La France rattrapée par 35 années de déficit budgétaire

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La perte du triple A est un coup dur pour les autorités françaises qui avaient fait de la défense de la note souveraine du pays une priorité absolue, avant de se résigner à une dégradation en grande partie intégrée par les investisseurs et les marchés.

La perte du Triple A sanctionne des décennies de déficit budgétaire et une détérioration des fondamentaux de la France reflétée par la dérive des déficits du commerce extérieur et des comptes courants.

L'agence de notation Standard & Poor's a réduit vendredi d'un cran la note de la France à AA+ avec perspective négative mais cet abaissement moindre que redouté, tout comme la dégradation d'autres pays de la zone euro, n'est qu'une maigre consolation. D'autant que l'Allemagne, que S&P avait aussi menacé d'une dégradation a conservé son triple A avec perspective stable.

Les notes souveraines de 15 pays de la zone euro avaient été placées début décembre sous surveillance avec implication négative par S&P.

Parmi les pays concernés bénéficiant de la note AAA, la meilleure possible, seule la France était menacée d'être abaissée de deux crans.

L'agence Moody's a quant à elle annoncé le 12 décembre qu'elle réexaminerait les notes des pays de l'Union européenne au cours du premier trimestre.

Un responsable de Fitch Ratings, la troisième grande agence de notation mondiale, a dit mardi à Reuters que la note AAA de la France ne devrait pas être abaissée en 2012.

La dégradation d'un cran par S&P signe l'échec d'une gestion des finances publiques longtemps trop laxiste, critiquée depuis des années en France et à l'étranger, et dénoncée par le président français lui-même, à la toute fin de son mandat.

DEUX PLANS DE RIGUEUR

Les autorités ont dû annoncer en urgence deux plans d'augmentation des impôts et de baisse des dépenses depuis l'été sous le coup de la dégradation des perspectives économiques du fait de la crise des dettes souveraines au sein de la zone euro. Elles se sont toutefois refusées à annoncer un nouveau tour de vis budgétaire à l'approche de la présidentielle.

Elles ont en revanche mis en avant leurs efforts de réduction des déficits publics dont le ministre des Finances, François Baroin, a dit qu'il pourrait se rapprocher de 5,5% du PIB en 2011 contre un objectif de 5,7%.

Les coûts d'emprunt de la France sur les marchés financiers restent faibles et inférieurs aux prévisions, a aussi souligné le ministre, rappelant qu'une réserve de précaution budgétaire doit permettra de faire face si la croissance est inférieure à la prévision d'1% pour l'an prochain.

Le gouvernement prévoit de ramener le déficit public à 4,5% du PIB cette année et de renouer avec l'équilibre en 2016, en partie grâce à une prévision de croissance de 2% sur la période 2013-2016, jugée optimiste par de nombreux économistes comme par les agences de notation.

Le volontarisme des prévisions de croissance de la France, est une quasi constante. Les déficits, eux, sont systématiques, le dernier excédent public remontant à 1974.

Nicolas Sarkozy et le candidat socialiste à l'élection présidentielle, François Hollande, se sont certes engagés à respecter scrupuleusement le retour à 3% de déficit fin 2013. François Hollande prévoit un retour à l'équilibre en 2017.

Mais plus de 35 ans de déséquilibres des comptes publics ont alimenté une dérive de la dette publique qui culmine à près de 1.690 milliards d'euros à fin septembre, soit environ 85,3% du produit intérieur brut, contre 64,2% du PIB à fin 2007.

DANS LE ROUGE DEPUIS 1975

Les échanges extérieurs sont eux aussi dans le rouge et le déficit commercial devrait établir un nouveau record à 75 milliards d'euros en 2011, selon les prévisions gouvernementales. Le solde des comptes courants, qui mesure l'évolution de l'endettement du pays vis-à-vis de l'extérieur, s'est creusé à près de 43 milliards sur les onze premiers mois de 2011 contre 33,7 milliards en 2010 et 28,4 milliards en 2009.

La France semble ne rétablir ses comptes que contrainte.

Quand Nicolas Sarkozy devient président de la République, le pays a déjà mauvaise réputation : depuis la création de l'euro, la France a systématiquement violé ses engagements de baisse du déficit et même, parfois, le Pacte de stabilité et de croissance et ses limites de déficit à 3% du PIB et de dette à 60%.

Loin d'inverser cette tendance, Nicolas Sarkozy, sitôt élu, se rend à Bruxelles pour informer ses partenaires européens qu'une fois de plus, la France repoussera ses engagements et mènera plutôt une politique "de croissance".

En France, les promesses électorales sont rapidement mises en oeuvre : le "paquet fiscal" de l'été 2007 baisse nombre d'impôts et crée de nouvelles exemptions. Le déficit public, qui baissait chaque année depuis 2003, repart à la hausse.

