L'Afrique du Sud n'est plus que le 5ème producteur d'or

L'Afrique du Sud n'investit plus par peur des nationalisations.

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Julius Malema, président de la African National Congress (ANC) Youth League
Julius Malema, président de la African National Congress (ANC) Youth League (Crédits : REUTERS)

Premier producteur d'or jusqu'en 2006, l'Afrique du Sud ne se classe plus qu'à la cinquième place aujourd'hui, après la Chine, l'Australie, les Etats-Unis et la Russie. Les mines tournent au ralenti et entre janvier et mars 2011, le pays n'a extrait que 1 436 583 onces d'or ou 44 682,7 kg du précieux métal : la production a chuté de 80% en 40 ans. "Pendant plus d'un siècle, nous avons dominé le secteur aurifère, mais le déclin du secteur a été entammé dès le début des années 1970. Ces vingt dernières années, nous avons produit au total que 191 tonnes d'or en moyenne par an. Jusqu'en 1970, nous étions à un niveau d'extraction de 1000 tonnes par an!" déplore Roger Baxter, chef économiste à la chambre des mines sud-africaine.


Les raisons d'une telle diminution ? D'une part, les gisements sont de plus en plus profonds et très coûteux à exploiter. "Les compagnies minières descendent jusqu'à 4 kilomètres de fond pour récupérer le métal jaune. En moyenne, les puits font maintenant entre 2,5km et 3 km de profondeur, explique Dawie Roodt, directeur à Prétoria de l'Efficient Group qui offre divers services financiers. Alors il y a toujours d'importantes réserves d'or dans le sous-sol sud-africain; mais il y a tout un débat en cours pour savoir si c'est vraiment rentable d'aller creuser jusqu'à 5km de fond." Ainsi, depuis l'année dernière, les coûts d'exploitation ont augmenté de près de 20%.


Les grands groupes miniers doivent aussi faire face aux hausses successives du prix de l'électricité. Eskom, la compagnie nationale d'électricité, a encore augmenté ses tarifs de 26% depuis le mois de juin pendant l'hiver austral. Autre handicap pour relancer la production et investir : les coûts de l'acier et de la main d'oeuvre qui eux aussi ne cessent de grimper. Ce mardi, après une semaine de grève, les syndicats du secteur de l'or et le patronnat ont signé un accord sur la revalorisation des salaires : les augmentations varieront entre 7,5% et 10,5% en fonction des catégories pour 2011 et 2012, selon le texte valable pour deux ans.


Les appels à la nationalisation des mines en Afrique du Sud freinent aussi les investissements dans le secteur de l'or. Julius Malema, le trublion du Congrès national africain au pouvoir, leader de la ligue de la jeunesse du parti, mène une campagne tambours battants, prônant un transfert de propriété du secteur privé au public. Il relaie le discours de toute une partie de l'opinion parmi les Sud-Africains les plus défavorisés qui aspirent au changement social. "Cela suffit pour susciter l'inquiètude des milieux financiers en Afrique du Sud et à l'étrange. Ils craignent pour la sécurité à long terme des investissements, assure Dawie Roodt. Pourtant le gouvernement a bien précisé à différentes reprises que pour l'instant la nationalisation des ressources minières n'est vraiment pas une option. En même temps, les autorités de Prétoria ne peuvent ignorer les voix qui demandent à ce qu'un vrai débat national sur la question soit ouvert."


Si sa production est en déclin, l'or rapporte toujours gros : un peu moins de 50 milliards de rands l'an passé (4,8 milliards d'euros). Le métal jaune reste aussi la deuxième source de devises du pays derrière le platine. Enfin, les filons emploient encore quelques 155 000 mineurs en Afrique du Sud. " Avec les 10 milliards de rands d'investissements réalisés par les grands groupes miniers ces derniers temps pour développer leurs infrastructures, je suis persuadé que nous allons réussir à ralentir le déclin de la production dans les prochains mois", positive Roger Baxter à la chambre des mines.

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