La bulle et le plomb

Serait-ce l'effet "Google" ? L'entrée en Bourse du célèbre moteur de recherche, qui fait piaffer d'impatience tous les investisseurs outre-Atlantique et saliver les Européens malheureusement écartés du placement, semble à elle seule réveiller les appétits pour les nouveaux venus en Bourse, après trois années de disette sur le marché des introductions. Certes, le marché primaire n'a pas attendu Google comme le Messie pour se ressaisir. La reprise date déjà de plusieurs mois. Mais l'engouement suscité par la start-up de Mountain View, dans la Silicon Valley, crée indéniablement un effet d'entraînement tant sur les impétrants que sur les épargnants, sans oublier les intermédiaires. Aux Etats-Unis, depuis le début de l'année, 61 sociétés ont déjà tenté leur chance sur le marché, selon les statistiques de Dealogic. Il n'y en eut que 86 sur l'ensemble de l'année 2003! Et la baudruche ne s'apprête pas à dégonfler : 138 entreprises ont déposé un dossier d'introduction auprès du gendarme de la Bourse, la SEC, selon les relevés de la firme Renaissance Capital, contre 105 au total au cours de l'année écoulée. Dans le sillage de Google, pas moins de neuf autres "dotcoms", ces sociétés réalisant le coeur de leur activité sur Internet, sont dans les starting-blocks, du vendeur de bijoux Blue Nile au portail gay PlanetOut, en passant par le vendeur de livres en ligne Alibris. S'agit-il du "retour de la fièvre IPO", comme s'inquiètent les commentateurs américains, appelant leurs lecteurs-investisseurs à la raison, à la mesure et à la vigilance, et brandissant en épouvantail la liste - vertigineuse - des flops d'Internet (Pets.com, Etoys, Webvan etc) afin de prévenir toute récidive de la "bulle" ? La "Googlemania" a rendu à Wall Street le goût des IPO et le récent reflux des marchés ne paraît point émousser cette renaissante fringale.Las ! Tel n'est pas dans le cas de ce côté-ci de l'Atlantique, où la météo s'obscurcit au point de virer au ciel de plomb. Nul besoin de mettre en garde l'investisseur du Vieux Continent, visiblement bien plus échaudé par les déconvenues des précédents débordements de la bulle et la décrue accélérée des marchés ces dernières semaines. Et pourtant ! Le premier trimestre 2004 aura été le meilleur en la matière depuis la fin 2001. Mais à peine éclos, le printemps des introductions européennes souffre d'un saisissant refroidissement : un fabricant de semi-conducteurs autrichien, Austriamicrosystems, a dû, la semaine passée, réduire d'un tiers la fourchette de son prix d'offre. A Dublin, le groupe de spiritueux C&C s'est introduit vendredi au plus bas de sa fourchette de prix indicative. Axalto saura-t-il se montrer plus exaltant ? La filiale de cartes à puces de Schlumberger annonce aujourd'hui son prix définitif, avant sa première cotation à Paris demain. Le placement aurait été souscrit, mais plusieurs tentatives sur le marché "gris" auraient échoué, faute d'intérêt d'acheteur. L'opération aura sans doute valeur de test pour trancher la question: le rebond des IPO en Europe serait-il mort-né ?

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