Jean-Paul Fitoussi : "en soi, le problème grec n'est pas très grave"

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Le président de l'OFCE appelle à la mise en place rapide d'un gouvernement économique pour contraindre les Etats à une solidarité budgétaire.

De quels moyens l'Union européenne dispose-t-elle pour aider la Grèce ?

La situation grecque n'est pas un vrai problème pour l'Union européenne. Il suffit que les emprunts de ce pays soient garantis par l'ensemble des Etats de la zone euro. Quitte à ce qu'ils demandent des contreparties réelles comme, par exemple, sur la surveillance budgétaire. L'UE a largement les moyens de garantir la dette de la Grèce, qui ne représente en vérité que 3,6% de la dette publique de l'Union. Ce qui n'est vraiment pas grand chose. En revanche, je suis frappée par la difficulté des gouvernements de la zone euro à établir la moindre solidarité. Le temps qu'ils prennent à vouloir résoudre cette situation amplifie ce problème.

Beaucoup craignent que la Grèce n'entraîne dans son sillage le Portugal et l'Espagne...

Le fait que la zone euro n'ait pas immédiatement réagi en termes clairs - ce qui est un peu irresponsable -, en apportant une garantie, laisse libre cours à la spéculation dans la zone euro. Et elle s'en donne à c?ur joie. La spéculation retrouve un moyen de rentrer dans la zone euro alors qu'on l'avait éliminée en créant la monnaie unique. Mais, en soi, le problème grec n'est pas très grave. Aucun pays d'Europe n'a fait faillite depuis les années 30. Le fait de jouer sur la peur de la faillite d'un des pays de la zone euro est juste un moyen de spéculer. On aurait compris qu'une spéculation se développe s'il y avait eu, dans l'histoire grecque, des antécédents de faillite de l'Etat. Mais ce n'est pas le cas.

Un pays peut-il sortir de la zone euro ?

Ni ce pays ni la zone euro n'y ont intérêt. Si la Grèce était exclue, la spéculation s'engouffrerait dans le pays qui serait alors le nouveau maillon faible de l'UE. Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un seul pays. Cette explication est un peu exagérée mais a le mérite de poser le problème.

Les situations américaines et européennes sont-elles comparables ?

Non, car des garanties fédérales permanentes existent précisément pour les Etats américains. Le vrai problème européen est l'absence d'autorité budgétaire pour exercer des garanties. On imagine mal une spéculation se développer sur l'Etat de New-York, ou l'Etat de Californie, sans que des garanties fédérales soient très rapidement mises en place.

La situation grecque peut-elle faire évoluer la position allemande sur la notion de gouvernance économique ? Angela Merkel a évoqué très brièvement le sujet lors de sa visite à Paris, le 4 février.

Je l'espère. Tant qu'il n'y aura pas d'autorité budgétaire, la souveraineté de la zone globale ne sera pas complète.

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Commentaires
a écrit le 13/02/2010 à 10:19 :
Votre titre est presque risible si ce n'était aussi grave, mais c'est probablement pour faire réagir- c'est fait ! Lorsque on soutient les finances d'un ménage en difficulté cela s'appelle devant la Justice porter caution, c'est-à-dire si la famille n'est plus solvable le prêteur s'engage à cautionner ! Les nababs de la C.E. jusqu'à lors se fichaient de la Grèce, maintenant elle les intéresse à 3, 6 % ! on comprend la réaction de la population qui va payer. Mr. Fitoussi, les pays de la C.E. sont au bord de la faillite, la "dette" de la France est parait-il de 200 milliards ( 140 milliards il y a quelques mois, probablement à cause du chômage en augmentation) vous pensez vraiment que l'on peut cautionner la Grèce, bientôt l'Espagne, bientôt le Portugal, bientôt ... Je ne vous confierais pas les finances de l'Etat si ... l'Europe a perdu 4 % de son P.I.B. en 2009, le conseil européen admet qu'il y a des " circonstances exceptionnelles " à partir de moins (-) 0, 75 % ! d'après La Tribune Finance. Ne dites pas que ce n'est rien quand la maison brûle.
a écrit le 10/02/2010 à 17:46 :
MerciM FITOUSSI, et désormais cette réfélxion est à envoyer à nos députés, afin qu'ils commentent, diffusent et présentent ces éléments lors d'une campagne éléctorale qui sent déja le relent populiste, revanchard, et politicard... Pas d'Avenir sans TOUS, c'est cela être citoyen, européen. Faisant fi de ces visions identitaires tronquées et réductrices.

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