La Bulgarie, entre déprime économique et instabilité politique

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Les Bulgares sont souvent descendus dans la rue ces deux dernières années. Ils se sont aussi souvent rendus aux urnes.
Les Bulgares sont souvent descendus dans la rue ces deux dernières années. Ils se sont aussi souvent rendus aux urnes. (Crédits : reuters.com)
Les Bulgares sont appelés à voter dimanche 5 octobre pour la troisième fois en deux ans. Mais le pays semble enfermé dans un cercle vicieux...

Dimanche, pour la troisième fois en deux ans, les Bulgares vont être appelés à renouveler leur Parlement. Et ce pourrait être une élection pour rien. La situation politique du pays le plus pauvre de l'Union européenne reste en effet désespérément inextricable. Les sondages les plus récents donnent le parti conservateur GERB en tête, loin devant le parti social-démocrate, le BSP, qui menait jusqu'ici la coalition gouvernementale. Le BSP était pourtant arrivé au pouvoir après les émeutes de l'hiver 2013 contre la corruption et la pauvreté qui avaient emporté le gouvernement de Boïko Borisov, le leader du... GERB.

Situation politique

Boïko Borisov pourrait pourtant avoir du mal à constituer une majorité pour gouverner. La scène politique bulgare est assez éclatée. Outre les trois principaux partis, GERB, BSP et le Mouvement des Droits et Libertés de la minorité turque (qui représente un peu plus de 10 % de l'électorat), quatre à cinq autres partis pourraient entrer au parlement en dépassant les 3 % nécessaires. Et aucun ne semble être un allié suffisamment stable pour assurer à Boïko Borisov une majorité durable. Son allié le plus probable, le Bloc réformiste (BR), est une formation très instable qui a été incapable de trouver un leader pour la campagne. Bref, Boïko Borisov pousse pour obtenir une majorité absolue en mettant en garde : s'il ne peut pas gouverner, on revotera début 2015...

Cercle vicieux

La Bulgarie semble enfermée dans un cercle vicieux que l'adhésion à l'Union européenne en 2007 n'a pas brisé. Son économie patine, ses politiques sont incapables de trouver une issue, le mécontentement populaire s'amplifie, la politique est paralysée et l'économie patine à nouveau... Ajoutez à cela une corruption et un manque de transparence qui continuent à grever le bon fonctionnement de l'économie bulgare et vous aurez un pays bloqué dans sa pauvreté.

La crise bancaire de juin 2014

Le cas de la crise bancaire de juin dernier est venu illustrer avec éclat cette situation. En juin, des rumeurs avaient créé des doutes sur la solidité du système bancaire bulgare. Cela avait produit une ruée aux guichets de la population. Le gouvernement de coalition dirigé par le BSP, lui-même en voie de dissolution suite à des dissensions internes sur l'attitude à adopter face à la Russie, avait été incapable de gérer cette crise. C'est donc la banque centrale, puis la Commission européenne, qui éteignirent le feu. La banque centrale a gelé les avoirs de la principale banque touchée, la Corpbank, et l'UE a ouvert une ligne de crédit de 1,7 milliard d'euros pour contenir la crise.

Une lutte d'oligarques en toile de fond

Or, la toile de fond de cette crise bancaire semble être la rivalité entre deux oligarques, le propriétaire de Corpbank, Tsvetan Vasiliev, et son ancien partenaire, Delyan Peevski, tous deux députés. Ce sont des rumeurs de malversations du premier qui sont à l'origine de la première ruée sur les guichets de Corpbank. Certains pensent que ces rumeurs auraient été téléguidées et Tsvetan Vasiliev s'est constitué prisonnier en Serbie à la mi-septembre.

