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Sivens, l'élu écologiste Gérard Onesta demande à Ségolène Royal d'avoir "le courage" d'annuler la déclaration d'utilité publique

Photo de Sophie Arutunian

Sophie Arutunian

Publié le 05 novembre 2014 à 14:24 - Mis à jour le 23 janvier 2015 à 09:21

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Il est "ulcéré" par la situation du barrage de Sivens. Fervent opposant au chantier, le vice-président du Conseil régional EE-LV Gérard Onesta (ancien vice-président du Parlement européen) réagit après la réunion d'hier soir au ministère de l'Écologie. Selon lui, Ségolène Royal doit avoir "le courage" d'annuler la déclaration d'utilité publique (DUP) publiée en octobre 2013. Il dénonce "le ping-pong indécent" entre l'État et les élus locaux et estime que sur ce dossier, le fond du problème réside dans la...

Ségolène Royal se pose en médiatrice dans le dossier Sivens. Vous parlez d'une "imposture", pourquoi ?

Cette réunion d'hier soir, c'est le bal des faux-culs. Ségolène Royal est dans la posture et dans l'imposture. Elle se donne le rôle de celle qui a rétabli le dialogue, on dirait Saint-Louis, sous le chêne, en train de rendre la justice. Mais le dialogue, c'est avant l'été qu'il fallait l'établir. Et qu'on ne nous fasse pas croire que les deux parties refusaient de se parler, car cela fait des mois que les opposants au barrage réclament, justement, ce dialogue.

La ministre a repoussé une décision ferme sur l'avenir du chantier à "la fin de l'année" et préconise l'envoi de nouveaux experts. Est-ce une bonne décision ?

Je sais comment fonctionne un chantier : nous sommes sur une zone humide. L'hiver, c'est un vrai marécage, et aucun engin de chantier ne peut y pénétrer. Donc dans tous les cas, le chantier est bloqué jusqu'en avril prochain, qu'on le veuille ou non. Cela signifie que rien ne sera prêt en juin pour toucher les financements européens. Les experts ont parlé d'un montage financier "fragile" et pour cause, le financement n'est pas tenable !

Qui doit décider aujourd'hui : l'État ou les élus locaux ?

Ce ping-pong entre l'État et les élus locaux est indécent. Puisque Thierry Carcenac refuse d'assumer ses responsabilités, la balle est dans le camp de l'État : celui-ci doit suspendre la déclaration d'utilité publique du projet. Mais je constate que la "bravitude" n'est appliquée que jusqu'à un certain point. Ségolène Royal a des lobbies en face, ceux-là même qui manifestent aujourd'hui dans les rues de Toulouse (les agriculteurs ont manifesté aujourd'hui à l'appel de la FNSEA et des Jeune Agriculteurs, ils ont notamment dégradé le local d'EE-LV, qui a porté plainte, NDRL). Ces gens-là ne font jamais l'objet de poursuites, étrangement. Aujourd'hui, le projet de barrage ne correspond plus à celui validé il y a 10 ans, et le financement n'est pas solide. Je m'adresse à la ministre : Madame Royal, ayez le courage d'annuler la DUP, prononcez un moratoire. C'est ce qui aurait dû être fait hier soir. Votre rôle n'est pas de venir couper le ruban quand le chantier sera terminé.

Que pensez-vous de la manière dont le gouvernement gère cette crise ?

Sivens fait figure de symbole, et il a fallu un drame pour en arriver là. Mais il n'y a une chose que le gouvernement - pas plus que les gouvernements précédents - n'a pas compris, c'est d'où viennent ces protestations. Elles viennent de la genèse même du projet. Le problème, c'est la consanguinité qui règne dans les instances décisionnaires. L'organisme qui a fait l'étude d'impact est le même que celui qui réalise les travaux : la CACG. Les personnes qui siègent à la CACG sont les mêmes qui étaient chargées au sein du Conseil général du Tarn de prendre la décision de construire ou non ce barrage.

Il y a un déficit de démocratie ?

C'est une démocratie inversée qui s'est mise en place. Le projet a été voté en assemblée plénière au Conseil général du Tarn, certes, mais les documents soumis par Thierry Carcenac aux élus étaient mensongers. Les associations ont gagné les recours en justice mais les travaux avaient déjà commencé. Impossible de faire étudier des alternatives, et pendant ce temps, la CACG fait tourner la machine à cash.

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Vous êtes opposé au barrage de Sivens, quelle solution proposez-vous ?

Il faut dresser un constat des vrais besoins. Manuel Valls a affirmé, quelques jours après la mort de Rémi Fraisse, que le barrage servirait à alimenter en eau la ville de Montauban. Comment peut-on dire de telles inepties ? Une fois les besoins évalués, il faut envisager les alternatives. Si un barrage ou une retenue d'eau se fait, il ne sera pas de cette taille, et pas dans une zone humide. Je rappelle que Sivens, avec 91 espèces remarquables, est une cathédrale de la biodiversité.

Que pensez-vous de la posture de Martin Malvy ?

Martin Malvy est un homme de consensus, on ne peut pas lui enlever ça. Nous l'avons alerté maintes fois sur la situation de Sivens. Il nous a répondu "nous ne sommes pas payeurs, donc pas concernés". N'oublions pas que le Conseil régional possède 7 % de la CACG et 50 % de l'Agence de l'eau Adour-Garonne. Il est quand même un peu impliqué. Je pense que Martin Malvy aurait été plus utile s'il avait demandé à l'État de suspendre la DUP.

À lire également

  • Barrage de Sivens : que dit le nouveau rapport des experts ?
  • Bruxelles ouvre une procédure d'infraction contre la France
  • Sivens, Thierry Carcenac suspend le chantier en attendant la réunion convoquée par Ségolène Royal

En savoir plus :

Au sujet de la réunion d'hier soir, Martin Malvy a déclaré : "On ne pouvait pas attendre de cette réunion la solution à un problème dont chacun sait l'intensité dramatique avec la mort de Rémi Fraisse et à quel point elle est marquée par des oppositions fortes. Chacun s'y est exprimé, c'était le but recherché par Ségolène Royal. Et un accord est intervenu autour de la nécessité de poursuivre la réflexion autour du rapport des experts qu'elle avait mandaté. Une première réunion a été fixée qui aura lieu la semaine prochaine. J'espère qu'elle permettra de progresser dans la double perspective de la nécessaire desserte en eau d'une agriculture locale caricaturée par certains et de la protection de l'environnement. L'État doit être partie prenante de ce débat. C'est lui qui donne son autorité aux projets élaborés par les élus. C'est aussi lui qui est responsable de l'ordre public et de la sécurité des citoyens menacée d'une manière inacceptable sur le site de Sivens où tous ont appelé ce soir au retour au calme".

Sophie Arutunian

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