Le séisme à Haïti a fait 40.000 à 50.000 morts

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Le violent séisme qui a touché la capitale de ce pays, l'un des plus pauvres au monde, a fait 40.000 à 50.000 victimes, selon une dernière estimation. Malgré l'aide de la communauté internationale, très mobilisée, le chaos et l'insécurité freinent les opérations de sauvetage dans l'île.

Les Haïtiens s'apprêtaient à passer une troisième nuit dans le chaos, au milieu des ruines, de la puanteur des cadavres et de la violence des rues, après le séisme de mardi, tandis que l'afflux d'aide internationale se heurtait à un casse-tête logistique.

Les morts se comptent par dizaines de milliers

Le séisme, de magnitude 7 sur l'échelle de Richter, qui a touché Haïti, est le plus violent depuis plus de 200 ans à frapper ce pays, l'un des plus pauvres de la planète. Entre 40.000 et 50.000 personnes ont péri et 3 millions ont été touchées par le séisme qui a frappé mardi Haïti, a déclaré jeudi à Panama, Xavier Castellanos, directeur pour les Amériques de la Fédération internationale de la Croix-Rouge. "Les chiffres les plus importants sont ceux qu'a mentionnés le gouvernement (de Haïti ) et le gouvernement de haïti parle de 40.000 à 50.000 morts", a déclaré à l'AFP Xavier Castellanos. Selon lui, "la magnitude du séisme (7) indique qu'il pourrait y avoir un nombre important de morts et que le chiffre indiqué par le gouvernement haïti n'est pas loin de la vérité". Des responsables politiques haïtiens avaient parlé la veille de 100.000 morts, et des millions de personnes se retrouvent dans le dénuement dans ce pays, le plus pauvre du continuent américain.

Un Casque bleu canadien a été retrouvé mort dans les décombres de son logement de Port-au-Prince et un autre est toujours porté disparu, a annoncé jeudi la Gendarmerie royale du Canada (GRC, police fédérale). "Nous avons retrouvé le corps du sergent Mark Gallagher dans les ruines de sa résidence", a indiqué dans un communiqué le préfet William Elliott, sans pouvoir préciser s'il fait partie des 36 décès recensés plus tôt par l'ONU.

Une diplomate de l'ambassade américaine a également péri dans le séisme, a rapporté le département d'Etat jeudi. Victoria DeLong, une chargée d'affaires culturelles, est morte dans l'effondrement de sa maison. Elle est la première victime américaine confirmée du séisme.

Le bilan des victimes françaises du séisme en haïti est passé de deux à six morts, a indiqué jeudi le ministère français des Affaires étrangères. "Il y a six morts confirmés", a indiqué le service de presse du Quai d'Orsay. Aucun détail n'a été fourni sur l'identité des victimes, leur fonction en Haïti ni sur l'endroit où ils ont été retrouvés. Au total, quelque 1.400 Français sont recensés en Haïti , dont 1.200 à Port-au-Prince. Depuis le séisme de mardi, 60 Français ont été signalés comme disparus, selon le ministère. Lors d'une conférence de presse tenue dans la journée, le président Nicolas Sarkozy avait confirmé la mort de deux Français employés d'une entreprise de BTP du Cantal. Plusieurs Français sont "encore portés disparus, sans doute prisonniers des décombres d'édifices qui se sont effondrés", avait-il précisé.

Quelque 200 spécialistes des secours français sont au travail en haïti pour tenter de retrouver des survivants. Quatre-vingt onze Français, selon le chef de la diplomatie Bernard Kouchner, blessés ou choqués, ont été évacués vers la Martinique. Quelques 200 autres devaient l'être jeudi soir.

Puissant élan de solidarité

Les annonces d'aide humanitaire d'urgence et de fonds pour venir en aide à Haïti , se multipliaient jeudi, deux jours après la catastrophe. Voici une liste des principaux pays ou groupements qui ont manifesté leur solidarité.

