au développement durable.
A la fin, nous sommes parvenus à compiler un ensemble de thématiques qui se sont dégagées de ses discussions et qui constituent le soubassement de notre engagement, publié le 8 avril. Celui-ci stipule qu'il est nécessaire d'accélérer l'innovation dans un monde en perpétuelle évolution. Ce qui devrait nous permettre de lutter plus efficacement contre le réchauffement climatique ou encore de conserver la biodiversité.
Nous avons la nécessité de protéger et d'améliorer la qualité du sol, ce qui est fondamental pour une agriculture durable. Nous nous sommes engagés à faire de l'innovation guidée pour la société et la nature ; de trouver des solutions plus inspirées pour notre société et moins agressives pour la nature. Nous visons également une réduction des résidus de nos produits dans les cultures et dans l'environnement. Il s'agit d'améliorer les techniques et d'intégrer de nouvelles solutions, à travers notamment une agriculture de précision, en gestion d'eau et de répartition des produits phytosanitaires pour impacter moins le sol, en misant sur la formation des utilisateurs.
Nous avons décidé de dialoguer et d'interagir davantage avec d'autres acteurs du monde agricole et de traiter la protection phytosanitaire comme dans le domaine de la médecine, en allant chaque fois un plus loin dans la précision. Notre troisième engagement est d'investir davantage dans les domaines prioritaires des agriculteurs et qui assurent en même tant une meilleure protection de l'environnement. Il s'agit là de mobiliser les différentes parties prenantes pour trouver des solutions acceptées et acceptables pour tout le monde.
Dans les pays en développement, il est rare que la production agricole arrive à ce niveau de précision. C'est le cas notamment en Afrique. Syngenta a-t-elle un projet de solutions technologiques plus adaptées aux réalités locales ?
La technologie est devenue de plus en plus démocratique. Il y des solutions très professionnelles, mais il y a aussi d'autres facteurs et acteurs du monde agricole à prendre en compte. Ce qui veut dire que dans le monde agricole, il n'y a pas aujourd'hui que les agronomes qui ont leur mot à dire. Il partage ce terrain avec les biologistes, les ingénieurs informatiques et plusieurs autres domaines d'expertise qui composent le secteur agricole moderne. Ce qui rend la technologie agricole plus démocratique et l'on peut appliquer cela à des exploitations agricoles, professionnelles et donc apporter, adapter ces solutions technologiques aux agriculteurs des pays d'Afrique est tout à fait possible.
Est-ce que parmi les innovations technologiques agricoles certaines seraient plus adaptées aux agriculteurs des pays en développement et africains, plus précisément ?
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Effectivement. Notre offre pour les pays en développement est différente de celles proposées aux pays développés. Mais il ne faut pas oublier que quand on parle par exemple d'agriculture de précision, il faut avoir en tête que le petit agriculteur est aussi très précis. Il connaît mieux que quiconque ses sols et ses différentes plantes. En ce qui concerne les pays en développement, nous misons en grande partie sur des semences de qualité, des produits phytosanitaires adaptés aux situations locales et au cadre d'utilisation de petites quantités par les petits producteurs. Par exemple, le recours aux drones dans le secteur agricole permet aujourd'hui d'améliorer la surveillance, le recueil de données au niveau des exploitations, mais aussi d'anticiper sur les facteurs pouvant détruire les récoltes. Globalement, en Afrique, comme partout ailleurs, nous misons aujourd'hui sur le développement de solutions agricoles plus précises, pour un monde agricole où les besoins sont en constante évolution.
Propos recueillis par Maimouna Dia
Maimouna Dia