Les augmentations de salaires n'ont pas retrouvé leur niveau d'avant la crise

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Outre-Rhin, l'embellie de l'économie incite les syndicats à exiger des augmentations auxquelles consentent les entreprises. Mais en France, la modération salariale reste de mise et risque, selon certains économistes, d'avoir des conséquences sur la croissance.

La baisse de la consommation des Français en octobre marque peut-être une simple pause après la hausse du mois précédent mais elle alimente les craintes d'un essoufflement des dépenses des ménages que la modération des salaires risque de favoriser.

Alors qu'en Allemagne le rebond spectaculaire de la croissance incite les entreprises à consentir à des augmentations marquées après plusieurs années de vaches maigres, la situation est loin d'être la même en France. Près de deux Français sur trois n'ont pas bénéficié d'une augmentation significative de leurs revenus depuis deux ans, selon un sondage BVA publié la semaine dernière par L'Expansion.

Avec nombre d'entreprises engagées dans les "négociations annuelles obligatoires" sur les salaires, les perspectives 2011 en la matière s'annoncent modérées. Les grands cabinets de conseil en ressources humaines anticipent une hausse globale des rémunérations certes supérieure à celle des prix (+2,7% selon Hewitt, +2,5% selon Mercer, pour une inflation attendue à 1,5%) mais toujours inférieure au rythme observé avant la crise.

Certains accords déjà conclus prévoient des hausses plus modestes encore: l'augmentation du salaire fixe sera ainsi au mieux de 2% chez BNP Paribas en 2011. Interrogé par l'agence Reuters, Denis Ferrand, économiste de Coe-Rexecode, souligne le contraste entre la France et l'Allemagne sur ce sujet. Outre-Rhin, les salariés peuvent s'attendre à des revalorisations plus confortables. Ainsi l'accord conclu dans la sidérurgie allemande, qui sert de référence à d'autres secteurs, prévoit une hausse de 3,6% des rémunérations sur 14 mois.

Sans rêver à des niveaux d'augmentaion semblable, les syndicats français espèrent obtenir des hausses de pouvoir d'achat pour 2011. C'est par exemple le cas chez Renault, où les représentants des salariés entendent mettre en avant le redressement des comptes du groupe ces derniers mois pour réclamer leur dû.

Car 2010 n'aura pas été un bon cru en la matière: la hausse du salaire mensuel de base est tombée en dessous de 2% sur un an en données nominales, son plus bas niveau depuis 2001, ce qui signifie qu'elle est proche de zéro hors inflation, rappelle Alexandre Mirlicourtois, directeur des études du cabinet Xerfi.

Les restructurations restent de mise

Mais la situation de l'emploi risque de plaider en défaveur des salariés. Même si le chômage a diminué en octobre selon les statistiques publiées vendredi, le plan de 3.000 départs en retraite anticipés annoncé la semaine dernière par Renault montre que les restructurations sont loin d'être achevées.

Le groupe au losange n'est pas le seul dans ce cas. Le spécialiste de la défense Thales envisage de supprimer jusqu'à 1.500 postes. Quant à l'Etat employeur, il prévoit de faire disparaître 31.600 emplois de fonctionnaires l'an prochain. "Le rapport de force actuel n'est pas du tout à l'avantage des salariés", constate Alexandre Mirlicourtois.

"Pour ceux qui sont déjà dans les entreprises, les négociations sont assez dures en ce moment, et pour ceux qui entrent sur le marché du travail, la qualité des contrats se dégrade au détriment des CDI tandis que les salaires d'embauche sont orientés à la baisse."

Pour la consommation, l'année 2011 ne s'annonce évidemment pas sous les meilleurs auspices. Le marché automobile, l'un des moteurs de la consommation ces derniers mois, sera privé le 1er janvier du soutien de la prime à la casse. Et parallèlement, la réforme des retraites ou les inquiétudes suscitées par la crise de la dette risquent de favoriser l'épargne de précaution.

Un climat qui se reflète déjà sur certains postes de consommation. "C'est le cas notamment dans le textile-habillement, qui est une variable d'ajustement", explique Alexandre Mirlicourtois. "Ou, pour ce qui est des services, dans la restauration, une dépense discrétionnaire sur laquelle on s'ajuste rapidement."

Pour Denis Ferrand, "il semble probable que l'on assiste à une reproduction de la dynamique des années 1993-1996, après la précédente récession, durant lesquelles on avait observé une faible progression salariale." Une perspective qui pourrait nourrir, si ce n'est une spirale déflationniste, au moins une poursuite de la désinflation, alors que l'inflation sous-jacente (hors éléments volatils, comme l'énergie et les produits frais) est déjà revenue à 0,8%.

"Pour que la situation s'inverse, conclut Alexandre Mirlicourtois, il faudrait une modification des anticipations économiques qui inciterait les entreprises à investir, puis à embaucher. Les éléments d'un redémarrage sont bien là, mais il manque l'étincelle qui pourrait rallumer la machine."

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Commentaires
a écrit le 30/11/2010 à 11:52 :
Décidément, il faut vraiment que je me fasse embaucher comme spécialiste de l'économie !! MAIS BIEN SUR que les salaires n'augmentent pas, alors que les prix si (gaz, électricité, transport etc ), qu'il va falloir payer (le trou de la sécu, la retraite, la dépendance, etc), qu'il va falloir rembourser les dettes de la France, etc ... Qui va croire que la croissance va repartir ? En fait, c'est maintenant que la crise va nous tomber dessus !!
a écrit le 29/11/2010 à 20:53 :
Bulle immobilière = augmentation Trop forte des logements et des loyers - Salaires trop bas qui peinent = crise ! NORMAL Faudrait changer "le système" !
Ca vous étonne ? pas moi....

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