"L'Allemagne va à nouveau marcher sur ses deux jambes"

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latribune.fr - Wolfgang Clement, le ministre allemand de l'Economie, a indiqué mercredi devant les députés du Bundestag que l'Allemagne devrait afficher l'an prochain une croissance comprise entre 1,5 et 2%. Qu'en pensez-vous ?Alexandre Bourgeois - Ce sont des prévisions honnêtes, d'autant qu'au cours des trois dernières années, la croissance allemande a marché sur une seule jambe avec pour conséquence une stagnation de l'activité : 0,4% de croissance annuelle moyenne sur trois ans. De l'été 2000 au printemps 2002, la demande intérieure s'est effondrée. Heureusement pour le pays, sur la même période les performances du commerce extérieur ont été stupéfiantes, permettant une contribution à la croissance exceptionnelle. Depuis le printemps 2002 jusqu'à aujourd'hui c'est le scénario inverse qui est observé. La demande intérieure montre quelques signes de redressement mais le solde extérieur se détériore en raison d'une reprise des importations et de l'appréciation de l'euro. Cependant, à compter du début de l'année prochaine, on devrait assister à une croissance plus équilibrée, l'économie allemande va à nouveau marcher sur ses deux jambes.Sur quels éléments appuyez-vous votre analyse ?Tout d'abord, nous notons que le pouvoir d'achat des ménages allemands se redresse: le revenu disponible progresse dans un contexte d'inflation faible. Ensuite, l'investissement devrait se reprendre. Il ne faut pas se réjouir trop vite, les dépenses ne concerneront pas des investissements lourds, de capacité. Il s'agira plutôt d'investissements de remplacement et de modernisation de matériels devenus obsolètes. Les chefs d'entreprises attendront certainement d'être sûrs de la reprise avant de se lancer dans des programmes plus ambitieux. Et ce d'autant que le financement des entreprises reste encore problématique en Allemagne malgré le faible niveau des taux d'intérêt. Enfin, le solde extérieur allemand devrait retrouver le chemin de la croissance l'année prochaine. Le redressement des exportations commence d'ailleurs à être perceptible. Sur ce plan, nous estimons que le commerce extérieur allemand devrait bénéficier de deux atouts de poids: le redémarrage américain et un reflux de l'euro. Nous estimons en effet que l'euro devrait retomber sous 1,10 dollar, ce qui confèrerait des gains de compétitivité aux entreprises allemandes. Quels bénéfices retire l'économie allemande des grandes réformes structurelles engagées par le gouvernement Schröder: retraite, santé, marché du travail, baisses d'impôts ?Il faut être clair, la plupart des réformes structurelles lancées n'auront pas d'impact sur la croissance 2004. Le seul effet, et il ne faut pas le négliger, sera peut-être de générer de la confiance, notamment chez les patrons. Quant aux baisses d'impôts, elles équivalent à environ 1% du PIB comme cela a déjà été le cas en 2001. Que s'était-il passé à l'époque ? L'effet des réductions d'impôt avait été positif sur le premier trimestre puis plus rien. Le gouvernement allemand n'était pas parvenu à piloter les anticipations des agents au niveau des finances publiques. Les ménages avaient préféré épargner plutôt que de consommer, estimant que les déficits publics à venir allaient leur valoir une hausse de la fiscalité. Ceci dit, la situation actuelle est différente de celle de 2001. Les ménages, un peu moins pessimistes, semblent plus disposés à consommer qu'à épargner et un effet d'entraînement pourrait être créé. Il ne faudra cependant pas trop attendre de ces baisses d'impôts, ce ne sont pas elles qui vont faire la croissance.Distinguez-vous des facteurs de risque pour votre scénario ?J'en vois deux. D'une part les facteurs exogènes qui pourraient torpiller le redressement du commerce extérieur. A cet égard, une appréciation excessive de l'euro et/ou l'avortement des reprises en cours aux Etats-Unis et en Asie seraient catastrophiques. D'autre part, nos hypothèses reposent en grande partie sur la restauration de la confiance telle qu'elle est annoncée par les dernières enquêtes de l'Ifo (ndlr, études mesurant le moral des chefs d'entreprises). L'indice Ifo remonte mais ce redressement est principalement le fait d'un rebond des anticipations. Le sentiment des patrons sur leur situation présente reste mauvais. On avait connu ce cas de figure au printemps 2002, et finalement, au lieu d'une reprise, l'Allemagne avait renoué avec la stagnation. L'Allemagne peut-elle redevenir la locomotive de la zone euro ? On a effectivement cette image du modèle allemand dominateur. Mais il faut bien dire qu'en termes de croissance, il y a bien longtemps que l'Allemagne n'est plus le moteur de la croissance européenne. Aujourd'hui son potentiel de croissance est limité à 1,5%, et les Allemands ne peuvent avec de telles performances prétendre être les leaders économiques de l'Europe. Même si en 2004, et pour la première fois depuis 1997, l'Allemagne aura un différentiel de croissance favorable par rapport à la France, il me semble qu'au moins en 2005 et 2006, l'économie française devrait afficher des performances supérieures à son voisin allemand.

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