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DÉCIDEURS - La Tribune ToulouseEntreprises - La Tribune Toulouse

À Toulouse, le président du Cnes confirme la responsabilité industrielle de Soyouz dans l'échec de Galileo

Photo de Emmanuelle Durand-Rodriguez

Emmanuelle Durand-Rodriguez

Publié le 02 octobre 2014 à 15:53 - Mis à jour le 15 juin 2015 à 16:09

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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À quelques jours de la réunion de la commission d'enquête chargée d'analyser l'échec de la mise en orbite de Galileo, Jean-Yves Le Gall, président du CNES, pointe "un problème de qualité sur l'étage supérieur Frégate" le remorqueur spatial du lanceur russe Soyouz. Avant la conférence ministérielle de l'Esa, il détaille les discussions en cours pour convaincre les Allemands de se rallier au projet Ariane 6. Il évoque la question d'une fusion entre Thales Alena Space et Airbus Defence and Space.

À quelques jours de la réunion de la commission d'enquête chargée d'analyser l'échec de la mise en orbite de Galileo, Jean-Yves Le Gall, président du CNES, pointe "un problème de qualité sur l'étage supérieur Frégate" le remorqueur spatial du lanceur russe Soyouz. Avant la conférence ministérielle de l'Esa, il détaille les discussions en cours pour convaincre les Allemands de se rallier au projet Ariane 6. Il évoque la question d'une fusion entre Thales Alena Space et Airbus Defence and Space.

La commission d'enquête chargée d'analyser l'échec de la mise en orbite des deux premiers satellites Galileo opérationnels, le 22 août, se réunira le 7 octobre. Confirmez-vous qu'il y a eu une panne d'alimentation sur l'étage supérieur du lanceur Soyouz ?

Il y a eu un problème de qualité sur l'étage supérieur Fregat du lanceur Soyouz, ce qui a conduit à une panne d'alimentation en hydrazine des moteurs de contrôle d'attitude. En fait, cette hydrazine a gelé pendant le vol en raison d'une trop grande proximité avec un tuyau d'alimentation en hélium, qui était particulièrement froid. Cette non-conformité est difficile à admettre mais ça peut arriver. En revanche, ce qui est plus grave de mon point de vue, c'est que le contrôle qualité ne l'a pas vue.

Les Européens vont-ils modifier leur stratégie de déploiement qui prévoyait de lancer les dix premiers satellites Galileo avec Soyouz et les douze suivants avec Ariane 5 ?
Mon sentiment est qu'il faut consolider la constellation Galileo avec rapidement, un ou deux lancements d'Ariane 5. Perdre deux satellites, ce n'est pas gravissime. Mais si on devait avoir un autre problème sur le prochain lancement, cela pourrait remettre en cause le programme. Et cela n'est pas possible car Galileo est pour l'Europe, une alternative au GPS, développé par et pour l'armée américaine. En outre, il permettra d'offrir une meilleure précision du signal et une meilleure datation.

Cet échec de Soyouz plaide-t-il en faveur d'Ariane 6 ?

Les difficultés de qualité de l'industrie spatiale russe sont connues. Jusqu'au 22 août, nous étions passés entre les gouttes. L'échec récent renforce notre analyse selon laquelle il faut avoir un lanceur européen de souveraineté. Ne pas être autonome pour lancer nos satellites gouvernementaux n'est plus possible. C'est tout le sens du développement d'Ariane 6.

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Quelle est la proposition française pour Ariane 6 qui, à terme, remplacera Ariane 5 ?
Ariane 6 sera une synthèse entre Ariane 4 et Ariane 5. Ariane 4 était un lanceur modulaire, qui a marqué son époque, même si son dernier vol remonte à février 2003. Pour Ariane 6, nous allons reprendre pour le premier étage, le moteur Vulcain 2 d'Ariane 5 et nous lui adjoindrons un étage supérieur qui utilisera le moteur Vinci, en cours de développement. Ce corps central cryotechnique sera très simplifié par rapport à celui d'Ariane 5 et permettra d'avoir deux versions d'Ariane 6, l'une avec deux propulseurs à poudre pour lancer les satellites gouvernementaux et l'autre avec quatre propulseurs pour lancer les satellites commerciaux.

Pourquoi faut-il remplacer Ariane 5 ?

Le secteur spatial connait une révolution comparable à celle que l'informatique a vécue dans les années 70. En dehors d'IBM, les grands acteurs de l'époque ont tous disparu, remplacés par Apple, Microsoft et quelques autres. Aujourd'hui, dans le spatial, nous voyons l'arrivée de nouveaux acteurs comme SpaceX dont le parcours interpelle : huit lancements réussis en un an, pour la première année d'exploitation du lanceur. C'est pour faire face à cette nouvelle approche, appelée aux États-Unis, le NewSpace, que nous sommes en train de réagir. L'objectif est de diviser par deux, le coût de lancement au kilo, grâce à trois facteurs : un lanceur de conception simplifiée, une organisation industrielle optimisée et un soutien sans faille des pouvoirs publics européens. Prenons l'exemple du pas de tir : aujourd'hui, celui d'Ariane 5 ressemble à une petite ville alors que celui du lanceur de SpaceX tient sur un demi-terrain de football. Ariane 5 a été développée dans les années 80 avec une approche "technology driven". Avec Ariane 6, nous sommes définitivement dans le monde du "cost driven". Ariane 5 est aujourd'hui le meilleur lanceur du monde avec 61 succès d'affilée, mais il atteint la limite de sa compétitivité. C'est pour cela qu'il est urgent de développer Ariane 6.

