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ÉconomieUnion européenne

Grèce : les scénarios de l'après-élection du 17 juin, cardiaques s'abstenir

Romaric Godin

Publié le 14 juin 2012 à 12:48 - Mis à jour le 14 juin 2012 à 12:51

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le scrutin législatif de dimanche est décisif pour les Grecs eux-mêmes mais aussi pour l'avenir de la zone euro. L'incertitude sur les possibilités de constituer à son issue une majorité stable, capable de s'engager, ou non, sur le programme d'assainissement économique, demeure très forte. Tour d'horizon des scénarios possibles, tous à très hauts risques.

L'Europe retient son souffle. Dimanche, pour la deuxième fois en un peu plus d'un mois, les Grecs se rendent aux urnes pour renouveler leur parlement unicaméral, la Vouli. Des élections qui pourraient bien, à terme, décider de l'avenir de l'Europe et, plus immédiatement, qui donneront le ton de l'humeur des marchés dans les prochaines semaines et sans doute du conseil européen des 28 et 29 juin. Petit tour d'horizon des scénarios possibles qui se dessinent à l'issue de ce scrutin.

1. Syriza arrive en tête

La coalition de la gauche radicale d'Alexis Tsipras était donnée gagnantee par plusieurs instituts de sondage avant que les enquêtes d'opinion ne soient suspendues voici quinze jours. Si cette tendance se confirmait dimanche, Syriza prendrait le « bonus » prévu de 50 sièges et Alexis Tsipras serait appelé à former un gouvernement.

a/ constituer une coalition

Seule, Syriza sera incapable, à moins d'un raz-de-marée peu probable, de constituer une majorité. Il devra donc composer avec d'autres formations. Alexis Tsipras a indiqué qu'il chercherait l'appui des partis qui lui sont « proches idéologiquement ». Le parti communiste orthodoxe KKE, qui devrait être affaibli mais rester représenté à la Vouli, n'entend pas s'allier avec ce « ramassis de révisionnistes et de réformistes ». Reste alors la Dimar, le parti de la gauche démocratique, scission modérée de Syriza. Mais l'attitude de ce parti est hautement incertaine.

Durant les négociations qui ont suivi les élections du 6 mai, il a fait mine de se rapprocher des partis favorables au mémorandum avant de se rétracter. Il n'est pas sûr donc qu'il veuille s'allier à Syriza. Du reste, il n'est pas certain que le duo Syriza-Dimar puisse constituer une majorité, même avec les 50 sièges de bonus. Voici dix jours,  un seul sondage donnait une majorité à cette alliance. Or, il est peu probable que le Pasok accepte de s'allier avec Syriza. La tâche d'Alexis Tsipras sera donc difficile. En cas d'échec ou d'impossible majorité, la main passerait à Andonis Samaras, le leader de la Nouvelle Démocratie (ND), mais ses chances de constituer un gouvernement seraient alors faibles sans les 50 sièges de bonus. Du coup, l'hypothèse d'un nouveau scrutin se profilerait. Hypothèse des plus effrayantes pour les marchés et des plus inquiétantes pour la Grèce.

b/ Négocier avec l'Europe

En supposant qu'il parvienne néanmoins à constituer un gouvernement, les problèmes ne feront que commencer. Alexis Tsipras veut à la fois rester dans la zone euro et dénoncer le mémorandum. Dès lors, plusieurs possibilités.
D'abord, l'Europe et le FMI peuvent refuser de renégocier et cessent leurs paiements à la Grèce. Selon les dernières données disponibles, Athènes peut tenir jusqu'au 20 juillet. Au-delà, c'est la faillite. Pour éviter cela, Alexis Tsipras n'aurait pas d'autres possibilités que de revenir à une monnaie grecque afin d'imprimer l'argent nécessaire pour payer les fonctionnaires et les factures de l'Etat. Dans ce cas, les scénarios les plus pessimistes ont été élaborés par toutes les banques du monde. Ce qui importe, c'est que ce n'est pas le scénario voulu par Syriza. Dans une tribune publiée dans le Financial Times Deutschland ce jeudi, il redit que son objectif est de maintenir le pays dans la zone euro, mais « pas à n'importe quel prix ».
Deuxième possibilité : l'Europe accepte de négocier et continue, pendant ce temps de payer. La seule motivation de cette attitude serait alors la peur de « l'apocalypse » causée par un retour de la drachme. Cette décision ne sera sans doute pas simple à prendre. Les pays de la zone euro risquent cependant de se déchirer sur le sujet : l'Allemagne rechignera à payer sans vraie contrepartie. Et pendant ce temps, les marchés risquent de s'effondrer, minés par l'incertitude. De son côté, le nouveau premier ministre grec devra sans doute faire des concessions importantes sur son programme pour obtenir des assouplissements. Problème : son propre parti est une coalition hétéroclite et les éléments les plus radicaux pourraient alors crier à la trahison. Et affaiblir ainsi la majorité de Syriza. Tout sera donc une question de « prix » à payer pour demeurer dans la zone euro.

