Le projet Nabucco bientôt officialisé mais toujours controversé

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Un accord interviendra prochainement entre les Etats participant au projet de gazoduc Nabucco, qui est pourtant loin de faire l'unanimité.

Les cinq pays traversés par le gazoduc (Turquie, Bulgarie, Roumanie, Hongrie et Autriche) se sont accordés sur la signature d'un texte, a annoncé la Commission européenne le 3 juillet. Les dirigeants qui assisteront à la cérémonie restent indéterminés. Les diplomates turcs assurent que des présidents, des premiers ministres et des ministres y participeront.

"Je suis ravi que la signature de l?accord intergouvernemental relatif à Nabucco se tienne le 13 juillet à Ankara", a déclaré José Manuel Barroso. La Commission a selon lui joué un rôle crucial "pour transformer les longues discussions en un accord concret".

L?avancée a été possible grâce à un accord avec la Turquie, qui réclame 15% de la fourniture de gaz transitant par Nabucco pour sa propre consommation. Toutefois, "les détails de l?accord ne sont pas encore connus et doivent être adaptés", ont précisé des sources proches du dossier.

Le ministre roumain de l?Economie, Adriean Videanu, a déclaré à l'agence Reuters que seuls "15% des problèmes étaient résolus", ignorant également les détails de l?accord.

Le consortium Nabucco a mandaté l?ancien ministre des affaires étrangères allemand, Joschka Fischer, comme consultant sénior pour le projet. Selon le journal allemand Spiegel, Joschka Fisher a rejoint le projet afin de s?assurer que la Turquie continuait d?en faire partie, puisqu?il entretient d?excellentes relations avec le pays.

La presse allemande a ironisé sur la nouvelle position de Joschka Fisher, qui se met en porte à faux avec son ancien patron, le chancelier Gerhard Schröder. Quelques semaines seulement avant de céder sa place à Angela Merkel à la suite des élections de 2005, Gerhard Schröder, alors directeur du Conseil Nord Stream, avait soutenu un projet de gazoduc porté par Gazprom et destiné à fournir du gaz depuis la Russie aux côtes allemandes en traversant la mer Baltique.

Des stratégies à contre-courant

La Turquie a réitéré son soutien à Nabucco deux jours après que Moscou a offert à Ankara la possibilité de "jouer un rôle" dans le cadre du gazoduc concurrent South Stream. Reste à savoir quelle place la Turquie peut prendre dans un projet qui contourne le territoire turc, puisque ce gazoduc part du port russe de Beregovaya, passe par la mer noire pour rejoindre la ville bulgare de Varna.

A la suite d?un accord passé par le président russe, Dmitri Medvedev, le 29 juin 2008, l?Azerbaïdjan fournira du gaz à la Russie à partir de janvier 2010. Ce retournement a été également perçu comme un coup supplémentaire porté à Nabucco.

En vertu des projets actuels, Nabucco serait susceptible de transporter 8 milliards de mètres cubes de gaz par an en provenance d?Azerbaïdjan. Cette quantité devrait être portée à 31 milliards si de nouveaux fournisseurs rejoignent le projet.

Le président azerbaijanais Ilham Aliyev a indiqué que son pays produisait déjà 27 milliards de mètres cubes de gaz par an et s?attendait à ce que ce chiffre atteigne 30 milliards en 2009.

La Russie semble payer le prix politique du gaz azerbaïdjanais. Le tarif consenti à Moscou est en effet plus élevé que celui offert à l?Ouzbekistan et au Turkmenistan.

 

Le calendrier
13 juillet : signature de l'accord intergouvernemental
2011 : début des travaux
2012 : choix des fournisseurs
2014 : le gazoduc est opérationnel

 


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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
L'article précédent a le mérite d'espquisser un profil en grisaille d'un accord qui entretemps a été signé le 17 courant et au sujet duquel je souhaiterais souligner quelques points obscurs si pas inquiétants...

1)La Turquie, fidèle à sa politique ancestrale, n'a pas hésité à faire officiellement preuve de chantage en soumettant la réalisation de ce projet à son entrée assurée dans l'Union Européenne. Il n'en est pas fait mention dans cet article des 15% exigés ou l'Honorable Barroso se serait-il imprudemment engagé avec la bénédiction de Joshka Fischer que l'on revoit à cette occasion. Grand ami de la Turquie. Tout cela est plutôt surprenant. ( après la nomination de Lord Blair en tant que "Représentant Spécial" en Israel-Palestine, rien ne devrait pourtant nous étonner ).