Une crise typique

En attendant, malgré l'aide de l'UE, les comptes des déposants de Corpbank sont restés gelés. La banque centrale attend, avant de les libérer, une solution pour renflouer ou mettre en faillite la banque. Or, cette solution tarde à venir. La campagne électorale et l'attente d'un rapport a conduit à un immobilisme qui laisse en difficulté plus d'un ménage bulgare. La Commission européenne et l'Autorité bancaire européenne ont même engagé des procédures contre Sofia. Mais, faute de gouvernement réellement au travail et de vraies méthodes dissuasives, rien ne s'est fait... Corruption, imbrications des intérêts, impuissance des politiques et de l'UE, désintérêt pour les ménages : tout dans cette crise résume les maux de la Bulgarie.

L'impossible croissance

Mais l'incapacité du pays à retrouver le chemin de la croissance est bien la source de tous les maux du pays. Depuis la crise de 2009, la Bulgarie ne parvient plus à générer de la croissance. Après un recul de 5,5 % en 2009, le PIB bulgare n'a progressé que de 0,4 %, 1,8 %, 0,6 % et 0,9 %. Cette année, elle ne dépassera pas 1,5 %. Ce sont des taux de croissance bien trop faibles pour un pays dont le PIB par habitant ne représente que 47 % de la moyenne européenne.

Le problème de la « stabilité »

Quel est le problème de la Bulgarie ? Principalement l'incapacité de ses politiques à définir un modèle de croissance pour le pays en dehors de la « stabilité financière. » Après la grave crise financière de la fin des années 1990, le pays a attaché sa monnaie, le lev, à l'euro. Cette stabilité monétaire est devenue une doctrine non discutable. Dans un premier temps, le pays a profité de cette stabilisation de la monnaie, les investissements étrangers sont arrivés, la dette s'est réduite. Mais cette source de financement s'est tarie avec la crise européenne. Et comme, pour maintenir la stabilité monétaire, il a fallu tenir sous contrôle les revenus, accélérer le désinvestissement de l'Etat et réduire la dépense publique. Du coup, la demande intérieure n'a pas pu prendre le relais. La Bulgarie s'est donc enfoncée dans une apathie économique que même les taux très bas de la Banque centrale ne sont pas parvenus à briser.

L'enjeu énergétique

Le niveau de vie des Bulgares ne s'est donc pas amélioré. La stabilité monétaire appliquée dans un pays avec un niveau de vie si faible est devenue nécrosante. Ainsi la question des prix de l'énergie est devenue centrale et est au cœur de la campagne électorale, mais Sofia n'a guère de prise sur ces prix, politique de lev fort oblige. D'autant que la Bulgarie dépend à 89 % du gaz russe et que si Bruxelles a exigé que Sofia rompe les négociations avec Moscou sur le gazoduc Southstream, l'UE est incapable de proposer une alternative si la Russie décide d'utiliser l'arme du gaz pour contrer les sanctions européenne.

Impuissance politique

Devant une telle situation, la colère des Bulgares ne pouvait que s'aggraver. D'autant que la corruption a continué de ronger l'économie. Surtout, aucun politique n'est capable de proposer une politique économique digne de ce nom puisque le développement de la demande intérieure qui a eu lieu dans des pays qui, comme la Pologne ou la République tchèque ont su utiliser le facteur monétaire n'est pas possible en Bulgarie. Quant à l'UE, elle semble tout aussi incapable de donner à la Bulgarie l'impulsion qui avait été celui d'autres pays candidats auparavant. Il semble en réalité que les nouveaux États membres de l'UE profitent bien moins de leur adhésion que ceux qui étaient entrés avant 2004. Le cas bulgare, mais aussi ceux de la Roumanie et de la Croatie le montre clairement.

Rien d'étonnant alors à ce que les Bulgares se détournent de leur classe politique. Le cercle vicieux bulgare se referme alors sur lui-même : la population se détourne des élections et cherche des solutions dans la rue. Depuis le début 2013, les manifestations sont récurrentes dans le pays. Tout ceci renforce l'instabilité politique et n'est guère en mesure d'attirer des investisseurs étrangers. Le seul avantage d'une monnaie stable devient alors caduc et l'économie végète....

