Sortie de crise : "l'emploi pourrait lui aussi reprendre un peu plus tôt"

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Angel Gurria est secrétaire général de l'OCDE, l'organisation de coopération et de développement économiques, qui réunit les pays les plus développés de la planète.

La Tribune - Le principal enseignement de votre rapport sur les perspectives de l?emploi est que la crise est encore devant nous. Pourquoi ?

Angel Gurria - Même si on perçoit des signes de reprise de l?activité économique, il faudra du temps avant de voir une reprise de l?emploi. En effet, une entreprise qui souhaite embaucher ou garder ses salariés a besoins de signaux forts de reprise, comme la reprise des commandes. C?est pourquoi on estime que six mois à un an vont s?écouler entre la reprise économique et le redémarrage de l?emploi. Quant à retrouver un niveau d?emploi pré-crise, cela pourrait prendre beaucoup plus de temps. A titre d?exemple, la Finlande n?est toujours pas revenue à son niveau de 1990, avant l?énorme crise financière qui l?a ébranlée.

- On n?est donc pas prêts de voir le chômage diminuer?

- En effet. Mais la bonne nouvelle, c?est que, aujourd?hui, la reprise économique semble plus proche qu?on ne le prévoyait il y a trois ou six mois. Cela signifie que l?emploi pourrait lui aussi reprendre un peu plus tôt. Mais, au regard de l?histoire et de l?expérience, le message principal à faire passer est qu?il ne faut pas attendre pour mettre en place des politiques spécifiques pour réduire l?écart entre le moment de la reprise économique et de celle de l?emploi Cela passe par des politiques actives d?emploi afin d?aider les demandeurs d?emploi à réintégrer rapidement le marché du travail une fois que la reprise sera là. Il faut aussi réduire le nombre de licenciements par des mesures comme le chômage partiel et promouvoir la création d?emplois dans des secteurs en croissance à travers des plans de relance bien conçus. En fait, il faut à tout prix empêcher le chômage de longue durée, dont les conséquences sont négatives pour l?individu et sa famille et ont un coût social et budgétaire élevé.

- Avez-vous des solutions miracles à proposer pour lutter contre le chômage ?

- Les solutions miracles n?existent pas. Il s?agit en revanche d?agir sur plusieurs plans à la fois. Il faut lorsque c?est nécessaire renforcer le système de protection sociale, via l?augmentation des indemnités d?assurance chômage et de l?aide sociale pour les plus démunis. Il faut aussi aider au maintien dans l?emploi de certains salariés. Il est en effet beaucoup plus coûteux de réintégrer un salarié dans le monde du travail, surtout s?il est au chômage depuis longtemps, que de le maintenir au travail, pendant un certain temps. On ne peut pas le faire indéfiniment, mais si on pense que la reprise est à l?horizon, il faut faire ce pari. La question de la formation est également prépondérante, pour faire évoluer les salariés dans l?entreprise et les préparer à occuper les emplois de demain. Et pour ceux qui ont déjà perdu leur emploi, il faut naturellement faire en sorte que la période de chômage soit la plus courte possible et s?assurer qu?ils disposent de toute l?aide nécessaire de la part des services publics de l?emploi pour retrouver du travail. Pour cela, le suivi individuel des demandeurs d?emploi est essentiel. C?est compliqué et cela coûte cher. Deux pays - le Danemark et la Suisse - disposent d?un système très réactif : dès que le taux de chômage augmente, le budget consacré aux politiques d?emploi progresse proportionnellement.

- Vous êtes donc favorable à des aides ponctuelles en direction des entreprises en cette période de crise ?

- L?OCDE ne recommande pas de maintenir artificiellement en vie les entreprises. Mais pour celles qui peuvent survivre à la crise, on peut envisager un soutien ciblé et ponctuel. Les plans de relance adoptés par les pays de l?OCDE contribuent aussi indirectement à aider les entreprises. Nous estimons que ces plans auront permis de créer ou sauvegarder trois à cinq millions d?emplois à l?horizon 2010 dans l?ensemble de l?OCDE.

