La taxe minière est de retour en Australie

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Julia Gillard, chef du gouvernement fédéral australien, a remis sur la table la question d'une taxe qui permettrait à l'Etat de bénéficier des super-profits des compagnies minières. Elle ne concerne que le minerai de fer et de charbon, et pourrait rapporter 3 milliards de dollars à l'Australie.

Tous les observateurs la croyaient enterrée, quelque part entre les gisements de minerai de fer du Pilbara ou de charbon du Queensland, mais contre toute attente, la taxe minière a fait son retour à Canberra dans le débat parlementaire australien. Le chef du gouvernement fédéral, Julia Gillard, a remis la question à l'ordre du jour le 2 novembre dernier avant de s'envoler en France pour le G20, laissant le parlement digérer l'effet de surprise.

Le dossier est en effet toujours aussi sensible dans le pays. "Il n'est jamais facile de s'attaquer au principal secteur économique d'un pays, surtout lorsqu'il pèse plus de 50% en valeur des exportations du pays", précise Peter Wright, analyste à la bourse de Sydney. Kevin Rudd l'avait appris à ses dépends lorsqu'en juillet 2010, l'ancien Premier ministre a été forcé de démissionner quelques mois seulement après avoir tenté d'introduire la question au parlement. Julia Gillard se montrera beaucoup plus prudente que son prédécesseur, en signant très vite un accord avec les principales compagnies du pays, qui pensaient alors en avoir terminé avec le sujet.

La donne a changé depuis, dans la foulée des bénéfices record engrangés chaque année par le secteur miniers grâce à la demande asiatique pour les matières premières. Alors qu'en septembre, BHP-Billiton a publié un résultat de plus de 17 milliards d'euros sur douze mois, un sondage révèle pour la première fois que 68% des Australiens soutiennent le principe d'une taxe minière. "Une large partie de la population n'a pas l'impression de profiter du boum minier", constate John Freebairn de l'institut de sondage UMR Reseach. Julia Gillard a donc eu beau jeu de vendre devant le parlement son projet de loi comme "une question d'équité pour le plus grand nombre".

D'après le document, Canberra entend taxer à hauteur de 30% les bénéfices réalisés chaque année par les opérateurs, et ce à partir de juillet 2012. Son périmètre a été réduit, puisqu'elle ne concerne que les secteurs du charbon et du minerai de fer, soit 320 compagnies au lieu des 2 500 imposées dans la version Rudd. Laissant le parlement à ses discussions, le secteur minier australien n'a pour l'instant pas réagi. "Il reste le grand gagnant du bras de fer engagé avec Julia Gillard l'an passé", estime Peter Wright. D'après les estimations, l'Etat fédéral devrait engranger près de 3 milliards de dollars par an. Soit moitié moins que dans le projet de taxe précédent.

Les négociations s'annoncent pourtant difficile. Pas avec l'opposition libérale qui a déjà promis d'abroger le texte en cas de victoire, mais avec les parlementaires indépendants, sans qui aucune majorité n'est possible. Les marchandages ont déjà démarré et promettent de se poursuivre au moins jusqu'au 21 novembre, date de la remise du rapport définitif par la commission parlementaire. A moins que d'ici là, les compagnies minières ne reviennent éteindre le débat.

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