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Commentaires
a écrit le 11/02/2015 à 15:19 :
Et Obama ! Vous l oubliez! Cest lui qui tire les ficelles.Il veut declancher une guerre loin de chez lui (tranquille).pour assoire sa domination sur le monde.Poutine lui fait de l ombre et ca il n aime pas.
LEurope doit se faire avec la Russie a part entiere.
a écrit le 05/10/2014 à 23:05 :
Tous les pays de l'ex-Urss ont traversé des crises longues comme ce fût le cas de la Pologne, ex-Yougoslavie etc et à présent de l'Ukraine et de la Bulgarie. Le système centralisé russe fait encore des dégâts plus de 60 après d'autant que les nostalgiques actullement au pouvoir comme Poutine viennent déstabiliser ces pays en finançant des partis politiques et en faisant des chantages à l'énergie, de la propagande etc.
Réponse de le 07/10/2014 à 18:25 :
Il y a bien longtemps que l'homme a couché sur le papyrus cette presque systématique vérité qui veut que quelqu'un ne puisse longtemps dissimuler sa vraie nature. Les co** seront toujours des co**. Quels que soient ses dons pour tromper autrui, il est probable qu'il y aura toujours des circonstances où il finira par laisser transparaître son véritable caractère, ses tares, ses véritables penchants. Réfléchissez-y.
a écrit le 05/10/2014 à 21:21 :
Allemagne / énergie : charbon?
- Allemagne : 250 ans de réserves de charbon
- Royaume-Uni : va être à court de pétrole, gaz et charbon d’ici 5 ans
- France : piètre état avec moins d’1 an d’énergie fossiles en réserves… problème des importations d’uranium (aaaaah, l’indépendance énergétique française) et de possible embargo de l’Australie (en cours : embargo australien sur la Russie)
- Italie : a 1 an de pétrole et moins d’1 an en gaz et charbon

Conclusion : les pays européens sont exposés à l’insécurité énergétique.
En contraste, la Russie a 50 ans de pétrole, 100 ans de gaz et plus de 500 ans de charbon en réserves. Tranquille.
Réponse de le 05/10/2014 à 23:01 :
C'est ridicule puisque le potentiel d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique en Europe sont très importants de même que le nucléaire de 4eme génération combiné à la filière thorium. La Russie n'a plus pour 50 ans de pétrole ni de gaz pour 100 ans car elle pompe à capacité maximale alors que ses principaux clients dont la Chine sont en pleine transition énergétique. Elle sera handicapée si elle n'effectue pas une transition énergétique elle aussi ce qui est le problème de beaucoup de pays producteurs.
a écrit le 05/10/2014 à 12:58 :
Et puisque nos médias évitent soigneusement de parler de la situation économique en Ukraine, en préférant plutôt (propagande oblige) rabâcher celle de la Bulgarie pro-Russie (bientôt ce sera le tour de la Lettonie, attendez voir), alors je me permet de vous donner quelques nouvelles "du front économique" ukrainien en tant que spectateur privilégié.

Le séminaire de Yalta, organisé à Kiev par un oligarque ukrainien bien connu a été marqué d'un optimisme pour le moins insolite. Devant un parterre bigarré, composé des oligarques locaux où un premier ministre espagnol à la retraite côtoie Hunter Biden junior, patron de la mirobolante société des gaz de l'est ukrainien, la représentante du ministère des finances concède volontiers l'effondrement du PNB ukrainien, qui va tomber de "gnigni-pourcent" cette année et encore de 14 % l'an prochain. Mais, selon elle, rien n'est perdu. Au contraire : l'essentiel de la dette publique est due à la banque centrale (faute d'investisseurs privés) de sorte que l'Ukraine échappe à la banqueroute. Sauf qu'avec un tel raisonnement, la monnaie ukrainienne va s'effondrer sur le marché des changes, ce qui va peser définitivement sur sa balance commerciale déjà déficitaire du pays.