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2. La Nouvelle Démocratie arrive en tête

Ce serait la répétition du scénario du 6 mai. Selon les derniers sondages disponibles, le parti conservateur d'Andonis Samaras pourrait renforcer son score. Dans le cas où il passe devant Syriza, la majorité avec le Pasok, annoncée stable, pourrait donc être renforcée. Mais cette hypothèse est très certaine.

a/. Le Pasok et ND disposent de la majorité absolue des sièges

C'est le scénario dont rêvent tous les dirigeants européens et sans doute la grande majorité des gérants. Dans ce cas, le gouvernement d'Andonis Samaras appliquera le mémorandum et les versements devraient être poursuivis. Mais les deux partis ont pris des engagements devant les électeurs, notamment un ralentissement du rythme des sacrifices imposés aux Grecs. Il faudra donc négocier aussi avec l'Europe et le FMI. Selon le Financial Times Deutschland de mercredi, Bruxelles serait prête à revoir sa copie dans la mesure où le plan de marche prévu est déjà caduc. Autre doute : il n'est pas sûr que ces deux partis qui, rappelons-le, sont à l'origine des malheurs actuels du pays, soient capables de mener les réformes souhaitées par la communauté internationale. Le bilan des privatisations et des réformes de l'administration est pour le moment peu encourageant. Or, le pays a été gouverné jusqu'au 6 mai par la ND, le Pasok, puis l'alliance ND-Pasok. Reste enfin une dernière hypothèque : les deux partis ont été des ennemis mortels durant 35 ans. Parviendront-ils à gouverner ensemble sans accroc ?

b/ Pasok et ND ne disposent pas de la majorité absolue des sièges

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Il faudra reprendre les négociations comme lors de l'après 6 mai. Andonis Samaras dispose alors de trois partenaires possibles, en plus du Pasok.
D'abord, les « Grecs Indépendants », scission de la ND, défavorable au mémorandum et colportant un discours vaguement xénophobe et très germanophobe. C'est une hypothèse peu probable, car une telle alliance pourrait effrayer l'Europe et serait quasiment impossible à accepter pour le Pasok. On se souvient cependant que ND et Pasok n'avaient pas hésité à s'allier dans le gouvernement Papademos avec l'extrême droite populiste du Laos, lui offrant même un portefeuille. Mais l'expérience avait tourné court.
Vient ensuite une alliance des trois grands partis, Syriza-Pasok-ND. Une sorte d'Union nationale à la grecque. C'est la possibilité la moins crédible, Syriza ayant hautement profité de son statut d'opposant au « système Pasok-ND » et étant très éloigné de ses deux adversaires sur la question du mémorandum .
Reste alors un recours à Dimar, dont on a compris que les positions étaient assez flottantes. A la différence du mois de mai, cette formation pourrait accepter de soutenir un gouvernement ND-Pasok, mais il fixera des conditions. Reste à savoir si ces dernières seront acceptables pour Andonis Samaras... Et pour l'Europe.
Evidemment ces discussions risquent d'être tendues. La constitution grecque ne laisse que trois jours au formateur nommé par le premier ministre pour constituer une majorité. Pendant cette semaine, les marchés risquent d'être fort nerveux. L'hypothèse la plus effrayante restant sans doute pour eux un troisième scrutin consécutif dont on ne saurait alors prédire l'issue, dans un contexte d'exaspération et de faillite.

Romaric Godin

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