La Banque Mondiale et le FMI vont apporter chacun une aide financière de 100 millions de dollars. Les Etats-Unis apporte une aide immédiate de 100 millions de dollars et le déploiement d'une brigade de 3.500 soldats américains, pour participer aux efforts humanitaires et aider à maintenir la sécurité. L'envoi d'un porte-avions nucléaire, le "Carl Vinson", et d'autres navires a été décidé. Le géant américain de l'Internet Google a annoncé qu'il allait donner 1 million de dollars et qu'il avait mis des moyens technologiques à la disposition des équipes de secours. Le G20 a affirmé jeudi son "engagement" à fournir une aide économique et matérielle à Haïti , aide qui n'est pas encore chiffrée.

L'Australie a annoncé apporter 9 millions de dollars. Le Brésil fournira une aide de 15 millions de dollars et de huit avions d'aide humanitaire. Le Brésil qui dirige la force militaire de la mission de paix de l'ONU en Haïti, a aussi proposé de créer dans ce pays un cimetière pour les adeptes du vaudou, rite très répandu dans l'île, afin d'enterrer les morts. Le Canada se dit prêt à offrir une aide égale à celle des citoyens canadiens, allant jusqu'à 50 millions de dollars canadiens, ce qui porterait le total de l'aide canadienne à 100 millions (97 millions de dollars américains). Le pays a envoyé deux bâtiments de guerre, des hélicoptères et des avions gros porteurs. La Commission européenne a débloqué 3 millions d'euros d'aide d'urgence. La Grande-Bretagne apportera une aide financière de 6,87 millions d'euros. Deux équipes, dont 71 spécialistes des secours d'urgence accompagnés de chiens et dotés de 10 tonnes d'équipement, sont arrivées en République dominicaine et devaient se rendre à Port-au-Prince dans la journée de jeudi.

La France a envoyé près de 200 pompiers et militaires avec du matériel de recherche de disparus et un hôpital de campagne envoyés en trois vagues mercredi et jeudi. L'envoi de deux navires de guerre, dont l'un sera doté d'équipements chirurgicaux, a également été annoncé. L'Espagne débloquera une aide d'urgence de 3 millions d'euros et envoi jeudi de cinq avions transportant équipes de secours et matériel. Un sixième avion chargé d'équipes et de matériels d'ONG doit partir vendredi. L'Italie annonce 1 million d'euros d'aide d'urgence, moitié au Programme alimentaire mondial (PAM) et moitié au Comité international de la Croix Rouge (CICR), et un avion envoyé mercredi soir avec des experts en logistique. Un second avion, un C-130 militaire, devait décoller jeudi avec un hôpital de campagne et 20 chirurgiens. L'Eglise catholique italienne a annoncé une collecte de fonds dans ses paroisses le 24 janvier. L'Allemagne prévoit une aide humanitaire d'urgence de 1,5 million d'euros, en plus des 320.000 euros d'aides d'urgence déjà annoncés par des ONG. La Norvège prévoit 2,7 millions d'euros pour des ONG norvégiennes mobilisées pour les victimes, le Danemark 1,34 million d'euros d'aide d'urgence, la Belgique l'envoi d'une équipe d'intervention médicale avec un hôpital de campagne (20 personnes), 33 sauveteurs et quatre chiens pisteurs, le Portugal l'envoi d'un C-130 des forces aériennes ainsi que 32 éléments de la protection civile.

