Maigre moisson pour la grande messe écologique de Poznan

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La conférence de l'ONU sur le climat s'est achevée à Poznan (Pologne) dans la nuit de vendredi à samedi sans décision majeure mais sans nouveau blocage non plus. Dans les coulisses de cette méga conférence, les rites et les codes des 12.000 participants sont presque indéchiffrables par le commun des mortels.

« Agissez maintenant », les calicots brandis par les militants des ONG environementalistes n?ont pas été entendues par les dirigeants politiques qui participaient à la grande conférence de l?ONU sur le climat, achevée dans la nuit de vendredi à samedi à Poznan. Aucune grande décision n?a été prise lors de cette grand messe annuelle. Les ONG y ont vu un échec. D?autres une maigre moisson de « petites ouvertures», germes de succès futurs lors des prochains rendez-vous, en particulier le sommet des chefs d?Etat et de gouvernement que réunira Ban Kimoon, le secrétaire général de l?ONU en marge de l?assemblée générale en septembre?

Pour les 600.000 habitants de la paisible ville de l?ouest de la Pologne, qui ont vu s?agiter deux semaines durant les 11.606 participants à l?événement (dont 6000 militants associatifs ou lobbyistes industriels et 1000 journalistes), ce grand barnum relevait surtout de la curiosité anthropologique. ?Impossible d?avoir une idée du nombre des réunions qui se sont tenues?, admet le porte parole de l?organe en charge du climat au sein de l?ONU (Ccnucc). Réunions officielles et officieuses, plénières ou en format réduit, colloques scientifiques happent des participants fébriles. Année après années, les conférences sur le climat ont élaborés leurs codes, leurs rites, leur jargon indéchiffrables par le commun des mortels.

Pour ajouter au tumulte, les ONG mènent des actions médiatiques pour nourrir en images caméras et journaux pris de vertige. Mais comment ne pas se prendre au jeu ? Partout, des photos rappellent les désastres déjà manifestes du réchauffement, des îles qui coulent et des glaces qui fondent. Entre hyper formalisme et chao créateur, la négociation climatique s?est stratifiée au fil des ans en une demie douzaine de négociations ciblées, complexes et interdépendantes. Qu?un des rouages bloquent et voilà toute la machinerie qui grippe.

Dans ce vaste jeu de poker menteur, un atout est précieux : « Les négociateurs forment une sorte de grande famille », résume la secrétaire d?Etat française. « Certains d?entre eux sont là depuis le début du cycle des négociations ouvertes en 1997 par le Protocole de Kyoto», dit-elle. Un autre fin connaisseur de la planète «climat » résume : « les négociateurs s?écharpent dans la journée et se retrouvent le soir autour d?un verre et c?est là que les choses peuvent se jouer ».

Souvent les salles de négociation se transforment en camps retranchés (comme par exemple sur la question du « fonds d?adaptation au réchauffement» que les pays du sud réclament). Il faut alors faire jouer des soupapes : « Quand un blocage survient, tout le monde quitte la table et va se regrouper loin des micro dans un coin de la salle avec l?espoir de retrouver un peu de spontanéité dans les échanges », rapporte un observateur. De leur côté, les politiques multiplient les déjeuners ou dîners. A l?issue de l?un d?entre eux, Nathalie Kosciusko-Morizet est ressortie convaincue que les Etats-Unis allaient vraiment revenir dans les négociations onusiennes qu?il ont boudées sous l?ère Bush. «Le sénateur John Kerry m?a demandé de manière directe combien il mettre dans chaque fonds d?aide aux pays du sud afin de faire progresser les négociations », rapporte la secrétaire d?Etat. Un langage « cash et efficace » bien loin de la rhétorique onusienne. Surréaliste cette autre scène réunissant deux experts tout excités en rapportant que des pays du sud ont ouvert l?accès de leurs forêts aux observateurs indépendants. «Voilà vingt ans qu?on attendait ça», s?enthousiasme l?un d?eux, rappelant qu?un pas supplémentaire venait d?être franchi vers les bases d?un système d?évaluation du service rendu par les pays du sud qui évitent la déforestation et pourront ainsi percevoir la juste rémunération de leurs efforts.

