La BCE affiche pour la première fois un objectif de croissance

 |   |  496  mots
La BCE ne remontera pas ses taux avant que la croissance revienne à 2 %. | REUTERS
La BCE ne remontera pas ses taux avant que la croissance revienne à 2 %. | REUTERS (Crédits : reuters.com)
Le gouverneur de la banque centrale autrichienne a estimé dimanche dans une interview à un journal local que les taux ne remonteront pas avant que la croissance soit à 2 %. Une révolution.

Dans une discrétion parfaite, presque sans que personne ne s'en offusque, la BCE est sur le point de subir une vraie révolution. Ce dimanche, le gouverneur de la Banque nationale autrichienne Ewald Nowotny a accordé une interview au quotidien populaire autrichien Krone Zeitung dans laquelle il indique que « aussitôt qu'il y aura une croissance claire, c'est-à-dire au-dessus de 2 %, le tournant sur la politique de taux débutera. » Et le banquier centrale de prévenir : cela n'arrivera sans doute pas avant 2016.

Pas de hausse des taux avant 2016

On peut certes retenir, comme la majorité des médias l'a fait, que le « forward guidance » de la BCE, autrement dit la promesse que les taux resteront durablement à leur niveau (aujourd'hui 0,15 % pour le taux directeur) ou plus bas formulé pour la première fois voici un an, durera encore au moins deux années. Mais l'essentiel est peut-être ailleurs. La formule d'Ewald Nowotny ne laisse pas de doute : il y a un changement de critères à la BCE.

Fin définitive de l'ère Trichet

Jusqu'ici, la BCE demeurait acquise officiellement au seul objectif d'une inflation « stable » définie comme « proche, mais inférieure des 2 % annuels. » C'était, comme se plaisait à le rappeler Jean-Claude Trichet la « seule aiguille de la boussole » de la BCE. La croissance ne pouvait être un critère de décision pour les institutions monétaires européennes. Ce temps - comme celui des autres fondements de l'ère Trichet - est désormais dépassé si l'on en croit Ewald Nowotny qui ne passe pourtant pas pour une colombe au sein du conseil des gouverneurs. Désormais, la BCE semble s'être fixé un objectif de croissance en plus de son objectif d'inflation.

Distinction superficielle aujourd'hui, mais ensuite ?

Certes, dans la situation actuelle, la distinction entre les deux objectifs peut paraître superficielle. La faible inflation et la faible croissance sont évidemment intrinsèquement liées. Sans reprise vigoureuse, pas de hausse de l'inflation vers l'objectif de la BCE. Et sans hausse de l'inflation, pas de vraie reprise, puisque les marges des entreprises resteront sous pression et ne permettront pas l'investissement. Bref, il y a de la cohérence aujourd'hui à fixer un objectif de croissance. Mais que se passera-t-il si les deux objectifs dévient ? La BCE gardera-t-elle ses taux bas si les prix montent, par exemple sous le coup d'une pression externe comme les prix du pétrole, sans que la croissance ne montre de signes d'accélération ?

Nouveau rôle

Les propos d'Ewald Nowotny laissent beaucoup de questions sans réponses, mais une chose est certaine : il y a désormais une rupture dans la façon dont la BCE envisage son rôle. En liant ouvertement sa politique monétaire à un objectif précis de croissance, elle assume le rôle que lui ont laissé les gouvernements de la zone euro : celui d'un soutien à la croissance que la politique économique des Etats ne peut plus assumer.

 

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 24/06/2014 à 8:58 :
maintenir des taux bas en espérant que la croissance reprenne c'est un peu comme ouvrir un parapluie en espérant faire venir la pluie.
En plus ce n'est pas sans danger, c'est la politique de l'agent pas cher qui a boosté les mécanismes de subprimes.
Et pour terminer, de l'argent, il y en a ! Les banques en ont en quantité mais préfèrent faire des coups financiers que de prêter à 'économie réelle.
Réponse de le 24/06/2014 à 10:56 :
Entièrement d'accord avec vous. Il n'y a qu'à voir les trillards de dollars "stockés" dans les paradis fiscaux qui pourraient être redistribués dans l'économie réelle.
a écrit le 23/06/2014 à 20:09 :
Mettre en avant un objectif de croissance, c'est laisser à la BCE le pouvoir de se transformer en FED bis. Vous me direz, avec la manière dont on nous impose à marche forcée l'intégration dans un grand ensemble transatlantique, cela n'a rien d'étonnant.
Ce qui l'est davantage, c'est qu'aucun de nos politiques ni de nos fiers médias ne semblent comprendre ce que le vulgum pecus a perçu depuis longtemps. Y aurait-il une raison qu'on ne nous dit pas?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :