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ÉconomieFrance

Prix "La Tribune" Jeune Entrepreneur : et les lauréats sont...

Photo de Laurent Lequien

Perrine Crequy

Publié le 02 juin 2014 à 19:20 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:09

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Lundi 2 juin, en soirée s’est tenue la cérémonie des remises du Prix "La Tribune" Jeune entrepreneur au Grand Rex à Paris. Cet événement vise à récompenser les jeunes qui se sont lancés dans l'aventure de l’entrepreneuriat. Portraits des six lauréats.

DORIAN TOURIN-LEBRET (26 ans), SMART IMPULSE

Traquer le gaspillage d'électricité

Pour réduire la consommation énergétique d'un bâtiment, encore faut-il savoir où se trouve le potentiel d'économie d'énergie. Dorian Tourin-Lebret a creusé cette question à Centrale Paris avec sept autres étudiants, tous travaillant pendant leur temps libre.

« J'ai ensuite convaincu l'école de soumettre trois sujets aux étudiants pour m'aider à creuser les aspects marché et technique de mon premier prototype.»

Son système de tracking détermine distinctement le nombre de kilowattheures absorbés par les lampes à LED, les ordinateurs, et tout autre appareil.

« Chaque équipement émet un signal électrique spécifique. Nous les avons identifiés, et nous pouvons ainsi mesurer la consommation électrique de chacun. Cette technologie est dans la tête des chercheurs depuis vingt ans», expose l'entrepreneur aux cinq brevets internationaux.« Notre solution SaaS permet jusqu'à 30% d'économies d'énergie en installant un boîtier sur le réseau électrique.»

Associé à deux anciens camarades depuis mars 2011, il équipe des hôtels, des immeubles de bureaux et des sites industriels, en France et à l'étranger. Ils ont compacté leur dispositif Smart Analyzer, un pavé de 20 cm sur 30 cm, en un boîtier de 5 cm de côté.

« Demain, notre solution tiendra sur une puce comme celle-ci», promet Dorian Tourin-Lebret, en montrant un centimètre carré de silicone.

Smart Impulse en bref : 14 salariés ; siège social à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine).
______

ARNAUD DESRENTES (33 ans), EXOÈS

Choisir des pointures mondiales comme copilotes

Après cinq ans de difficiles mises au point, Arnaud Desrentes, le fondateur d'Exoès, a signé à la fin de 2013 un premier contrat avec un grand équipementier américain. Dans quelques mois, sa technologie «EVE» aux neuf brevets équipera des camions neufs qui consommeront moins de carburant.

« Seuls les deux tiers de votre plein de carburant font rouler votre véhicule. Autrement dit, quand vous dépensez 100 euros pour remplir votre réservoir, 33 euros sont perdus en gaz d'échappement. Notre système de récupération de la chaleur à l'échappement permet un gain d'énergie de 5 à 10% », illustre cet ingénieur des Arts et Métiers, diplômé de l'École du pétrole et des moteurs, et ancien motoriste du groupe PSA.« Si notre technologie équipait tous les véhicules dans le monde, nous économiserions 400 millions de barils de pétrole par an.»

Il négocie déjà avec d'autres constructeurs et équipementiers de rang 1.

« En 2014, tout s'accélère enfin. Nous venons de boucler une levée de fonds de plusieurs millions d'euros pour accompagner notre expansion commerciale», explique l'entrepreneur de 33 ans, qui s'est aussi entouré d'experts pour le conseiller dans sa stratégie.« Ce board est composé d'anciens PDG qui ont géré des sociétés générant plusieurs milliards de chiffre d'affaires. Ils me font progresser en challengeant mes idées, et leur réseau à l'étranger ouvre la voie à un déploiement rapide. »

D'ici à cinq ans, Arnaud Desrentes prévoit qu'Exoès comptera une centaine de salariés.

Exoès en bref : 12 salariés ; siège social à Gradignan (Gironde).
CA 2013 : 190.000 euros.

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MATTHIEU GLAYROUSE (32 ans), OCTOPEPPER

Se positionner là où Facebook ne veut pas aller

« La créativité est notre levier de croissance. 20% de notre temps de travail lui est dédié», confie Matthieu Glayrouse, cofondateur d'Octopepper avec Mathieu Cholon.

Depuis 2009, leur agence digitale explore des projets d'édition de contenus, comme un site sur le sport, plate-forme communautaire de la chaîne TV BeIn Sports. Début 2012, le duo a trouvé un nouveau cheval de bataille : créer un réseau social autour des animaux de compagnie.

« Mark Zuckerberg a fait la chasse aux photos de chats et de chiens sur Facebook, jugeant qu'elles polluaient le réseau social. Nous y avons vu une opportunité : le marché des animaux génère autant d'investissements publicitaires que le luxe», assène Matthieu Glayrouse.