Bref, l'Ukraine se trouve là où était la Russie en 1989. La reprise économique, toujours selon cette belle Dame, est garantie : il suffit d'appliquer à la lettre le plan du FMI de réduction des dépenses ! Comme en Italie, en quelque sorte. On jure que la sidérurgie ukrainienne va trouver, en Europe, des débouchés plus intéressants qu'en Russie. Encore faudrait-il reconstruire Donetsk qui est le centre sidérurgique de l'Ukraine (Akmetov était absent de cette conférence). On élude la délicate question des impôts (que les pauvres n'ont pas les moyens et que les riches n'ont pas l'intention de payer). On se réjouit de vendre des hélicoptères à des armées étrangères.

En résumé, tout le mal vient de la Russie à laquelle l'Ukraine est contrainte bien malgré elle de refuser ses exportations! Et le président de conclure la séance en disant à M. Kravtchouk, qui ne parle pas l'anglais, "on vous reprendrait bien comme président; dommage que la constitution ne nous permet pas de vous relire". Sachant que l'intéressé, 80 ans, a jadis constitué le lobby des oligarques qui dirigent l'Ukraine depuis son indépendance jusqu'à sa récente implication aux côtés de néo-nazis.

Quant aux visiteurs étrangers venus prospecter l'Ukraine, un conseillé issu de l'extrême droite leur confirme que l'investissement en Ukraine reste très risqué, mais qu'il ne faut pas hésiter au motif que "des compagnies étrangères ont bien investi dans des pays africains en guerre" (sic). Pas rassurant pour l'investisseur présent, muet, bouche bée. Celui qui, dans cette rubrique, comparaît l'avenir de l'Ukraine à celui du Sierra Leone n'avait donc pas si tort...
Réponse de le 05/10/2014 à 13:16 :
Très bonne analyse à laquelle j’adhère totalement. Bravo !
Réponse de le 05/10/2014 à 23:12 :
L'Ukraine est victime de sa situation organisée par l'ex-Urss centralisée et des invasions et vols de Poutine. Elle est toutefois capable de rebondir comme il y a quelques années alors que sans l'aide de l'énergie elle affichait des taux de croissance supérieurs à la Russie. C'est un pays qui ne manque pas d'atouts, encore faut-il que Poutine cesse ses invasions et de déstabiliser ce pays comme il fait en Transnitrie, Moldavie, Géorgie, Bulgarie, République Tchèque, Lettonie etc.
Réponse de le 06/10/2014 à 0:18 :
@Romanoff: 1. L’élite bulgare n’est pas pro-russe, plutôt au contraire. Cherchez, par exemple, l’entretien avec leur président (si je ne me trompe pas, l’Express, mars-avril). 2. En Lettonie il n’aurait rien. Le soi-disant parti pro-russe est en réalité un parti centre-gauche pro-européen qui canalise le mécontentement d’une part d’électorat letton d’origine russe. 3. La situation en Ukraine est évidemment extrêmement mauvaise, mais très peu ressemble à l’URSS de 1989.
a écrit le 05/10/2014 à 11:42 :
C'est général ! actuellement, de par le monde , aucun peuple n'est heureux....Triste constatation!
Réponse de le 05/10/2014 à 15:13 :
À la veille de la troisième guerre mondiale (et thermonucléaire) quel peuple serait-il heureux ?
a écrit le 03/10/2014 à 18:56 :
Alors il faut les faire venir en France pour une semaine, chez nous y a d'la joie, tout le monde est riche et danse et chante dans les rues, c'est la fête !
a écrit le 03/10/2014 à 15:23 :
ils sont les plus pauvres de L'Europe mais leur pays est le plus beau et recèle des trésors de l'époque bizantine et Thrace. Allez le visiter vous serz comblé(e)s ;-)
Réponse de le 05/10/2014 à 11:48 :
certains disent : " la misère est moins dure au soleil.."; là, la misère est p-être un peu moins dure dans un beau pays comme vous le dites, mais,bon un peuple quelque peu, heureux", ce serait bien aussi !

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