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ÉconomieInternational

Famine : près de 20 ans après, le "sac de riz" de Kouchner est toujours d'actualité

Sylvain Rolland

Publié le 20 juillet 2011 à 15:19 - Mis à jour le 20 juillet 2011 à 15:48

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Les appels aux fonds se multiplient de la part de la communauté internationale pour venir en aide à la Corne de l'Afrique, frappée par la sécheresse la plus grave depuis 60 ans. Selon l'ONU, qui a proclamé ce mercredi deux régions du sud de la Somalie en état de famine, 11,3 millions de personnes sont concernées dans cinq pays.

Tout le monde se souvient du ministre français Bernard Kouchner, un sac de riz sur l'épaule, demandant l'aide des Français pour lutter contre la famine en Somalie. C'était en 1992. La famine avait coûté la vie à plus de 220.000 personnes. Depuis, le monde a profondément changé, mais la situation en Somalie, elle, reste la même. Dix-neuf ans après, la guerre civile qui oppose les autorités somaliennes à divers groupes islamistes ou claniques depuis 1986, divise toujours le pays. Et ses habitants sont toujours parmi les plus pauvres et les plus vulnérables du monde.

La sécheresse exceptionnelle qui frappe la Corne de l'Afrique depuis fin 2010 en est une nouvelle illustration. Ce mercredi, l'ONU a déclaré l'état de famine dans deux régions du sud de la Somalie, Bakool et Lower Shabelle, toutes deux contrôlées par des insurgés islamistes.

Facteurs aggravants

Cyclique et inévitable, la sécheresse la plus importante depuis soixante ans, selon les climatologues, s'est transformée en catastrophe humanitaire sous l'effet d'une combinaison de facteurs aggravants. "Les très mauvaises récoltes liées à la sécheresse ont conduit à une hausse très importante des prix de l'ordre de +270% dans le sud de la Somalie, dans un contexte global de tensions sur les prix alimentaires et énergétiques", explique Marie Wentzell, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies en France. La poursuite des combats dans la région, l'apparition de maladies infectieuses liées à la sécheresse, et la difficulté pour les organisations humanitaires d'accéder à certaines zones de la Somalie depuis 2008, contribuent à faire de cette sécheresse la crise alimentaire la plus grave de ces vingt dernières années.

L'ONU et le PAM estiment que 11,3 millions de personnes sont touchées par la sécheresse ou la famine en Somalie, en Ethiopie, à Djibouti, au Kenya et en Ouganda. Dans le nord du Turkana (extrême nord du Kenya), le taux général de malnutrition est monté à 37% contre 15% l'an dernier. Mais c'est en Somalie que la situation est la plus grave. La malnutrition aigue dans les deux régions décrétées en famine par l'ONU touche 30% de la population. Les taux de mortalité sont comparables ou supérieurs aux précédentes crises qui ont frappé le Niger en 2005, l'Ethiopie en 2001 ou le Soudan en 1998.

La France demande une réunion d'urgence de la FAO

"Si nous n'agissons pas maintenant, la famine va s'étendre aux huit régions du sud de la Somalie dans les deux mois à venir" a averti à Nairobi le coordinateur humanitaire des Nations unies pour la Somalie, Mark Bowden.

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De fait, les organisations internationales et les Etats ont enclenché -tardivement- le mécanisme d'aide. La France, qui préside le G20, a demandé la tenue d'une réunion d'urgence, lundi prochain à Rome, de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). L'objectif : lancer un programme d'aide à la Corne de l'Afrique. Les agences humanitaires espèrent recueillir des centaines de millions de dollars, nécessaires pour leurs programmes d'assistance, leurs distributions de vivres ou de médicaments, ou l'amélioration des infrastructures.

28 millions supplémentaires des Etats-Unis


En attendant, l'ONU a demandé mercredi 7,9 milliards de dollars, contre 7,4 précédemment, au titre de l'aide humanitaire totale en 2011. Au moins 1,6 milliard de dollars devraient être consacrés à l'aide dans la Corne de l'Afrique. La FAO, organe de l'ONU, a estimé ses besoins à 120 millions de dollars pour développer ses programmes d'aide sur le terrain, dont 70 millions pour la Somalie et 50 millions pour l'Ethiopie, le Kenya, Djibouti et l'Ouganda. Le Programme alimentaire mondial, autre structure gérée par l'ONU, a demandé 190 millions de dollars.

Dans la foulée, plusieurs Etats ont également décidé d'augmenter le montant de leur aide. Les Etats-Unis ont consenti à un effort supplémentaire de 28 millions de dollars pour la Somalie et les réfugiés somaliens au Kenya. En plus des 431 millions de dollars d'assistance que le pays a débloqué depuis le début de l'année. En Europe, le gouvernement allemand a augmenté de 5 millions d'euros son aide d'urgence pour la Corne de l'Afrique, en plus de ses programmes d'aide de 240 millions d'euros répartis entre le Kenya et l'Ethiopie. Pour sa part, Londres a promis une aide d'urgence de 59 millions d'euros.

45 euros pour un sac de maïs de 5 kl à Mogadiscio

Sur le terrain, les humanitaires insistent sur les besoins colossaux liés à la gravité de la crise. "Les conditions d'hygiènes et l'accès à l'eau sont très difficiles. Les gens n'ont pas les moyens d'acheter à manger. Le bétail est la première source de revenu dans le sud de la Somalie, or les bêtes sont mortes à cause de la sécheresse ou alors sont considérablement amaigries. Les récoltes catastrophiques font quà Mogadiscio, le prix des céréales a augmenté de près de 270% sur les marchés. Un sac de 50 kilogrammes de maïs coûte 45 euros dans la ville, et il est passé de 5 à 25 euros dans les régions voisines", indique Lucie Grosjean, une envoyée d'urgence de l'ONG Action contre la faim.

Dans cette région du sud de la Somalie, le conflit en cours depuis vingt ans a empêché la construction d'infrastructures comme des écoles ou des centres de santé. L'absence d'Etat (la région est contrôlée par des rebelles islamistes, les Shebab) empêche l'entretien des rares infrastructures existantes, comme les puits ou les routes. Autant de chantiers pour les organisations humanitaires surmenées.

Pour Lucie Grosjean, l'arrivée de l'aide humanitaire -le mouvement Shebab a autorisé pour la première fois l'ONU à acheminer des médicaments le 17 juillet-, est providentielle, mais tardive. "L'aide d'urgence quand la situation devient catastrophique n'est pas la meilleure façon d'agir, les leçons du passé ne sont pas forcément retenues. Il faut mettre en place des programmes de long terme pour développer les infrastructures, améliorer l'hygiène, consolider la situation des paysans en développant d'autres métiers pour que l'ensemble de la famille ne dépende pas uniquement de l'agriculture", plaide-t-elle.

Car le pire est certainement à venir. La sécheresse devrait perdurer jusqu'à la prochaine saison des pluies, en octobre-novembre.

Sylvain Rolland

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