Au sein de l'Europe spatiale, qui est pour et qui est contre Ariane 6 telle que vous la décrivez ?

Il y a un consensus sur ce projet entre l'Agence spatiale européenne, le CNES et l'industrie. Il reste à convaincre nos partenaires européens, notamment allemands. Pendant longtemps, on leur a expliqué qu'on allait fait Ariane 5 ME, une version améliorée d'Ariane 5. Maintenant on leur demande de passer directement à Ariane 6. L'Allemagne avait l'ambition de récupérer une part importante du développement d'Ariane 5 ME. Il faut la convaincre que si on saute cette étape, elle aura toute sa place dans le projet Ariane 6 et qu'in fine, elle sera gagnante.

Quel est le calendrier d'ici la conférence de Luxembourg le 2 décembre ?

Il y a eu une réunion des ministres le 8 juillet à Genève afin de prendre en compte les bénéfices de la nouvelle organisation industrielle entre Airbus et Safran. Les ministres se sont vus à nouveau le 23 septembre à Zurich où notre travail de l'été leur a été présenté. Ils se reverront en novembre pour, je l'espère, établir l'accord qui sera ensuite entériné le 2 décembre à Luxembourg.

La création de la joint-venture Airbus-Safran affaiblit-elle le CNES ?

Non, au contraire, elle le renforce parce que cette organisation industrielle est la seule façon d'avoir des lanceurs compétitifs en Europe et donc un avenir pour Ariane. Concrètement, l'industrie aura plus de marges de manœuvre mais elle prendra aussi plus de risques.

L'intégration d'Arianespace dans la joint-venture est d'actualité ? 


La question est en train d'être étudiée. Il est clair qu'il faut optimiser l'organisation industrielle, en particulier parce qu'il y a des entités différentes qui interviennent sur les mêmes sites. S'il y a une seule structure, on peut faire des économies, notamment sur le management. L'autre sujet, c'est l'actionnariat d'Arianespace et là aussi, une réflexion est en cours pour déterminer quel modèle sera le plus efficace.

Thales Alena Space et Airbus Defence and Space seront-ils amenés à fusionner ?

C'est vrai qu'il y a un débat. Certains disent qu'il ne faut pas avoir un monopole pour permettre aux gouvernements d'avoir le choix. D'autres disent qu'il faut réunir les maîtres d'œuvre pour améliorer la compétitivité. Et pendant ce temps, nous sommes en concurrence avec les États-Unis qui ont un budget consacré au spatial, sans commune mesure avec l'Europe. Si on devait arriver à une vraie crise de compétitivité, alors il faudrait arriver à un rapprochement entre nos maîtres d'œuvre. Mais il faut être bien conscient que cela aura un coût...

Ce « NewSpace » est-il applicable en Europe ?


Il faut s'en inspirer avec nos spécificités. Les entreprises américaines embauchent et licencient massivement. Ce n'est pas notre habitude. Il faut faire la synthèse entre une compétitivité qui permet de lutter avec les États-Unis et un certain nombre de contraintes qui sont à ce stade incontournables en Europe car nous n'avons pas le même modèle social. C'est ce à quoi nous réfléchissons pour nos projets d'avenir, notamment Ariane 6.

Le CNES prépare un événement majeur, l'atterrissage du robot Philae sur la comète Churyumov Gerasimenko, le 12 novembre. C'est un programme important ?

C'est un programme qui nous occupe depuis une vingtaine d'années. Nous devions lancer Rosetta le 12 janvier 2003 pour arriver sur une autre comète en 2010. En 2002, l'échec d'Ariane 5 nous a poussé à retarder le lancement de Rosetta jusqu'au 2 mars 2004 pour viser la comète Churyumov-Gerasimenko. Les scientifiques étaient un peu dépités de devoir attendre quatre années de plus. Aujourd'hui, ils sont enthousiastes car le noyau de cette comète est extraordinaire. Le 12 novembre, Philae va descendre pendant 7 heures pour se poser sur le noyau de la comète. Le CNES sera partie prenante de cet événement planétaire car nous avons développé Philae avec nos partenaires allemands du DLR. Aujourd'hui on pense que, s'il y a de la vie sur Terre, c'est parce que notre planète a été ensemencée par des bombardements cométaires il y a des milliards d'années. Les comètes ont probablement amené sur la Terre les molécules pré biotiques qui en se recombinant ont créé l'ADN, puis la vie. Cette opération sera à suivre en direct à la Cité de l'espace à Toulouse.

Propos recueillis par Emmanuelle Durand-Rodriguez et Denis Lacoste, directeur de la recherche de TBS, lors de la Matinale Objectif News le 2 octobre à Toulouse

Emmanuelle Durand-Rodriguez

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