Gonflé par la crise qui s'intensifie, les nouvelles réductions d'impôts et les nouvelles dépenses, il culminera à 7,5% du PIB en 2009, un record d'au moins 50 ans et baissera à peine en 2010, à 7,1%.

Plus le déficit se creuse et plus la dette publique s'alourdit, plus les mises en garde se multiplient.

DES MISES EN GARDE BALAYÉES

La Cour des comptes, l'institution indépendante qui audite les comptes publics, les plus grandes institutions internationales et nombre d'économistes alertent les autorités sur la trajectoire dangereuse des comptes publics de la France.

Le premier président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, préviendra le gouvernement en termes clairs : si rien n'est fait, la France court à terme le risque d'un "emballement" de sa dette, un "effet boule de neige" par lequel la charge de la dette siphonne une part toujours plus importante des recettes, jusqu'à l'asphyxie financière.

Son successeur, Didier Migaud, dira que le triple A français peut être menacé.

Le Premier ministre François Fillon, qui était proche de Philippe Seguin, semble entendre son message, déclarant dès 2007 diriger un pays "en faillite".

Mais les mesures coûteuses se succèdent.

La publicité à la télévision publique est partiellement supprimée et, alors que l'alerte sur les finances publiques résonne déjà, le taux de TVA est baissé dans la restauration.

Critiquée même à droite, cette mesure éclipse à elle seule toutes les économies générées par la suppression de 150.000 postes de fonctionnaires en cinq ans, censée démontrer la détermination du gouvernement à redresser les comptes.

Quant aux suppressions de postes, les revalorisations salariales qui les accompagnent font fondre les économies espérées.

A ceux qui tirent le signal d'alarme mois après mois, les gouvernements qui se succèdent depuis 2007 répondent toujours sur le même ton : ces experts sont excessivement pessimistes et refusent d'apprécier les efforts "historiques" mis en oeuvre.

La dette publique bondissant, la stratégie de relance de l'après-présidentielle se révèle être à contretemps.

Christine Lagarde, alors ministre de l'Economie, explique que le "paquet fiscal" permettra à la France de sortir plus vite et en meilleure position de la crise. Mais la logique budgétaire finit par l'emporter et le "paquet" est petit à petit déficelé.

Le gouvernement choisit pour redresser les comptes une méthode douce, refusant les coupes drastiques mises en ouvre en Grande-Bretagne ou dans les pays dits de la périphérie de la zone euro, contraints les uns après les autre à l'austérité.

L'objectif, explique-t-il, est de ménager les Français car la consommation est le ressort traditionnel de la croissance française.

Tant que la crise semble limitée aux petits pays de la périphérie de la zone euro, cette stratégie n'est pas violemment contestée par les économistes.

La réforme des retraites, menée à bien malgré une série de très fortes manifestations, démontre en même temps la capacité du pouvoir à imposer des décisions difficiles au pays. Mais même cette réforme devra être rapidement remise en chantier pour de nouveau rétablir les perspectives d'équilibre des comptes.

Et à mesure que la crise s'étend en Europe, le sentiment que la France ne contrôle plus tout à fait son destin s'accroît.

