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"La position de François Hollande sur les changes est contradictoire avec les mesures engagées en France"

Propos recueillis par Romaric Godin

Publié le 15 février 2013 à 08:38 - Mis à jour le 15 février 2013 à 08:48

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Gilles Moec, économiste chez Deutsche Bank.

Gilles Moec, économiste à la Deutsche Bank, a publié le 25 janvier une étude sur les « seuils de douleur » de la monnaie unique pour les économies européennes. Il parvient à la conclusion qu'avec le rythme prévu de croissance du commerce mondial, les chefs d'entreprises exportatrices de la zone euro ressentent une baisse de leur compétitivité à partir d'un niveau de 1,37 dollar par euro. le niveau de perception n'est cependant pas le même partout : à 1,17 dollar l'euro en Italie, il monte jusqu'à 1,87 dollar l'euro en Espagne en passant par la France (1,24 dollar) et l'Allemagne (1,79 dollar). Pour La Tribune, il revient sur les résultats de cette étude.

Votre étude ne porte pas sur les conséquences économiques de l'euro fort, mais sur le niveau de perception. Est-ce suffisant ?

Les esprits chagrins pourront regretter ce parti-pris. Mais ce sont justement les perceptions qui m'intéressent, parce que ce sont elles qui vont avoir ensuite un impact sur les décisions d'investir et d'embaucher, et donc sur la croissance. La question de la perception de la force de la monnaie est donc centrale et c'est sans doute le meilleur indicateur pour juger des effets du taux de change.

Le fait que l'Espagne apparaisse comme immunisée, plus même que l'Allemagne, contre l'euro fort est une surprise. Comment l'expliquez-vous ?

C'est un phénomène relativement nouveau. Dans les années 1990 et 2000, le seuil de douleur espagnol était juste au-dessus de celui de la France et de l'Italie. Aujourd'hui, il a disparu - ou en tout cas il a tres fortement augmenté, il ne faut pas « fetichiser » le résultat brut d'equations économetriques - principalement en raison des gains de compétitivité qui ont été réalisés depuis le début de la crise. Si le taux de chômage est si élevé, c'est justement parce que les entreprises ont amélioré leur productivité. Ceci a renforcé la résistance des exportateurs espagnols.
Par ailleurs, l'Espagne est très intégrée dans les flux internationaux. Les entreprises espagnoles sont souvent des sous-traitants d'autres entreprises de la zone euro. L'euro fort pèse donc d'abord sur les clients finaux.

Ces gains de productivité ne se voient pas au même niveau pour l'Italie ?

Non, pour le moment l'impact des mesures Monti sur la productivité italienne est quasiment nul. La productivite la-bas est actuellement inférieure au niveau qu'elle avait atteint avant la grande recession, en 2007. Il n'y a pas pour l'instant d'ajustment, et cela se ressent dans la poursuite d'une déterioration de la performance a l'exportation de ce pays.

Vous décrivez les trois clés de l'insensibilité allemande : flexibilité du marché de l'emploi et du temps de travail, délocalisation des sous-traitants et « monopoles de fait » des produits allemands en raison de leurs avances technologiques. Les syndicats allemands semblent se montrer moins flexibles sur les salaires. Ceci pourrait-il changer la donne ?

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On sent que l'on est au bout d'un cycle. Les syndicats s'étaient montrés très compréhensifs durant les années 2000, ce n'est plus le cas aujourd'hui. L'ambiance n'est plus aussi ouverte. Néanmoins, les gains de productivité sont là. La flexibilité introduite par les réformes Schröder reste en place et cela préserve une partie des avantages allemands.

La France peut-elle s'inspirer de ce modèle allemand ?

Le pacte de compétitivité et l'accord sur le marché du travail sont des étapes tres importantes parce qu'elle vont a terme créer un terrain de jeu commun avec l'Allemagne et cela peut relever le « seuil de douleur » de l'économie française face à l'euro fort. La France n'a pas de problème de productivité, qui depuis le debut de l'union monetaire progresse en gros comme en Allemagne. Elle a un problème de répartition des gains de productivité qui se dirigent de façon anormale vers les salaires et un problème de flexibilité de son marché du travail.

Selon vous, l'euro fort ne va pas modifier la politique monétaire de la BCE...

Mario Draghi a pris en compte l'appréciation du taux de change lors de la dernière conférence de presse. Je ne vois cependant pas la BCE se fixer un objectif de change.

L'ambition de François Hollande de donner à l'Europe une politique de change est-elle illusoire ?

Il y a chez les dirigeants français une obsession du taux de change qui est mal placée. François Hollande ne se distingue pas de Nicolas Sarkozy sur ce terrain. Mais il est impossible de fixer un taux de change ou même de le cibler avec une politique monétaire indépendante et une liberté des capitaux, c'est le fameux « triangle » du prix Nobel Robert Mundell. Cette position est du reste contradictoire avec les efforts qui sont engagés pour améliorer la compétitivité et qui prend acte que la seule possibilité de réduire les effets de l'euro fort, c'est de renforcer la productivité.

Propos recueillis par Romaric Godin

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