Grandes écoles : ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain

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Par Jean-Louis Mutte, directeur général du groupe Sup de Co Amiens Picardie

Rendons justice à Thomas Lebègue et Emmanuelle Walter (Grandes écoles: la fin d'une exception française, Calmann-Lévy, 223 pages, 17 euros) : tout n'est pas faux dans leur charge sans nuance ni finesse contre un système qui mériterait d'être remis en question à bien des égards.

Cela dit, proclamer la fin des Grandes écoles, au motif qu'elles servent uniquement une certaine élite à s'autoreproduire au frais du contribuable, est au mieux erroné, au pire outrancier. Bref, ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain. Je ne peux parler, évidemment, qu'au titre de mon école, l'ESC Amiens Picardie qui délivre un mastère en gestion.

Nous formons tous les ans 250 élèves qui, tous, trouvent un travail intéressant et contribuent à la vitalité et à la richesse de notre économie. Le souci de mes étudiants est de se réaliser au plan personnel et professionnel mais aussi de participer de manière active à la société dont ils sont parties prenantes, conscients de leur responsabilité sociétale et du rôle, fût-il modeste, qu'ils peuvent jouer pour rendre le monde un peu meilleur.

Parlons de diversité et d'ouverture sociale. 28% de nos étudiants sont boursiers et plus précisément 40% de nos 95 élèves issus de classes préparatoires. Nous consacrons 5% de nos produits à financer des scolarités gratuites, nous nous portons garants pour certains de nos étudiants qui ne peuvent obtenir de caution et faisons nous-mêmes des prêts d'honneur pour d'autres.

Nous donnons vingt bourses à des étudiants de milieux défavorisés, auxquelles s'ajoutent vingt bourses de mobilité internationale et cinq bourses de mérite. Nous avons trois programmes d'excellence pour les lycéens picards d'origine modeste, nous accompagnons les élèves de neuf lycées de zones difficiles pour les inciter à poursuivre leurs études, nos élèves consacrent des centaines d'heures à des causes sociales et humanitaires, et ce n'est certainement pas un hasard si le parrain de la promotion entrante est le président d'une des plus grandes associations humanitaires françaises.

Tout ceci serait impossible sans le soutien sans faille de la chambre de commerce d'Amiens et des chambres de commerce de Picardie, des collectivités territoriales au premier rang desquelles se trouvent le conseil régional de Picardie, la ville et la métropole d'Amiens. Nous ne recevons pas un seul centime de l'État, faut-il le dire.

Parlons aussi de valeur ajoutée, celle dont on peut légitimement se prévaloir quand il s'agit de mesurer l'enrichissement apporté à nos étudiants au cours de leurs trois années d'études. Notre ambition n'est pas d'être dans le classement de Shanghai ou du FT, mais de préparer au mieux nos élèves au monde qui les attend. Nos partenaires étrangers, au nombre d'une centaine, se moquent éperdument de savoir si nous sommes au énième rang de classements qui ne servent en rien la cause pédagogique et ne semblent être là que pour satisfaire quelques egos pour lesquels la civilisation s'arrête au périphérique parisien.

Des écoles comme la nôtre, il y en a des dizaines en France qui sont autant d'acteurs du développement territorial et qui contribuent à alimenter les entreprises locales et internationales en spécialistes et en managers. Vouloir la fin de ces acteurs est une injure au travail quotidien réalisé par des centaines de professeurs, d'assistants, de personnels pédagogiques et administratifs, dont le souci, croyez-moi, n'est pas de contribuer à la reproduction d'une quelconque caste, mais bien de bâtir des hommes et des femmes de talent et de qualité.

L'efficience des écoles de gestion est le fruit de leur résilience et de leur capacité à anticiper, voire à inventer le futur, état d'esprit qu'elles inculquent à leurs élèves quotidiennement. Beaucoup sont de taille modeste mais inscrites dans des réseaux structurés, démontrant ainsi qu'il n'y a pas de lien biunivoque entre taille et performance, au contraire.

Les grandes écoles apportent quotidiennement la preuve de leur efficacité et de leur valeur ajoutée à notre économie. Je ne pense pas qu'elles soient si exceptionnelles que cela si je les compare aux "business schools" américaines par exemple. En tout cas, elles me semblent, à beaucoup d'égards, mériter d'être une source d'inspiration plutôt qu'un sujet de polémique.

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