Quand l'UMP conseille au Medef de se méfier du "virage" de Hollande...

Par Jean-Christophe Chanut  |   |  798  mots
Le oprésident de l'UMP ne croit absolument pas au virage social-libéral de François Hollande
Jean-François Copé, président del'UMP, met en garde le Medef sur le pacte de responsabilité proposé par François Hollande. Il y voit "un piège", le président n'ayant pris aucun "virage social-libéral et n'ayant aucun moyen". L'UMP propose de supprimer les 35 heures... et les allègements de cotisations sociales.

"Je dis au Medef, attention ne troquez pas votre vigilance contre un plat de lentilles"... Avec cette adresse à l'organisation patronale envoyée par Jean-François Copé, lors de la présentation de ses vœux à la presse, le président de l'UMP, a voulu signifier qu'il ne croyait absolument pas au virage social-libéral du président de la République depuis que celui-ci a proposé au patronat un "pacte de responsabilité". Et de prévenir les dirigeants d'entreprises:

"François Hollande ne fera aucun tournant social-libéral parce qu'il n'en a pas les moyens budgétaires, il ne fait rien pour baisser les dépenses publiques. Il n'a pas non plus les moyens politiques de ce tournant",

Le "pacte de responsabilité est un piège"

Jean-François Copé a d'ailleurs pilonné l'initiative de François Hollande, l'accusant d'avoir "un gigantesque temps de retard" par rapport à la compétition économique mondiale. Pour lui, l'idée de baisser les "charges" des entreprises en échange de créations d'emplois "est un piège". "Baisser les charges, c'est un minimum. Il faut faire beaucoup plus. Il faut mettre le paquet sur l'innovation, l'organisation du travail, le temps de travail". Certes, il admet que le transfert des 35 milliards d'euros de la politique familiale, actuellement supportés par les entreprises, serait utile, mais encore une fois, pour lui, ceci ne peut être qu'un début.

Pour le président de l'UMP, alors que "l'Allemagne, le Royaume-Uni et même l'Espagne repartent de l'avant, François Hollande n'a construit aucune réforme indispensable". Sa politique n'est "pas de construire mais de détruire, au nom de l'idéologie. C'est une politique anti-entreprise, anti-travail, anti-liberté, dont la faute originelle est le choc fiscal, avec plus de 50 milliards d'euros d'impôts et de charges sociales en plus", a-il insisté.... Oubliant de préciser que cette somme comprend également les mesures de François Fillon de 2011 et 2012.

En grande forme, Jean-François Copé a aussi qualifié de "feuilleton minable qui s'est terminé en déconfiture" la promesse présidentielle d'inversion de courbe du chômage, alors que "plus d'un demi-million de Français supplémentaires se sont inscrits à Pôle emploi, toutes catégories confondues".

Le "nouveau" programme économique de l'UMP adopté le 25 janvier

Bien entendu, Jean-François Copé a opposé à la politique menée depuis 2012 par François Hollande le futur programme économique de l'UMP qui sera adopté lors d'un Conseil national du partis le 25 janvier.

Un programme qui propose de restaurer la "liberté économique", notamment en "sortant définitivement des 35 heures". La durée du travail devant être fixée par chaque entreprise après négociation. Il souhaite aussi que l'assurance chômage soit réservée à ceux qui cherchent réellement un travail et qui acceptent une formation.

Plus fort, il propose une baisse de 65 milliards d'euros des prélèvements pesant sur les entreprises et les ménages. En échange, il compte réaliser 130 milliards d'euros d'économies dans les dépenses. Comment ? Le président de l'UMP a donné quelques pistes: disparition partielle des départements, fin du statut à vie pour les nouveaux fonctionnaires, établissement de la retraite à 65 ans dès 2023... Et suppression des 22 milliards d'euros d'allègements de cotisations de sécurité sociale pour les entreprises "liés au 35 heures".

Lire aussi: "Baisse de la dépense publique: une question à 130 milliards"

La fin des 35 heures ... et des allègements dégressif de cotisations sociales

Cette dernière mesure est assez étonnante. Certes, c'est au moment de l'instauration des 35 heures sous Lionel Jospin que le gouvernement  avait décidé d'instituer une aide compensatoire aux entreprises. D'où la mise en place d'un allègement dégressif des cotisations sociales pour les salaires compris, à l'époque, entre un et 1,8 Smic. Et ce pour les entreprises respectant les 35 heures hebdomadaires

Mais, une fois revenue aux affaires, la droite a généralisé cet allègement. En 2003, le ministre du Travail, qui n'était autre que... François Fillon, avait décidé que toutes les entreprises quelle que soit la durée du travail appliquée, pourraient bénéficier de cette aide pour les salaires compris entre 1 et 1,6 Smic. L'aide dégressive avait donc été totalement déconnectée du temps de travail.

Or, c'est ce dispositif que Jean-François Copé souhaite maintenant supprimer. Certes, cela  permettrait à l'État de réaliser une économie : il n'aura plus besoin de rembourser à la Sécurité sociale les allègements concédés aux entreprises. En revanche, non seulement ceci se traduira pour ces dernières par une hausse du coût du travail mais aussi, in fine, cela aura pour conséquence de conduire à une hausse des prélèvements obligatoires en France ! Soit exactement l'inverse de l'effet recherché par le président de l 'UMP...