Une offre pas si dingo ?

Comcast prêt à croquer Disney, c'est, vu de l'Hexagone, un peu comme si Noos (du groupe Suez) se piquait de racheter Canal Plus et ses studios, Grévin & Cie, son musée et son Parc Astérix, et, disons, M6. Impensable, au regard de la santé financière peu florissante du câble français. Mais Comcast, qui s'est propulsé à la première place des opérateurs de câble américain en avalant pour 40 milliards de dollars le réseau câblé de l'opérateur historique américain AT&T, deux fois plus gros que lui, peut se payer le luxe, moins de deux ans après, d'une opération hostile sur l'empire de Mickey. Fort de sa santé insolente, mais s'ennuyant seul au sommet - sa base de 21 millions d'abonnés dépassant celle des trois autres opérateurs de câble, Time Warner Cable, Cox et Charter réunis et celle des deux plus gros opérateurs de satellite combinés, DirecTV et EchoStar - et trouvant ses tuyaux un peu vides, le patron de Comcast, Brian Roberts, a décidé de leur adjoindre du contenu, et de premier ordre. C'est un royaume, un empire 1,5 fois plus gros que lui, que le groupe de Philadelphie veut s'offrir, le "Magic Kingdom", ses studios, ses parcs, ses magasins, et surtout ses chaînes de télévision, dont le "network" de portée nationale ABC. Et Comcast, assez confiant dans son cours et l'attrait de ses propres actions, ne propose que du papier pour ce royaume : une opération à 54 milliards de dollars tout de même, sans compter la reprise de 12 milliards de dettes de Disney. La souris, qui ne veut pas se faire avaler, se transformerait en mammouth de 122 milliards de dollars de capitalisation boursière et de 49 milliards de dollars de chiffre d'affaires, contre 28 milliards aujourd'hui. Marier distribution et contenu, ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Cette fusion a comme un arrière-goût de convergence, le concept cher à Jean-Marie Messier et qui avait présidé à la création d'AOL Time Warner et de Vivendi Universal en 2000. On a vu le résultat : le premier a abandonné le préfixe AOL pour se rebaptiser Time Warner tout court, alors que le fournisseur d'accès à Internet, qui était le prédateur à l'origine accumulait les déboires - enquête du gendarme de la Bourse américaine, chute du nombre d'abonnés et des recettes publicitaires.... Quant à Vivendi, son nouveau patron, Jean-René Fourtou, vient de céder partiellement Universal à NBC, après avoir vendu tout son pôle d'édition... Deux ratages avérés n'auront-ils pas suffi ? Si convergence il y a entre Comcast et Disney, il s'agit plus classiquement d'une intégration verticale producteur/distributeur, sans promesses de recettes décuplées via les miracles de l'internet, insistent les analystes. Combinaison parfaite, partenaires idéaux pour une fusion, pas de doublons, de problèmes de concurrence, complémentarité optimale, n'en jetez plus ! Les experts n'avaient pas montré autant d'enthousiasme depuis des lustres. Depuis la bulle internet, observeraient les Cassandre. Mémoire courte ou vraie nouvelle donne ? A Comcast de démontrer que la souris s'épanouira davantage sous le soleil de Pennsylvanie que sous les sunlights de Californie...

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