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ÉconomieUnion européenne

"La Grèce est devenue un laboratoire pour l'Europe"

Propos recueillis par Elisa Perrigueur, à Athènes

Publié le 14 juin 2012 à 12:16 - Mis à jour le 14 juin 2012 à 12:19

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Nicolas Vernicos, armateur et président de la chambre de commerce international, analyse la situation de la Grèce, avant les élections législatives qui se tiendront dimanche. Il répond aux critiques pointant les privilèges fiscaux des armateurs grecs. Le secteur, qui a généré 140 milliards d'euros pour l'économie du pays entre 2000 et 2010, représente 17% de la flotte mondiale, avec 762 compagnies maritimes détenant 3.760 navires (7,7% de la flotte mondiale).

Comment jugez-vous l'atmosphère pré-électorale, à l'approche du scrutin de dimanche prochain?
On est vraiment dans l'incertitude et c'est un challenge pour la Grèce. J'ignore qui de la Nouvelle Démocratie (droite) ou de Syriza (coalition de gauche radicale) sera en tête, c'est très serré. Mais les armateurs, du fait du statut libéral de la profession, ont intérêt à voir ND arriver au pouvoir, surtout pas les communistes. Mais les partis traditionnels ND et le Pasok (socialiste) sont des partis bourgeois qui ont géré la Grèce pendant 40 ans et sont responsables de la situation actuelle. Ils devront se réformer pour survivre.

Les armateurs ont récemment été montrés du doigt, notamment pour ne pas payer d'impôts et ne pas être solidaires avec le peuple en crise, que répondez-vous?
Tout d'abord, un armateur est un taxi de la mer qui transporte des biens sur toute la planète. Ces transports n'ont donc rien à voir avec la Grèce, notre activité se passe hors du pays. Mais les bateaux à pavillon grec sont obligés d'employer un certain pourcentage de marins grecs, nous en recrutons près de 200.000! J'ajoute que les compagnies maritimes payent une taxe forfaitaire! Calculée d'après le tonnage et l'âge du bateau, comme les sociétés françaises par exemple. Mais notre flotte ne bénéficie d'aucune subvention de l'État. En France, par exemple, le pays impose des règlementations propres au pays, en dehors de l'Onu, et au final les consommateurs sont pénalisés. La France, aujourd'hui, n'a plus d'armateurs, à part Louis Dreyfus. Les sociétés comme Fralib ou Seafrance, par exemple, ont coulé.

Certains partis, comme la coalition Syriza vous menacent d'imposition...
Cette coalition Syriza, dont la montée électorale est due au désespoir et au chômage, est dangereuse, mais surtout pour l'Europe. Elle dit qu'elle va faire payer des impôts justes à tout le monde. Selon moi, un impôt juste doit permettre aux sociétés de maintenir leur activité et d'être compétitif. Avec les projets de Syriza, ce ne sera pas le cas. Les critiques à l'égard des armateurs visent avant tout à attirer les électeurs désespérés. Mais aujourd'hui, nous sommes les seuls à dire la vérité : on travaille pour le profit.

Quelles seront les conséquences pour les armateurs si cette mesure est réellement appliquée?
Je n'y crois pas, le gouvernement y perdrait trop. Et de toute façon, il faudrait au moins cinq ans pour changer la fiscalité grecque. Mais je préfère un bateau bénéficiaire avec un pavillon de Chypre, plutôt qu'un navire à pavillon grec qui appartient à une société qui a déposé son bilan. Si la Constitution ne protège pas notre investissement, ce sera la réaction des marchés financiers qui nous obligera à changer de drapeau. Si le prochain gouvernement prend des mesures défavorables pour les sociétés maritimes, elles changeront de base.

Êtes-vous optimiste pour l'avenir économique de la Grèce?
Oui. Mais la politique appliquée par la Troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne et Fonds monétaire international, NDLR) a échoué : lorsque le pays a demandé l'aide de l'Europe, la dette publique représentait 120% du PIB, aujourd'hui elle est de 175%, et, si tout va bien elle redescendra à 120% en 2020! En fait, les réformes imposées à la Grèce, mêmes si elles sont bonnes, ont été mal appliquées. Depuis deux ans, l'Union européenne (UE) n'a jamais su anticiper la récession, parce qu'elle est incompétente pour gérer un pays de l'eurozone. La Grèce est devenue un laboratoire où l'Europe teste les solutions pour les pays endettés, on ne refera pas les mêmes erreurs sur d'autres pays.

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Mais je crois qu'après une période difficile la Grèce verra sa situation se redresser. Elle ne sortira pas de la zone euro, c'est très peu probable. Les mesures d'austérité de la Troîka seront appliquées, même si Syriza passe. Mais elles seront renégociées et adaptées à la situation actuelle de l'économie de la Grèce.

Propos recueillis par Elisa Perrigueur, à Athènes

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