En Russie, le ministère des Situations d'urgence devait dépêcher un avion Il-76 avec 20 médecins et un hôpital de campagne aéroporté. Le Gabon a annoncé une aide d'urgence de 1 million de dollars, le Maroc 1 million de dollars en produits médicaux et pharmaceutiques. La Jordanie enverra un avion transportant des médecins et plusieurs tonnes d'aide alimentaire et médicale. La Corée du Sud prévoit une aide d'urgence d'environ un million de dollars et envoi d'une équipe de secouristes. Cuba a annoncé l'envoi d'une aide médicale d'urgence. Le Chili a envoyé jeudi un avion militaire chargé de 40 tonnes d'aide humanitaire de première urgence (tentes, médicaments et eau), d'une équipe de médecins (20) et de secouristes spécialisés, le Pérou deux avions militaires partis jeudi avec 40 tonnes d'aide humanitaire (médicaments et vivres), le Paraguay 56.000 tonnes d'aide alimentaire annoncée. Le Japon a annoncé 5 millions de dollars (3,5 millions d'euros) d'aide ainsi que des biens de première nécessité d'une valeur de 230.000 euros.

De nombreux obstacles empêchent les secours d'effectuer leur travail

L'insécurité est le premier obstacle que les sauveteurs étrangers rencontrent dans les rues dévastées de Port-au-Prince face à des Haïtiens souvent désespérés plus de 48 heures après le séisme qui a détruit leur capitale. Dominicains, Américains, Français ou Boliviens ont été les premiers secouristes étrangers à se lancer jeudi dans les ruines de la capitale haïtienne, mais la violence endémique du pays leur a singulièrement compliqué la tâche. "Le plus gros problème, c'est l'insécurité", observe Delfin Antonio Rodriguez, chef des opérations de la défense civile dominicaine. "Hier, on a voulu voler un de nos camions. Aujourd'hui, à cause de cela, il y a des endroits où nous avons à peine pu travailler". "Il y a des pillages et des gens armés, parce que c'est un pays très pauvre et qu'ils sont désespérés", explique-t-il. Les principaux hôpitaux étant détruits ou endommagés, il faudrait pouvoir installer un grand hôpital de campagne pour pouvoir accueillir les blessés, explique Delfin Antonio Rodriguez. Mais dans le contexte actuel, c'est impossible: "si nous l'installions de nuit, le matin il ne serait plus là", observe-t-il.

"L'autre grand problème, c'est le manque de coordination avec les autorités locales", lance son adjoint, José Cavallo. Une grande partie de l'aide internationale reste bloquée à l'aéroport. "Les secours arrivent, mais après ils ne sont pas distribués, probablement à cause de l'insécurité", observe Delfin Antonio Rodriguez. "Nous nous mettons en danger, mais c'est parce que nous sommes du pays voisin". Mais les consignes sont strictes: pas question d'être armés, ce qui oblige à quitter les lieux à la tombée de la nuit, même lorsque l'on est au beau milieu d'un sauvetage. "Nous protégeons les missions étrangères et certaines maisons du pillage et empêchons de voler les morts", explique l'un d'entre eux. "Nous ne sommes pas armés. Mais des fois, ce serait préférable", dit-il, devant un groupe d'Haïtiens en colère qui exigent que les sauveteurs les accompagnent un peu plus loin. Jeudi, les Dominicains ont dégagé 17 personnes coincées dans le parlement en ruines, ainsi que des dizaines de corps sans vie, dont ceux de 20 sénateurs qui étaient réunis mardi après-midi au moment du tremblement de terre.

L'un des conseillers à la sécurité nationale du président américain Barack Obama devait partir jeudi soir pour Haïti, avec un responsable du Pentagone pour coordonner l'aide américaine sur le terrain, a annoncé la Maison Blanche.

Les cris des victimes enfouis sous les gravats, permettaient aux sauveteurs de repérer les survivants et de les sortir. Plus de 48 heures après le séisme, ces cris se font de plus en plus rares, et les recherches sont de plus en plus difficiles. L'aide internationale, aussi importante soit-elle, arrivera certainement trop tard pour sauver des vies, peut-être pas pour aider les survivants sur place à se reconstruire après le drame.

 


 

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Commentaires
a écrit le 01/05/2011 à 7:20 :
c'est tres romantique

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