A la rencontre des espaces temps

 |   |  1155  mots
Shanghai a toujours été une ville cosmopolite. Aujourd'hui, plus encore, avec l'exposition qui nous projette vers l'avenir, les générations et les époques se juxtaposent dans la mégapole. Passé, présent, futur. Quatre coins incontournables pour remonter le temps.

Le Bund : la vitrine du miracle chinois
Pour prendre la mesure de l?effervescence chinoise, direction le Bund. Classé comme la zone prioritaire à rénover aux côtés de onze autres districts, la rive ouest du fleuve Huangpu, est la vitrine de l?économie bondissante de la Chine. Dans les années 30, c?est là que se sont installées les principales banques, et la maison des douanes. Les Shanghaiens aiment le commerce et l?argent. Sur la promenade, refaite à neuf, élargie, le spectacle est au rendez-vous. À la nuit tombée, la Skyline de Pudong en jette plein les yeux. La tour de la perle d?Orient, l?antenne de la télévision et sa boule ronde, le World Financial Center, tous scintillent à leur sommet. Heureux, fiers, ces Chinois venus des provinces centrales s?extasient de leur propre réussite. Trentenaires venus en groupe, amoureux se bécotant : l?ambiance est festive. Cheng Li, un Shanghaien de source qui parle un américain parfait, les nomme les « smiley people », tous veulent célébrer l?expo : « C?est une fête chinoise avant tout ». Et de fait, ils s?esclaffent, rient aux éclats, se prennent en photo. Quand l?hélicoptère de la CCTV (la télévision chinoise) survole le fleuve, les flashs crépitent. Réactions enfantines ? Une grand-mère shanghaienne, accrochée au bras de son petit-fils, marche lentement effarée de voir cette foule de provinciaux en liesse. En haut de l?ancien phare (la Signal Tower, bâtie en 1907, a été déplacée de 22,4 mètres pour mieux s?inscrire dans la perspective décorative), la musique du Russian Club bat son plein. Dans la journée, deux rues perpendiculaires permettent d?approcher au plus près le miracle chinois. Industrieuse, envahie d?hommes et de femmes circulant leur casque de chantier sur la tête, la Beijing Road figure le poids du BTP dans le boom de l?économie (et son ralentissement aussi, puisque nombre de chantiers ont été stoppés avec la crise, faute de capitaux étrangers). Les rideaux de fer relevés, plus d?une centaine de magasins vendent à qui mieux mieux de la plomberie, des fils électriques, des interrupteurs, etc. À cent mètres, sur Nanjing Road, la foule compacte (agoraphobes, s?abstenir) s?adonne à l?activité numéro un de la cité : le shopping. Tout juste jumelée avec les Champs-Élysées, Nanjing ne désemplit pas. À la sortie de Mango, Zara, Uniqlo, les Chinois vont et viennent sans cesse de 10 heures à 22 heures. Sur Sichuan Road, une rue perpendiculaire, au premier étage des anciennes maisons, le linge sèche sur les bambous. En chemin, on croise nombre de fauteuils roulants. Non, ce ne sont pas des handicapés, ce sont des personnes âgées. À 70 ans, 80 ans, ces Chinois ont le corps brisé. Nés dans les années 30-40, ils ont tout vécu (et ont survécu) : l?établissement de la République populaire de Chine (1949), le Grand Bond en avant (1958), la grande famine (1960-1962), la Révolution culturelle (1966)... Ils semblent totalement perdus. Mais piété filiale oblige (merci Confucius), leurs enfants et petits-enfants veillent sur eux.

Old City : la Chine séculaire
Pour plonger dans les temps immémoriaux, au matin, direction la vieille ville chinoise. Près du jardin Yu, entre Fang Bang Road et Fuxing Road. Au-delà des échoppes qui regorgent de souvenirs ? cerfs-volants (leur usage est strictement réglementé pendant l?exposition en raison de la crainte des attentats), lampes en papier, bottes brodées pour bambins... ?, l?aventure se vit dans le dédale des ruelles. La réhabilitation n?a pas encore eu lieu ici. La vie miséreuse s?écoule dans un dedans dehors ; une femme se lave les cheveux dans la cuvette devant sa porte, les enfants jouent à cache-cache dans l?amoncellement des motocycles. Cinquante centimètres carrés de terre suffisent pour que fleurissent quelques jonquilles, un chat blanc tenu en laisse est lié au fauteuil en osier tout rafistolé de son vieux maître, un Chinois édenté. Quatre femmes disputent une partie de mah-jong sous le regard des curieux. Sur les chaises longues, les duvets s?aèrent. On se faufile entre les fils à linge. À un vol d?oiseau de là, sur Huaihai Road, les labels internationaux déploient leur magnificence.

La concession française : la nostalgie des années 30
En poursuivant vers l?ouest, apparaissent les allées bordées de platanes. L?ancienne concession française a conservé son charme. Majoritairement encore habitée par les expatriés, les nouveaux riches chinois se disputent également ses demeures. Sont-elles belles ? Pas vraiment ; un mélange de style vosgien, alsacien un peu grossier, mais elles sont entourées de verdure, et restent à l?abri de la démesure de la mégalopole. La cité Bourgogne (Bu Gao Li) est érigée en modèle, Tian Zi Fang attire les bobos de la ville et les étrangers dans les galeries de photographies. En revanche, Xintiandi est un peu le Montmartre de Shanghai ; seuls les touristes y croisent quelques étudiants au Starbucks du coin ou au Pavillon, le restaurant des Costes. Non loin du marché aux puces et aux antiquités de Pongdai, le marché aux fleurs et aux oiseaux invitent à la poésie. Officiellement, aucun combat de criquets n?est autorisé, mais dans les arrière-cours, c?est une autre histoire.

Pudong et le M50 : les temps modernes
Pour rejoindre la rive est de Huangpu River, le mieux est de prendre un taxi. Les autoroutes suspendues traversent la ville de par en par, avec leur néon couleur des mers du sud, elles donnent à Shanghai sa dimension SF. À Pudong, dans le quartier d?affaires de Lujiazui, la réalité économique reprend ses droits. Dans le parc Mingzhu, les pickpockets défient la police (en civil). En haut de la tour Jin Mao, le vertige submerge tout un chacun. L?architecture épate, elle participe à redorer le blason chinois. Tout comme l?art contemporain. Dans le tout récent Minsheng Art Museum (une ancienne aciérie), on se croirait dans un studio de Chelsea. Le M50 a été le premier district réhabilité pour accueillir l?art contemporain. Le Moca, le musée d?art contemporain, a ouvert ses portes fin 2005. Sous sa carapace de verre, sa collection se veut impertinente. Elle est classique. À ses pieds, dans le parc de la place du Peuple, parents et grands-parents se donnent rendez-vous pour jouer les entremetteurs au moyen de pancartes vantant les mérites et les diplômes de leurs trentenaires trop absorbés à travailler. Ne tentez pas de prendre des clichés, vous seriez chasser comme un malpropre. Les Chinois n?aiment pas qu?on mette le nez dans leurs affaires.
Dernière escale dans le temps : l?Exposition universelle. Elle vise à modéliser un avenir meilleur. Un monde majoritairement chinois, cela s?entend.

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :