Les autorités algériennes ont muselé la manifestation d'Alger

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En déployant un large dispositif de sécurité dans Alger, les autorités algériennes ont en partie empêché samedi des mouvements d'opposition de s'inspirer des soulèvements tunisien et égyptien. La manifestation s'est terminée dans le calme. L'opposition appelle désormais à manifester tous les samedi.

Environ 250 manifestants et 14 personnes ont été interpellées et immédiatement relachées samedi, selon le pouvoir algérien. Il y aurait eu entre 7.000 à 10.000 participants et un millier d'arrestations, selon le parti d'opposition le Rassemblemen pour la culture et la démocratie (RCD), qui organisait la manifestation. Selon des journalistes de l'agence Reuters, le nombre de manifestants réclamant notamment la chute du gouvernement d'Abdelaziz Bouteflika a été largement sous-évalué par la police. La coalition des organisations de la société civile, certains syndicalistes et le parti d'opposition RCD, qui avait appelé à ce rassemblement de samedi, ont décidé lors d'une rencontre de renouveler de telles manifestations chaque samedi et de tenter de convaincre de plus en plus de monde d'y prendre part. "Nous continuerons de manifester jusqu'à ce que le régime tombe. Chaque samedi, nous maintiendrons la pression", a expliqué Mohsen Belabes, porte-parole du Rassemblement pour la culture et la démocratie.


"Une tentative d'organisation d'une manifestation a été signalée Place du 1er Mai rassemblant une foule estimée à 250 personnes", a indiqué le ministère de l'Intérieur dans un communiqué. L'un des organisateurs du rassemblement, Fodil Boumala, a indiqué à Reuters qu'il était détenu dans un commissariat. Après près de trois heures de manifestation, les protestataires ont quitté calmement la place tandis que la police les laissait passer. Mais certains jeunes venus des quartiers pauvres d'Alger sont restés sur les lieux et ont lancé des projectiles sur les policiers. "On est en état de siège", a déclaré Abdeslam Ali Rachedi, étudiant et opposant au gouvernement de Bouteflika. Non loin de là, une petite contre-manifestation s'est déroulées aux cris de "Nous voulons la paix, pas le chaos !" et "l'Algérie n'est pas l'Egypte!".

Des policiers déployés en force

Dès le début de la matinée, les autorités avaient déployé une dizaine de véhicules des forces de l'ordre et des petits véhicules blindés étaient stationnés sur plusieurs carrefours de la capitale tandis que des policiers déjà équipés de tenues antiémeutes se trouvaient non loin de la place. Mais des petits groupes de manifestants ont réussi à s'y rassembler, scandant "Bouteflika dehors!". Certains protestataires, s'inspirant des révolutions, qui ont eu raison des régimes tunisien et égyptien, brandissaient des journaux titrant "Moubarak est tombé". Ils ont été rapidement encerclés par les forces de l'ordre. D'autres ont bien tenté eux aussi de regagner la place mais la police les en a empêchés.

"J'ai le regret de dire que le gouvernement a déployé une force importante pour empêcher une marche pacifique. Ce n'est pas bon pour l'image de l'Algérie", a déclaré Mustafa Bouchachi, de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (LADDH). La LADDH était au nombre des organisations ayant appelé à ce rassemblement en faveur des libertés publiques et de l'emploi et pour un changement de gouvernement.

Au lendemain de la démission contrainte du président égyptien Hosni Moubarak, un mois après le renversement du dirigeant tunisien Zine ben Ali, de nombreux observateurs se demandent si un autre pays du monde arabe ne va pas à son tour s'enflammer contre le pouvoir en place. Des troubles en Algérie pourraient avoir des conséquences sur l'économie mondiale en raison de son statut de puissance exportatrice de gaz et de pétrole. Beaucoup d'experts doutent toutefois d'un scénario à l'égyptienne ou à la tunisienne car le gouvernement semble disposer des ressources nécessaires, via la manne énergétique, pour répondre à la plupart des revendications.

Les autorités disent avoir interdit cette manifestation pour des raisons d'ordre public et non par volonté d'étouffer des voix discordantes. Elles affirment oeuvrer en faveur de la création d'emplois, de la construction de nouveaux logements et de l'amélioration des services publics. Bouteflika a annoncé le 3 février la levée "dans un très proche avenir" de l'état d'urgence en vigueur depuis 1992. Le gouvernement est récemment intervenu pour faire baisser le prix de certaines denrées de base et il a accru les importations de blé.

La manifestation de samedi ne bénéficiait pas de l'appui des principaux syndicats ni des principales formations d'opposition ni encore des organisations islamistes radicales interdites.

 

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