Sécurité maritime en Afrique : l’impératif oublié de l’attractivité
Serge Eric Menye
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Autrement dit, la mer en Afrique est bien plus qu'un espace de navigation. Elle est une vaste zone à forte intensité de flux, un levier de souveraineté, un moteur potentiel de transformation économique. Cependant, les promesses du continent resteront bridées, si la sécurité maritime et portuaire ne s'inscrit pas dans un projet stratégique prioritaire. Car avant d'attirer les investisseurs, de bâtir des hubs industriels ou de parler de « transformation structurelle », il faut garantir que les marchandises, les hommes et les capitaux puissent circuler en sécurité.
Tous les ports du monde affrontent des défis sécuritaires. Mais en Afrique, le contexte rend l'équation plus aiguë en raison de la conjonction entre instabilités régionales, faiblesse des capacités étatiques et porosité des frontières maritimes. Le Golfe de Guinée qui concentre plus de 90% des actes de piraterie dans le monde selon l'OMI, cristallise les fragilités régionales. Un port perçu comme vulnérable devient un facteur de risque, un coût caché, un repoussoir, au-delà même de l'économie. Les ports non sécurisés deviennent en effet des plaques tournantes pour une large gamme de trafics illicites — armes, carburant, marchandises de contrebande, êtres humains — qui alimentent des économies souterraines et financent des groupes armés, y compris certains opérant dans le Sahel, la Corne de l'Afrique ou encore en République centrafricaine. Des enquêtes menées par Interpol et des rapports de l'ONU ont documenté, par exemple, le transit d'armes légères et de munitions à travers des ports ouest-africains à destination de groupes djihadistes actifs dans la bande sahélo-saharienne.
Face à cette menace multidimensionnelle, l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale ont mis en place, en 2013, une réponse géostratégique collective : l'architecture de Yaoundé. Ce mécanisme régional de coopération maritime vise à coordonner les efforts de surveillance, de partage de renseignement et d'intervention entre les États riverains du Golfe de Guinée. Les ports d'Abidjan, de Cotonou et de Douala en constituent des points d'ancrage majeurs, jouant un rôle crucial dans le maillage sécuritaire régional. La sécurisation des ports africains ne peut être dissociée de la stratégie de développement. L'exemple du Port Autonome de Douala (PAD) est, à ce titre, emblématique. Depuis 2019, la société PortSec SA y déploie un partenariat public-privé ambitieux. À travers le projet Douala Port Security entré en phase 3 début 2025, des infrastructures modernes et des protocoles conformes au standard ISPS (International Ship and Port Facility Security) ont été mis en place. Résultat : 35% de vols en moins entre 2019 et 2023 (Challenges, 2025). Cette baisse de la criminalité portuaire a permis d'assainir les flux logistiques, mais aussi de redorer l'image du port auprès des investisseurs internationaux.
Serge Eric Menye