Des scènes de colère aussi : «La Convention sur le climat de 1992 prévoyait que les pays riches, qui sont responsables des trois quarts des gaz à effet de serre accumulés dans l?atmosphère, ramènent en 2006 leurs émissions au niveau de 1990. Or ils n?y sont toujours pas arrivés », s?insurge un négociateur indien, Manjiv Singh Puri. Barack Obama, le président élu américain, vient de promettre d?y parvenir en ? 2020. « Vingt ans de perdus », se lamente l?Indien. « Cette même Convention prévoit dans son préambule le droit pour les pays en développement d?augmenter leurs émissions » afin de poursuivre leur rattrapage économique, rappelle Manjiv Singh Puri. La délégation Chinoise parlait le même langage. Ces arguments justifient, selon le représentant spécial de la Chine pour le Climat, Yu Qingtai, le refus de Pékin de prendre des engagements chiffrés et contraignants de réduction des émissions de CO2. « Nous sommes un pays en développement , nous devons continuer à faire croître notre économie», dit-il en rappelant le plan d?action mis en ?uvre par la Chinedepuis mi 2007 pour réduire les émissions (objectif d?améliorer de 20% l?efficacité énergétique d?ici à 2010 ?).

Autre déçu de Poznan, Ali Souleyman Dabye, ministre de l?environnement du Tchad, admet que « les attentes étaient trop grandes vis-à-vis de la conférence climat. Le conseil européen sur le paquet énergie et climat qui s?est déroulé parallèlement à la fin de la conférence a détourné l?attention de Poznan », fustige le tchadien. Au point que Jean-Louis Borloo, son homologue français, a repris l?avion pour Bruxelles en au beau milieu de son séjour à Poznan afin de soutenir les efforts de Nicolas Sarkozy pour surmonter les réticences de l?Allemagne et des pays de l?est durant le sommet. « Jean-Louis Borloo n?a même pas assisté au déjeuner de travail des pays francophones qui a eu lieu vendredi et ne nous a pas vraiment permis de discuter entre nous», regrette Ali Souleyman Dabye.

«Depuis la Convention de 1992 l es pays du G77 (groupes des pays en développement) ont le sentiment de n?avoir eu droit qu?à de la verroterie » et pas à des mesures authentiques de la part des pays du nord, ironise Pierre Radanne, consultant à Futur facteur 4. Le projet de directive sur l?énergie et le climat qu?a avalisé vendredi le conseil européen vendredi risque d?aggraver l?exaspération des Pays en développement. Les recettes générées par la mise aux enchères des crédits d?émission de CO2 destinées aux entreprises risquent de fondre comme neige au soleil du fait des exonérations accordées aux entreprises qui bénéficieront d?allocations gratuites de ces crédits. La perte en ligne est d?environ la moitié, a admis Nathalie Kosciusco Morizet. Les Européens devraient clarifier leurs décisions en matière d?aides financières aux Ped dans les prochains mois. Un premier rendez-vous aura lieu en mars.

Mais le soulagement dû au départ prochain du président Bush était palpable à Poznan. Invité d?un grand dîner organisé par Econcern, Nicholas Stern, conseiller économique du gouvernement britannique, a provoqué un tonnerre d?applaudissements en levant son verre sur un insolent : « bye bye, George ». Là réside le seul vrai consensus de Poznan : la route vers une société sobre en carbone est à présent dégagée.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
quels sont les plus grands pollueurs ?

rep : l'homme et son radiateur electrique

donc 20% de renouvelable en + pour faire du chauffage electrique c'est absurbe

et 20 % de cogénération en plus pour utiliser la chaleur perdue et les watts à des utilisations plus nobles
c'était moins rdicule

inutile de nous faire un discours sur les économies des lampes basse consomation pour les compenser sur le convecteur à coté

la cogénération ne doit pas faire les affaires de tout le monde et pourtant 2/3 de l'energie thermique est dispersée dans l'environement, pour produire 1 malheureux watt qui va se retransformer en chaleur quoique l'on fasse
Autant le faire de manière intélligente

"rien se perd, rien se crée, tout se transforme"
y compris la connerie humaine

a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Don Quichotte, le radiateur électrique n'est polluant que si son énergie provient du charbon, du gaz ou du pétrole...C'est majoritairement le cas dans le monde, mais pas partout: il faut admettre que chaque pays, même au sein de l'UE, puisse proposer des solutions différentes.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
une annee d'1coeur paisible 1e ame sereine 1 esprit libre 1e vie heureuse 1e sante entte saison 1e joie en quantite es 1 immense bonheur pr 2009 ce yissibo saleh abbay

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