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République Démocratique du Congo - La Tribune Afrique

En RDC, les barrages routiers financent de plus en plus les conflits armés

Photo de Mounir El Figuigui

Emmanuel Atcha

Publié le 10 décembre 2017 à 13:59 - Mis à jour le 12 décembre 2017 à 11:07

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L'International Peace Information Service vient de rendre public un rapport inédit sur le rôle des barrages routiers en République démocratique du Congo qui jouent « un rôle clé dans les mécanismes de financement » des guerres dans des pays d'Afrique centrale.

Les barrages routiers en République démocratique du Congo (RDC) sont des sources de financement de différents conflits dans la région. C'est ce que révèle un rapport publié ce mercredi dernier et intitulé Tout ce qui bouge sera taxé : l'économie politique des barrières routières au nord et Sud Kivu. Dirigé par l'International peace information service (IPIS), un institut belge de recherche, en collaboration avec l'Institut danois d'études internationales (DIIS), cette étude relate l'enjeu que représente le contrôle de la circulation dans ces localités.

«Les constats principaux sont d'abord que le contrôle de la circulation routière constitue un enjeu primordial dans les conflits en République Démocratique du Congo. Deuxièmement, l'espace routier figure parmi les principales sources de financement illicite des différents acteurs étatiques et non étatiques, ce qui se traduit par l'omniprésence desbarragessur celles-ci», note le rapport.

Selon le document, au moins 798 barrières ont été identifiées au Sud et au Nord-Kivu, lesquelles sont fortement militarisées. Ce rapport est capital pour la communauté internationale qui cherche les voies et moyens pour mettre fin aux conflits armés dans la région. « Les experts du financement des conflits ont toujours su que les rebelles ne comptaient pas uniquement sur les revenus des sites miniers. Cependant, sans données à grande échelle des autres mécanismes de financement, il était difficile d'en comprendre leur ampleur », indique-t-on dans le document.

Omniprésence des groupes armés

Sur les 798 barrières identifiées en RDC, l'IPIS indique que 174 ou 22 % connaissent une présence des groupes armés, 55 ou 7 % d'acteurs non-étatiques non-armés (comme les volontaires ou auto-démobilisés), et 569 ou 71 % uniquement des acteurs gouvernementaux ou acteurs tolérés par l'Etat (comme des coopératives).

«Les routes congolaises sont fortement militarisées : sur 597 ou 75% des barrières, un acteur armé est présent. L'armée nationale (FARDC) est le principal exploitant des barrières routières. Sa présence a été observée à 379 reprises (soit 47%). Sur 168 de ces barrières tenues par des militaires (soit 44 %), ceux-ci taxent ressources naturelles (les minerais, le charbon, les planches, ainsi que les produits agricoles)», précise le rapport.

Dans le classement, l'armée est suivie par les services de chefferies/secteurs (des entités de gouvernance locale), présents sur 147 soit 19% des barrières. Enfin, en troisième et quatrième positions arrivent la Police de Circulation Routière (PCR) et l'Agence Nationale de Renseignements (ANR), les deux étant présentes respectivement sur 12% et 10% des barrières dans les deux provinces.

Des barrières stratégiques, administratives et économiques

L'étude réalisée par l'IPIS et le DIIS a classé les barrières identifiées par catégories. On distingue les barrières stratégiques, les barrières administratives et les barrières économiques.

Les premières, au nombre de 45, constituent pour un acteur armé, des postes de déploiements ou une manière de marquer ses limites territoriales par rapport à ''l'ennemi'' en approche. Les secondes, au nombre de 37, sont celles qui se situent aux limites entre deux entités administratives décentralisées. Quant aux troisièmes, économiques, elles constituent les plus importantes, expliquant selon le rapport dans ''une large mesure'' les barrières trouvées.

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«Dans la catégorie ''économique'', nous reprenons l'ensemble des barrières dont la présence se justifie uniquement par l'imposition d'un bien ou d'un passage. Nous avons compté 513 barrières qui taxaient le droit de passage, 239 les ressources naturelles, et 161 placés sur l'entrée et/ou la sortie d'un marché», notent les auteurs du rapport.

Le document ajoute que dans la pratique, « une même barrière peut se retrouver dans plusieurs catégories, en étant par exemple tenue par des militaires à des avant-postes et taxant les passants », devenant ainsi dans ce cas, à la fois stratégique et économique.

Génération légitime de recettes ou extorsion de fonds ?

Face à la situation et au mal engendré par l'existence de tant de barrières, une question se pose. Celle notamment de savoir comment juger la taxation imposée aux barrières. Dans le rapport, les experts, Peer Schouten, Janvier Murairi et Saidi Kubuya estiment que « la ligne de démarcation entre la génération légitime de recettes et l'extorsion par les acteurs contrôlant la barrière est floue ». D'après les chercheurs, on peut penser que cette perception de fonds est légitime « car ni militaires ni rebelles ne sont régulièrement payés, donc il arrive qu'à un niveau local, les éléments postés aux barrières passent des accords tacites, informels, avec la population pour qu'elle subvienne à leurs besoins primaires en échange de leur protection ». Mais en même temps, avertissent les auteurs du rapport, la taxation sur la plupart des barrières va au-delà des besoins opérationnels et logistiques de ses groupes armés ici et là faisant ainsi de ces pratiques, de génération de recettes par l'imposition.

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Le rapport conclu donc cette pratique s'ajoute à l'exploitation directe de minerais, la monopolisation du commerce, et la taxation des ménages, contribuant à continuer la militarisation, l'insécurité et le sous-développement structurel dans ces localités.

Emmanuel Atcha

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