Sa plate-forme en ligne Yummypets, accessible aussi via des applications mobiles, devrait franchir le million d'utilisateurs européens cette année.

« Autour du noyau social, nous proposons des services en relation avec l'animal : petites annonces, comparateur de prix... Nous voulons aller plus loin, avec un collier connecté réalisé en partenariat avec Orange et Mars Petcare, qui sera déployé fin 2014.»

Dominant déjà son marché (de niche) en Europe, Yummypets a l'ambition de devenir leader mondial d'ici à 2017.

Octopepper en bref : 18 salariés ; siège social à Bordeaux (Gironde).
CA 2013 : 260.000 euros.

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MASSOUD AYATI (29 ans), DES BRAS EN PLUS

Piloter le prix d'un déménagement comme une réservation de vol

En deux ans, ce trio d'associés de moins de 30 ans a déjà créé 30 emplois. Massoud Ayati (sur la photo), Farid Lahlou et Zafar Baryali se sont rencontrés à l'université de Nanterre, où ils suivaient des études de finance. Pour arrondir les fins de mois, ils deviennent ponctuellement déménageurs ; le soir, dans leur cité universitaire, ils se demandent comment innover dans ce métier traditionnel.

Newsletter

L’Alerte La Tribune

Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Illustration de la newsletter L’Alerte La Tribune

De leurs réflexions est née Des bras en plus, une agence de déménagement qui reste ouverte le soir après 18h et les week-ends.

«Le déménagement est la troisième plus grande cause de stress des Français. Nous voulons faciliter la vie de nos clients, notamment quand ils souhaitent déménager en dehors des heures de bureau. Notre plate-forme permet à chacun de visualiser le prix de notre prestation en fonction du jour et de l'heure de rendez-vous, et de réserver en quelques minutes», expose Massoud Ayati.

L'idée de faire varier leurs prix en fonction du calendrier et de la demande, ils l'ont empruntée aux compagnies aériennes, pionnières du «yield management». Pour garantir la qualité de leurs prestations, ils forment leurs nouvelles recrues au sein de leur «Des bras en plus academy».

Le résultat ?

« Notre chiffre d'affaires double chaque année, et nous sommes quatre fois plus rentables qu'une entreprise de déménagement classique. »

Des bras en plus en bref : 30 salariés ; siège social à Paris et bureaux à La Courneuve. CA 2013 : 1,2 million d'euros.
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LAURENT BERTHUEL (34 ans), PRINTERRE

Une entreprise sociale pour concurrencer la Chine

En 2012, Laurent Berthuel réalisait 3 milions d'euros de CA grâce à son activité de reconditionnement de cartouches d'encre vides.

En confiant à des sous-traitants chinois le soin de les remplir avant de les remettre en circulation en France, il dégageait des marges confortables.

« C'est alors que mon premier fils est né, différent. J'ai réalisé que le profit ne pouvait pas être le but de mon activité », explique l'entrepreneur de 34 ans.

Il décide de transformer sa société, créée cinq ans plus tôt, en entreprise sociale, et de veiller à réduire l'empreinte écologique de son activité. Plus question d'envoyer les cartouches vides en Chine : le reconditionnement est désormais réalisé dans la région.

« Il a fallu repartir de zéro. Et adapter l'organisation du travail en fonction des besoins de l'équipe, composée à 80 % de travailleurs handicapés. Mais aujourd'hui, nos cartouches socialement responsables et écologiquement performantes sont économiquement compétitives face aux produits reconditionnés en Chine », détaille cet homme discret, qui espère l'obtention prochaine d'une certification sociale et environnementale.

Fin mars, il a remporté un appel d'offres auprès du groupe La Poste. Un contrat pluriannuel, prévoyant une montée en charge progressive, qui devrait lui permettre d'atteindre en quelques années un volume de ventes équivalent à celui généré par son ancien business model.

En attendant, Laurent Berthuel poursuit ses efforts pour améliorer la traçabilité de ses produits et de ses déchets. Il réfléchit également à une solution de valorisation des toners d'imprimantes usagés. Des déchets pour lesquels il n'existe pas de débouché à l'heure actuelle.

Printerre en bref : 11 salariés et 2 personnes en formation ; siège social à Cherisy (28).
CA 2013 : 610.000 euros.
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RÉMY PERLA (31 ans), RÊVE AUX LETTRES

L'expérience utilisateur au service de la pédagogie

Comme le chroniqueur des têtes couronnées Stéphane Bern, Rémy Perla déroule des histoires de princesses avec un grand sourire et un phrasé emphatique. Mais s'il se passionne pour les intrigues de palais, c'est pour mieux aider les enfants à apprendre à lire.

