"Nous pouvons optimiser nos dépenses dans le secteur de l'hôpital"

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Jean-Loup Durousset, président de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP).
Jean-Loup Durousset, président de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP). (Crédits : FHP)
Dans un entretien de rentrée accordé à La Tribune, Jean-Loup Durousset, le président de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP) s'inquiète du financement futur de la protection sociale.

La Tribune - La Fédération de l'hospitalisation privée vient de faire sa rentrée. Parmi les nombreux débats organisés à cette occasion, celui portant sur l'avenir de la protection sociale a été agité. Quels enseignements tirez-vous des nombreuses interventions ? Êtes-vous inquiets quant au paritarisme ?
Jean-Loup Durousset - La Sécurité sociale voulue par le Conseil national de la Résistance et créée en 1945 repose sur des cotisations assises sur les salaires d'une part et une gestion paritaire des organismes d'assurance maladie d'autre part. Depuis ces années d'après-guerre, à petits pas, notre système de protection sociale évolue et est également financé par l'impôt, comme la CSG ( Contribution Sociale Généralisée). La place et le rôle du paritarisme entre syndicats et patronat perd en conséquence de l'acuité. Cela doit nous interroger. Quelle vision avons-nous collectivement aujourd'hui du paritarisme ? Quel modèle social voulons-nous ? Ne sommes -nous en train de passer du modèle d'origine bismarckien à un système beveridgien, adopté par le Royaume Uni par exemple ?

Le gouvernement est toujours à la recherche de nouvelles pistes pour équilibrer les finances publiques. Redoutez-vous le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2014 ? Pourriez-vous accepter de nouvelles baisses de tarifs ?
La progression annoncée de l'ONDAM (Objectif National des Dépenses de Santé), revue à la baisse, et qui fera l'objet prochainement d'un vote du Parlement, engendre de l'inquiétude. Toutefois, la France consacre des sommes importantes à la santé et je pense que nous pouvons, dans le secteur de l'hôpital, optimiser nos dépenses. Nous pourrions supporter des baisses de tarifs à une condition cependant : que l'ensemble des Fédérations hospitalières soient réunies pour débattre des voies possibles de diminution de nos dépenses à qualité de soins équivalentes. J'ai fait cette proposition à plusieurs reprises à Madame la ministre des Affaires sociales et de la Santé. Pour ma part, je suis persuadé que parmi les voies possibles une simplification normative apporterait des marges de manœuvre significatives.

La dématérialisation administrative est en marche. Peut-elle réellement être une source d'économies, en particulier dans votre secteur ?
Bien entendu. L'exemple le plus criant est celui de nos factures S34-04. Elles sont dématérialisées mais… l'assurance maladie nous demande quand même de bien vouloir lui transmettre en simultané nos documents papier.

Dans le dossier des retraites, le gouvernement s'apprête à créer une cotisation « pénibilité ». Or, dans votre branche, un certain nombre de conventions collectives ont déjà résolu cette question, via par exemple des aménagements du travail, des conditions salariales différenciées. Ne craignez-vous pas de contribuer deux fois au financement de la pénibilité ?
Notre convention collective prend effectivement en compte la pénibilité du travail des salariés dans notre secteur : travail de nuit, manipulation des patients, etc. Plusieurs types de compensation existent, soit sous forme de prime soit sous forme de temps libre. Le nouveau critère imaginé par le gouvernement doit constituer une alternative de plus à ce qui existe mais en aucun cas venir se cumuler à nos dispositifs existants. Nos établissements de santé privés ne pourraient pas économiquement supporter une charge complémentaire.

Les contrats d'avenir peinent à décoller. Les entreprises de votre secteur sont-elles intéressées par ce dispositif ?
Si la qualité de prise en charge médicale des patients est unanimement reconnue dans nos cliniques et hôpitaux privés, nous pouvons parfois constater un manque au niveau de ce que j'appelle « la qualité ressentie ». Je m'explique. Quand on est patient, voir un soignant venir très vite remonter son oreiller ou approcher sa tablette, est un service rendu très important. C'est pour améliorer ce type de proximité avec les patients, à titre d'exemple, que nous pourrions créer de nouveaux emplois non qualifiés. Nous serions prêts à travailler la question avec notre ministère de tutelle.

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