2) Incroyable de s'engager pour 8 milliards d'euros dans un projet aussi vague et à l'avenir incertain. D'abord, l'Union Européenne "espère" obtenir des "promesses" (?) du Kazakhstan, de l'Uzbekistan et du Turkmenistan, ce qui ne signifie pas grand-chose étant donné la concurrence ouverte par la Russie autant que par sa position géographique privilégiée tandis que ces pays ont refusé de s'engager officiellement. Ensuite, remarque latérale, ce pipe-line passera inévitablement par la Géorgie, pays instable qui n'est nullement à l'abri de nouveaux "incidents" avec la Russie. Ni de même ce gaz-pipe sur 2000 Km en Turquie avec le PKK (à l'Est) à l'arrière-plan. Peut-on faire également remarquer qu'il y a une dizaine de projet de gazoducs et de pipelines en Europe, mais où trouver leurs approvisionnements ?

3) Or, il existe un projet concurrent à Nabuicco et géographiquement plus sûr, le Blue Stream qui sera exécuté conjointement par la Russie et l'Italie (l'ENI). Nous nous trouvons donc devant un dilemme: ou le monopole de la Russie ou le monopole de fait d'une Turquie peu fiable. Or en travaillant avec les deux gaz-pipes, on ne divise pas les risques puisqu'il sera déjà difficile d'assurer l'approvisionnement de Nabucco-Turquie ( cfr déclarations de Necdet Pamir ) et que la Russie favorisera nécessairement l'approvisionnement de "son" projet du Blue-Stream si nécessaire en faisant pression sur les pays précités et à titre d'exemple, l'Azerbaïdjan vient de signer un accord pour la fourniture de gaz à Gazprom tout en garantissant sa quote-part à Nabucco ?

4) En ce qui concerne le financement de ce projet très coûteux, je ne vois guère dans les partenaires géographiques d'états capables de participer à un co-financement substantiel, certainement pas du côté de la Bulgarie, de la Roumanie, de la Hongrie et même de l'Autriche: quant à la Turquie, elle estime probablement qu'elle "accorde" le passage sur son territoire et que c'est une contribution substantielle, quantifiable à son bon vouloir .

Conclusions: Je note qu'un certain ambassadeur des Etats-Unis, R.Morningstar aurait co-signé cet engagement mais je ne vois pas bien son rôle si ce n'est que les Etats-Unis ne peuvent tolérer qu'un projet soit mené uniquement par l'Union Européenne alors que les entreprises américaines ne nagent pas dans les disponibilités financières.

En résumé, un projet inconsistant, sans approvisionnement garanti, sur des territoires à la sécurité incertaine, avec comme parrains des personnages ayant probablement outrepassé leur compétence ou alors, quel est le rôle du Parlement européen qui me semblerait indispensable pour des engagements de cette envergure et à longue échéance ?
Ma confiance dans l'Union Européenne n'en sort pas raffermie. Si jamais elle le fût ?

Maximilien

a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Cher Maximilien,
Votre réaction est entière, passionnelle pour ne pas dire partisane. C'est sûr, vous représenter une réaction possible en France. Entre les Russes que vous semblez soutenir à fond et les Turcs, de loin, mais alors de très loin, je préfère les Turcs. Membres de l'Otan, ils participent activement à la stabilité et à la sécurité de la mer noire. Les Russes ne sont jamais fiables, ils n'ont pas la culture de contact, ils n'hésitent pas à casser tout accord dès qu'ils sont en position de force.
Le projet Nabucco est un projet très sérieux et stratégique. Vous craignez que les Turcs fassent du chantage, alors que pour le moment c'est plutôt les Russes qui font de chantage tous les jours.
Quand aux Républiques que vous citez, ce sont des pays qui s'orientent vers les Etats Unis, avec leur soutien. Mais bien sûr, comme une partie des Français, vous n'aimez pas non plus des américains. Mais vous défendez toujours les Russes. Pourtant la France a bien profité de l'aide américaine après la guerre et du transferts de technologie qui a suivi. Si vous les critiquez autant, pourquoi ne leur rendez-vous pas l'argent qu'ils vous ont donné ?
Je suis choqué que vous puissez soutenir les Russes et critiquez des projets démocratiques. Dans l'histoire, il faut choisir les valeurs qu'on va défendre.
Vous savez, l'Union Européenne c'est plus grand que la France. Dans les 27, des projets naîtront de plus en plus où vous allez être des suiveurs. C'est comme ça.. Il faudra vous habituer. C'est la démocratie européenne.

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