Le modèle turc veut s'exporter dans les pays du printemps arabe

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, arrive lundi en Égypte avec 250 chefs d'entreprise. Il compte capitaliser sur sa popularité dans le monde arabe. La délégation se rendra ensuite en Tunisie et en Libye.

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Égypte, Tunisie, Libye. La tournée nord africaine qu'entame ce lundi le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, a été maintenue malgré l'attaque de l'ambassade israélienne au Caire vendredi soir, qui a déclenché des mesures sécuritaires d'urgence. Une actualité brûlante qui relance le débat sur le rôle de modèle que joue la Turquie auprès des pays musulmans, et surtout auprès de ces trois pays en pleine transition démocratique. Le sujet monte en puissance depuis la chute du président tunisien Ben Ali, en février dernier. Le parti islamiste tunisien avait à l'époque affirmé prendre pour modèle le parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir en Turquie depuis 2002, et qui a remporté en juin ses troisièmes législatives d'affilée. Le parti des Frères Musulmans égyptiens tient un discours similaire depuis la chute du président Hosni Moubarak.

« La Turquie représente une troisième voie au Moyen-Orient », estime l'analyste et journaliste Ihsan Dagi. La « nouvelle Turquie » est une success story avec sa démocratie avancée, son économie florissante, son marché libre et son économie ouverte. L'AKP, qui conjugue une position conservatrice au niveau social et culturel et un programme économique et politique libéral est un cas intéressant à observer.

Multiples accords stratégiques

L'ascension de l'AKP est l'une des principales sources d'inspiration pour les pays arabes en transition. Le Premier ministre Erdogan a débuté sa carrière dans des partis islamistes, mais il a réussi à intégrer le jeu politique sans imposer d'agenda d'islamisation systématique. Tout en portant un coup au système traditionnel de tutelle militaire. La Turquie de Recep Tayyip Erdogan s'est imposée comme la sixième économie européenne et comme un pôle régional de stabilité, avec une croissance à 8 % en 2010 et un record mondial au premier trimestre 2011 (11 %). Avant le printemps arabe, Ankara a multiplié les accords stratégiques avec l'Irak, l'Égypte et la Syrie, mais aussi la Russie et la Grèce, tout en continuant de travailler, tant bien que mal, à son processus d'adhésion européenne. Sur le terrain, les entreprises turques sont incontournables notamment au Kurdistan irakien, en Syrie, au Liban et en Libye. Cette hyperactivité diplomatique, économique et culturelle ne se limite pas aux seuls pays de la région ; mais elle y est facilitée par l'identité musulmane de l'AKP.

Face à un affaiblissement du leadership égyptien, « la Turquie remplit un vide », estime Meliha Altunisik de l'université du Moyen Orient, d'Ankara. « Elle fait ce que les leaders arabes n'osent pas, notamment sur la question palestinienne ». Le Premier ministre Erdogan a en effet réussi à « gagner les coeurs » depuis son opposition à l'attaque israélienne contre Gaza durant l'hiver 2009 et depuis l'assaut menée le 31 mai 2020 par l'armée israélienne contre le bateau turc, Mavi Marmara. Conséquence, les leaders turcs jouissent pour l'heure d'une réelle popularité auprès de la rue arabe, et ce malgré les revers du régime d'Ankara, lui même en proie à la tentation autoritaire d'un pays en transition aux multiples faiblesses, dont la question kurde.

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