La Corée du Nord plongée dans l'obscurantisme économique

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Malgré la richesse de son sous-sol, le pays figure parmi les plus pauvres de la planète.

Ceux qui survolent fréquemment la péninsule coréenne savent que même la nuit est différente au Sud et au Nord. La Corée du sud aujourd'hui scintille des mille feux de l'éclairage public de ses métropoles, signe d'une économie hyperdéveloppée en passe de dépasser le grand frère japonais. Elle est aujourd'hui la treizième économie de la planète, alors qu'elle avait le PIB du Ghana au sortir de la guerre de Corée, en 1953. La Corée du Nord, elle, demeure plongée dans le noir la nuit. Le jour, le ciel de la capitale, Pyongyang, est d'un bleu scintillant, vierge de toute pollution d'usine. Et pour cause. L'économie nord-coréenne est la 99e économie de la planète, tandis que celle du Ghana est... 86e. Le dernier régime stalinien de la planète est aussi un enfer économique où sévissent encore des famines moyenâgeuses. La disparition du bloc soviétique dans les années 1990, principal client du pays, a porté un coup terrible mais pas fatal au régime, qui a sommé sa population de faire face à des conditions économiques en dégradation perpétuelle. Seule la Chine demeure son allié de fortune. Environ 80 % des échanges commerciaux nord-coréens se font avec l'empire du Milieu.

Prenant modèle sur la Chine et sur le Vietnam, deux régimes communistes en mode de développement contrôlé, Pyongyang a tenté de timides réformes libérales internes, lançant des marchés privés expérimentaux çà et là en 2002. L'inflation et le risque de déstabilisation politique qui auraient pu s'ensuivre lui ont fait faire machine arrière. En décembre 2009, le régime a brutalement réévalué le won, ruinant le peu d'économies que la population avait pu amasser.

« Coffre-fort naturel »

La Corée du Nord bénéficie pourtant d'un potentiel exceptionnel. Son sol recèle de terres rares et de métaux précieux qui suscitent les convoitises des industriels de la planète. Ses dirigeants assurent même aux rares hommes d'affaires étrangers qu'ils connaissent qu'elle est peut-être aussi une terre pétrolifère, onshore ou offshore. Ainsi, Total a déjà été sollicité pour y exploiter d'hypothétiques champs de pétrole. Le groupe a décliné l'invitation devant les inconnues techniques, financières et géopolitiques que comporte une telle offre. « Les colonisateurs japonais ont toujours été intéressés par le nord, non le sud du pays », rappelle un historien à propos de l'ex-occupant honni, le Japon. Mais les Chinois ont pris bonne note de ce « coffre-fort naturel » : ce sont des sociétés énergétiques chinoises qui exploitent son sol.

L'autre potentiel nord-coréen, ce sont ses hommes. Ce pays communiste dispose d'une force de travail ouvrière très bien éduquée et très bon marché. Ici encore, la Chine, où sévit l'inflation des salaires, y sous-traite une partie de ses tâches les plus élémentaires. Les produits textiles, les logiciels, les images de dessins animés estampillés made in China ont parfois subi une étape nord-coréenne avant d'être réexportés vers l'Occident ou le Japon. « Les gants des douaniers français sont fabriqués en Corée du Nord », raconte un homme d'affaires habitué du pays. Pyongyang a tenté d'utiliser au mieux cette main-d'oeuvre en ouvrant, au titre de la réconciliation avec le voisin sud-coréen, le site industriel de Kaesong en 2004. L'idée était de marier la technologie du Sud avec la force de travail du Nord. Malgré les escarmouches militaires, parfois mortelles, entre les deux pays ces dernières années, et les conditions de travail indignes qui y règnent, le site continue de fonctionner. Lundi soir, il continuait d'opérer comme si de rien n'était.

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