- Avez-vous chiffré le coût que représenterait une politique active en faveur de l?emploi ?

- Les dépenses "actives" consacrées au marché du travail varient considérablement d?un pays à l?autre de l?OCDE ; elles s?échelonnent entre 0,01% et 1,3% du PIB. Les dépenses passives ? qui incluent les prestations chômage - s?échelonnent quant à elles entre 0,2 et 2% du PIB. En moyenne, les pays de l?OCDE dépensent 1,3% de leur PIB pour les mesures liées à l?emploi. L?argent supplémentaire qui a été dégagé pendant la crise n?a pas été à la hauteur de la forte augmentation du nombre de chômeurs. Dans certains pays comme l?Espagne, l?Irlande ou les Etats-Unis par exemple, les dépenses actives par chômeur ont chuté de 40%. Il faut mettre le paquet pour aider ceux qui sont le plus touchés, notamment les jeunes. L?OCDE va même jusqu?à dire que, dans cette période de crise assez extraordinaire, pour les catégories de chômeurs les plus défavorisés, il faut encourager la création d?emplois publics ? ce qu?elle n?aurait sûrement pas préconisé en période de croissance économique. Mais aujourd?hui, il vaut mieux que ces personnes soient dans l?emploi dans les municipalités, les associations subventionnées?, à condition évidemment qu?il y ait une stratégie de sortie.

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Commentaires
a écrit le 10/11/2009 à 7:58 :
Pour ma part je pense que le système Capitalisme, s'essouffle, et laisse beaucoup trop de disparités et d'injustices.
Les riches deviennent de plus en plus riche et les pauvres de plus en plus pauvre. Les gens qui travaillent pour leSMIC, on de plus en plus de problème, à s'en sortir, certains sont même sans domicile fixe. Ce qui est inadmissible. Notre liberté, n'est qu'une illusion, puisque c'est une minorité (notre gouvernement) qui décide pour la majorité. Comment nos gouvernants peuvent-ils être représentatifs du peuple ? Puisque qu'ils ne savent même pas ce que veut dire vivre avec un bas salaire.
L'emploi n'est pas le problème n°1. Puisqu'il y a de plus en plus de travailleurs pauvres, même qualifiés (eh oui avec la montée du chômage c'est tout bénéf pour les entreprises qui recherchent du personnel de plus en plus qualifié et polyvalent au moindre coût). Le vrai problème est le pouvoir d'achat. Pour relancer la consommation, il faut que les gens aient des revenus corrects. Ce n'est ni le chômeur, ni le RMISTE, ni le SMICARD qui vont relancer la croissance, puisque eux ne vivent pas, mais survivent....
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
J'aurais aimé pouvoir lire cet article si un placard de pub de Cortal Consors n'en cachait pas une partie !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
S'il n'y a pas de solution miracle au chômage, ce n'est même pas la peine de continuer à baratiner à tort et à travers. Les entreprises peuvent augmenter leur production sans embaucher, simplement en organisant du travail supplémentaire et en modernisant ses moyens de production. Il faut aussi diminuer les charges sociales pour stimuler la croissance. Comme la croissance ne demande pas d'emploi supplémentaire, les chomeurs resteront au chomage, mais sans revenus.
C'est la logique du système. Il n'y a pas de solution miracle DANS LE SYSTEME CAPITALISTE.
La question est de savoir quand le peuple se révoltera violemment.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Crise imprévue, sortie de crise imprévisible. Les experts à la mort moi le noeuds se croient évangélistes.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
André Louis, je suis tout à fait d'accord avec toi. Mais, par contre, la sacro sainte croissance est le pire ennemi de l'écologie. Donc, ne comptons surtout pas sur elle pour l'avenir de nos enfants. Changeons de système économique : là est la solution

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