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Lazard, introduction en Bourse ratée pour la reine des banques d'affaires

La Tribune

Publié le 19 octobre 2008 à 18:46 - Mis à jour le 19 octobre 2008 à 18:46

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L'entrée en Bourse de Lazard le 5 mai dernier a marqué la fin d'une histoire. Celle de 157 ans d'indépendance et de discrétion - certains diront "opacité" - qui ont valu à la banque d'investissement une solide réputation dans le monde des affaires. