Les jeunes diplômés toujours plus freinés à l'embauche

Par Ornella Legall  |   |  762  mots
L'obtention d'un diplôme n'est que le début d'un long chemin semé d'embûches pour les jeunes avant de parvenir à décrocher un premier emploi. /Reuters (Crédits : Reuters)
Les jeunes diplômés rencontrent des difficultés lorsqu'il s’agit de trouver un premier emploi et font face à plusieurs obstacles : bas salaires, manque d’expériences, études trop longues... sans oublier les filières dites bouchées et les disparités entre hommes et femmes. La Tribune revient sur ces principaux freins à l’emploi des jeunes.

Il n'est pas simple d'aborder un premier emploi, même lorsqu'on est "sur-diplômé". Parmi les premières déceptions : le salaire. En effet, selon une étude publiée mardi par la Conférence des Grandes Ecoles (CGE), les salaires à l'embauche des jeunes diplômés de grandes écoles ont diminué.

Cette tendance s'observe pour les managers et les ingénieurs qui, à la première embauche, ont vu leurs rémunérations moyennes diminuer ces dernières années : de 7% pour les managers et de 2% pour les ingénieurs entre 2005 et 2014. Depuis leur sortie d'école en 2013, un manager et un ingénieur gagnent un peu plus de 29.000 euros (brut annuel, hors primes) contre respectivement, 31.500 euros et 29.500 euros en 2005.

Un temps de recherche qui s'allonge

En plus d'un premier salaire en baisse, "on propose moins d'emploi aux jeunes diplômés, qui décident plus vite d'accepter ou pas une offre ", souligne Bernard Ramanantsoa, directeur général de l'école de commerce HEC.

80,5% des élèves diplômés en 2013 d'une grande école de commerce ou d'ingénieur décroche un emploi 12 à 18 mois après la sortie d'école, contre 81,5% l'année précédente, selon l'étude.
Une baisse du taux notable qui reste cependant assez élevé au vu du contexte général pour les jeunes diplômés. Les ingénieurs et managers restent donc une branche isolée assez bien lotie.

En revanche, les jeunes diplômés de moins de trois ans, toutes branches confondues, sont encore 49% à rechercher un premier emploi contre 45% l'année précédente selon un rapport publié sur "l'humeur des jeunes diplômés" fin janvier par le cabinet Deloitte.

En 2014, la durée de recherche dépasserait cinq mois, soit sept semaines de plus qu'en 2013. La part de jeunes en recherche s'est même accrue de quatre points en un an.

Un manque d'expérience handicapant

Toujours selon cette étude réalisée en partenariat avec l'Ifop, le manque ou l'absence d'expériences serait, pour un jeune sur deux, le frein principal à leur employabilité. Cette dernière donnée concerne spécifiquement les titulaires d'un diplôme de niveau Bac à Bac+5 depuis moins de trois ans en poste, ou en recherche d'emploi dans le secteur privé. La principale explication résiderait dans le manque d'opportunités de réaliser des stages à l'université, ce qui empêcherait les étudiants d'acquérir de l'expérience.

Aujourd'hui, être moins diplômé serait même plus avantageux lors de la recherche d'un travail. Un jeune titulaire d'un Bac+2 aurait en effet plus d'opportunités qu'un titulaire d'un Bac+5.
La raison est simple : les jeunes les moins diplômés auraient d'avantage d'offres d'emploi réparties dans les différentes régions et dans les différents secteurs, selon le baromètre du moteur de recherche d'offres d'emploi Adzuna publié mardi 10 juin par le magazine Challenges.

Des études orientées vers des filières "bouchées"

Des études plus courtes mais aussi mieux orientées seraient le mariage parfait pour décrocher un premier emploi. Privilégier les filières manuelles, souvent délaissées, serait le meilleur choix pour résoudre les problèmes d'emploi en France selon Jean-Marc Mickeler, associé directeur des Ressources Humaines chez Deloitte.

Il précisait d'ailleurs en avril dernier :

"Il faut éviter d'alimenter des filières dites "bouchées" par exemple, mais il convient aussi de valoriser davantage les filières manuelles, filières courtes, considérées comme noble ailleurs. Cela renvoie à un changement nécessaire et profond de notre société".

En outre, les hommes et les femmes ne seraient pas sur un pied d'égalité face au premier emploi. Selon l'étude publiée par la Conférence des grandes écoles, 59.4% des femmes issues d'une école d'ingénieurs accèdent à l'emploi un an après la sortie de l'école, contre 64.1% pour les hommes. Les femmes sont également plus nombreuses à obtenir un CDD, 27.1% contre 12.5% pour les hommes.

La "fuite des cerveaux" inévitable

Face à ces difficultés certains jeunes diplômés choisissent l'exil. Régulièrement appelée "la fuite des cerveaux", cette course hors de France des jeunes est de plus en plus fréquente. Sur l'ensemble des jeunes français diplômés, 27% envisageraient un avenir professionnel à l'étranger en 2014, selon l'étude menée par le cabinet Deloitte en janvier dernier. Une forte progression depuis 2012 où la part de ces jeunes n'étaient que de 13%. Le Canada, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et enfin l'Australie seraient les principaux "eldorado" de ces têtes pensantes.