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Commentaires
a écrit le 15/03/2012 à 5:09 :
Qui pourra m'expliquer à quoi vont servir les 11 députés nouveaux qui vont représenter les expatriés français à l'étranger ??? Il me semble que tous les expatriés sont soumis aux lois du pays d'accueil et paient leurs impôts au pays d'accueil. Je me creuse la cervelle pour savoir à quoi vont servir ces nouveaux planqués ???? Qui peut me renseigner ? Des dépenses inutiles comme toujours.
Réponse de le 15/03/2012 à 7:57 :
De quel parti politique sont issus ces 11 nouveaux députés?
a écrit le 14/03/2012 à 22:26 :
35 ans de déficit budgétaire, ça correspond peu ou prou au moment où les banques privées (privatisées) ont commencé à prêter aux Etats, en se subsituant au Banques Centrales Nationales qui via le Trésor finançaient SANS INTERET l'économie. Forfaiture du Gouvernement Pompidou à propos de la loi dite "Rotschild" de 1973;
a écrit le 16/01/2012 à 16:17 :
35 années de déficit budgétaire et 35 heures de travail par semaine.
Le 35 semble porter malheur à la France
Réponse de le 14/03/2012 à 21:13 :
Alors vite passons aux 32 heures hebdo !
a écrit le 16/01/2012 à 10:54 :
En lisant votre article ,on comprend que nos politiques n'ont pas fait d'erreur, mais des fautes. Les alertes ont fonctionné, notre premier ministre dit même qu'il dirige un pays en faillite! C'est comme s'il disait: Je vous conduis dans le mur et j'accélère!! Voilà une méthode de gouvernement qui mérite des remerciements. Vous faites allusion à la réforme des retraites en disant qu'elle a été bien conduite malgré des manifestations importantes. Sur ce point je ne suis pas de votre avis: NON! pas de manifestation d'ampleur: Le gouvernement a habilement protégé E.D.F. , SNCF et RATP qui ont même eu des compensations, pour accepter les 41ans 1/2. Aujourd'hui, leurs retraites coûtent plus cher à la collectivité qu'avant la réforme. Par contre dans le privé c'est autre chose.Vous dites qu'il faudra revenir sur le sujet. C'est certain, mais pourquoi n'a-t-on pas été plus loin? A mon avis on a acheté la paix sociale à un prix très élevé qui sera payé par la prochaine réforme. Le silence des journalistes sur ce sujet m'a toujours surpris! Ceci dit l'essentiel de votre papier est un bon résumé de l'histoire de notre dégradation financière, mais je me demande si vos lecteurs sauront le moment venu en tirer les leçons et accepter de régler l'addition. Vous avez raison il y a bien 35 ans que cela dure et non 30 comme je l'ai écrit dans un autre commentaire. On peut donc se poser la question de l'utilité de notre représentation nationale pour le vote du budget :Je trouve qu'ils sont bien nombreux, cher payés, pour dormir lors des discutions qui engagent autant notre avenir.
a écrit le 15/01/2012 à 14:26 :
pour reprendre l'expression de M.jospin,nous avons des élus Vieux,Usés ,Fatigués.
Avec l'age les nouvelles technologies,la mondialisation,la finance qui devient REINe,le personnel politique Français n'est plus en phase.
Il faut sortir les sortants et élire des Jeunes Bretteurs,qui sauront faire un parcours digne des Grands Anciens Français.
a écrit le 15/01/2012 à 10:42 :
La consommation ne peut pas être le ressort de la croissance parce que c'est impossible : il faut d'abord créer la richesse avant de la détruire. Voilà le véritable, l'unique ressort de la croissance et de la prospérité. Seule la production acharnée, volontaire et libérée des destructions de l'Etat providentiel (au total, l'Etat détruit plus de richesse qu'il n'en crée) engendre sa propre consommation. Say nous l'a expliqué il y a deux cents ans. Je sais bien qu'on n'est pas prophète en son pays, mais les Français feraient bien de redécouvrir leurs grands économistes ayant anticipé la crise de l'Etat-providence obèse, dès les XIXe siècle. Sortez des mensonges collectivistes, malthusiens, keynésiens ou marxistes et au boulot, que diable ! Il n'est pas trop tard pour redresser le pays et développer son immense potentiel en lui redonnant sa liberté. Nous sommes déjà trop taxés.
Réponse de le 15/01/2012 à 16:22 :
fonction publique obèse :d'accord.finance obèse?on t'entend jamais la dessus.allez encore un peu de progrès pour etre crédible
Réponse de le 15/01/2012 à 18:28 :
La finance dégonflera en même temps que l'Etat-providence obèse entamera sa cure d'amaigrissement, l'une accompagnant l'autre. L'économie productive privée retrouvera son dynamisme le jour où l'Etat et ses succursales communistes (CADES, ACOSS, Unedic, etc.) ne détruiront plus les masses financières disponibles, indispensables aux entreprises et aux emplois. L'Etat-providence obèse impose l'égalitarisme de la pauvreté aux français. L'austérité de l'Etat, la baisse des dépenses publiques, n'est pas l'austérité des Français : au contraire, c'est la condition de leur liberté, donc de leur prospérité. Nous sommes déjà trop taxés.
a écrit le 15/01/2012 à 8:06 :
le problème de la dette est structurel ,je ne voit pas comment Hollande avec son programme 300 000 emplois hors secteur marchand,60000 fonctionnaires de +pourrait revenir à l'équilibre en 2017.Pour ralentir la dette qui s'envolait Mitterrand a dévalué 3 fois en quelques mois ,avec l'euro ,impossible
Réponse de le 15/01/2012 à 16:24 :
le problème de la dette n'est pas structurel.corruption,gabegie,fonction publique et finance obèses.ce problème peut etre règlé facilement
a écrit le 14/01/2012 à 22:02 :
surtout que fillon est là depuis pas mal de temps tout comme sarko avec Chirac ! Fillon disait ce samedi n'avoir pas eu le temps de faire toutes les réformes ? alors qu'il a la majorité à l'assemblée - pas crédible
sa politique est aussi le résultat d'une idéologie qui ne relève pas la France ! à force de prédire une croissance qui s'avère fausse chaque année il a fait perdre le triple a au pays et la confiance en la France..

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