Pour endiguer la chute de la France dans le classement du Programme international de suivi des acquis des élèves (Pisa), le fondateur de Rêve aux lettres parie sur une méthode innovante, validée par des pédagogues : une correspondance épistolaire avec l'enfant pour l'immerger dans une histoire dont il est le héros et en partie l'auteur.

« Imaginez : l'enfant découvre dans le courrier du jour une grande enveloppe à son nom. Intrigué, il l'ouvre, et trouve à l'intérieur un document officiel lui annonçant qu'il a été désigné roi d'un pays. Du fait de ces nouvelles fonctions, il reçoit d'autres missives, envoyées par ses sujets qui lui demandent conseil. La réponse qu'il rédigera orientera la suite de l'histoire », conte l'entrepreneur, en guise de pitch de son activité.

Derrière son âme d'enfant, cet informaticien formé à l'université de Strasbourg cache de solides compétences en ingénierie logicielle.

« Notre algorithme prédit les différentes réponses possibles de l'enfant. Tous les épisodes de l'histoire sont ainsi déjà rédigés, jusqu'à la fin, quand le mandat du roi arrive à son terme. C'est-à-dire quand l'abonnement souscrit par les parents est échu.»

Outre sa formule «royale», pour un envoi automatisé des courriers via La Poste, Rêve aux lettres propose une formule «princière» permettant aux parents moins fortunés de recevoir un kit de lettres à imprimer eux-mêmes.

« Quand nous aurons atteint notre taille critique, nous confierons la mise sous pli à un établissement social d'aide par le travail alsacien », précise Rémy Perla.

Et que les réfractaires aux contes de fées se rassurent : il déclinera aussi sa méthode dans d'autres univers.

Rêve aux lettres en bref : 7 associés ; le siège social est à Schiltigheim (Bas-Rhin) ; création en mai 2014.  

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>>> FOCUS Gagner des prix d'entrepreneurs, à quoi ça sert ?

Les créateurs d'entreprise ont des journées bien chargées. S'ils prennent le temps de remplir des dossiers pour participer à des concours comme le prix La Tribune du Jeune Entrepreneur (PLTJE), et de « pitcher » pour décrocher un titre, ce n'est pas (uniquement) par amour de la compétition.

« Me voir sacré "meilleur jeune entrepreneur de France", ça ferait tellement plaisir à ma mère », plaisanteront les plus facétieux… tout en peaufinant leur plan de communication.

Car ces concours leur permettent de faire parler de leur société et, in fine, d'attirer les clients. C'est aussi l'occasion d'animer la communauté qu'ils fédèrent autour de leur marque, en ajoutant la fameuse touche d'émotion dans la relation client, tant recherchée aujourd'hui par les marketeurs.

Parfois, l'exposition médiatique entraîne des retombées inattendues. Ainsi, Jean-Paul Di Cristo, fondateur d'Aide@venir et finaliste du PLTJE 2013 dans la catégorie Social Business, a été invité par le cabinet de la ministre des Affaires sociales dans le cadre d'une réflexion sur les relations intergénérationnelles et le maintien à domicile des personnes âgées.

« On ne serait jamais venu me chercher sans la visibilité offerte par le PLTJE », assure l'entrepreneur, qui a fondé sa société de services à la personne en zone rurale, en Gironde. Installé à Joux-La-Ville, en Bourgogne, depuis huit ans, Geoffrey Chopard s'est vu proposer par la mairie un site pour réaliser son projet de construction d'une usine pour fabriquer sa propre gamme de biscuits.


Les lauréats 2013

D'autres concurrents ont signé des contrats avec des membres du jury du PLTJE, représentants d'Orange, d'EDF et de la Caisse d'épargne. Mais tous le reconnaissent : s'il ne suffit pas de remporter des prix pour obtenir des crédits auprès de son banquier, ces récompenses rassurent et contribuent à créer des relations plus détendues. Plusieurs candidats ont fait affaires entre eux. Certains ont noué des amitiés, et s'appellent régulièrement pour échanger des idées et conseils.

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À l'exception d'un entrepreneur, qui a cessé son activité pour prendre des responsabilités chez un de ses clients, Airbus, tous sont encore en activité et suivent leur business plan : nouvelles embauches, contrats à l'export, création de filiales. Quelques-uns continuent leur moisson de distinctions. En mars dernier, Guilhem Velvé Casquillas, le fondateur d'Elvesys, et Romain Ravaud, qui développe Whylot, à Cambes (Lot), finalistes du PLTJE 2013, ont été sélectionnés parmi les 100 lauréats du Concours mondial de l'innovation, piloté par la Commission Innovation 2030 et lancé par le président de la République en décembre 2013.

Perrine Crequy

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