Washington punit les opposants à la guerre en Irak

A Paris, Berlin et Moscou la décision américaine du Pentagone d'exclure les entreprises françaises, allemandes et russes de la reconstruction en Irak suscite bien évidemment l'irritation des "bannis". Selon un mémorandum publié hier sur le site Internet du Pentagone, 63 pays, parmi lesquels la Grande-Bretagne, l'Espagne et la Jordanie, sont éligibles pour participer aux appels d'offres pour 26 contrats d'un montant total de 18,6 milliards de dollars qui doivent être attribués dans la deuxième phase de la reconstruction de l'Irak. Au contraire, selon cette circulaire du secrétaire adjoint à la Défense Paul Wolfowitz, les sociétés françaises, allemandes, russes et canadiennes, ainsi que celles d'autres pays ayant refusé de s'associer à la coalition militaire menée par les Américains en Irak, seront exclues de ces appels d'offres. Ces marchés portent pêle-mêle sur l'équipement d'une nouvelle armée irakienne ou sur la reconstruction des routes, des installations pétrolières, des systèmes de communication et des réseaux d'adduction d'eau et de fourniture d'électricité.En Allemagne, le ton est assez offensif. Le gouvernement allemand juge que les mesures annoncées ne sont pas "acceptables" et souligne que cette décision ne "correspond pas non plus à l'esprit sur lequel nous nous étions entendus (ndlr: avec les Etats-Unis), qui consiste à regarder ensemble vers le futur et non vers le passé". La Russie et la France adoptent un ton un peu plus mesuré. Le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, a estimé quant à lui qu'il est évident que "les pays prêts à participer à la reconstruction en Irak devaient pouvoir le faire". Son collègue de la Défense et homonyme Serguei Ivanov, n'hésite pas à agiter une menace pour tenter de faire reculer les Américains en indiquant que la Russie n'a pas l'intention d'annuler la dette contractée par l'Irak à son égard, soit 8 milliards de dollars. A Paris, on fait profil bas. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères se borne à indiquer que la France va étudier "la légalité des mesures décidées par les Etats-Unis".De ce point de vue, la décision américaine semble ne pas être en contradiction avec les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur l'accès aux marchés publics, dans la mesure où le régime juridique appliqué à l'Irak relève d'un régime d'occupation et non pas du droit commercial commun, selon l'AFP qui cite des sources parisiennes. Aux Etats-Unis, on justifie la position affichée sur le site du Pentagone. Scott McCllelan, porte-parole de la Maison Blanche a assuré qu'il "est normal et raisonnable de s'attendre à ce que les contrats principaux pour la reconstruction financés avec l'argent des contribuables américains aillent au peuple irakien et aux pays qui partagent avec les Etats-Unis la tâche difficile de construire un Irak libre, démocratique, et prospère". Scott McCllellan a ajouté que les pays exclus pouvaient toujours bénéficier des contrats financés avec les fonds internationaux versés pour reconstruire l'Irak et que leurs entreprises pouvaient participer aux contrats comme sous-traitants. L'Union européenne a débloqué 1,3 milliard de dollars pour la reconstruction des infrastructures irakiennes, mais la France et l'Allemagne ont refusé d'apporter des contributions individuelles.

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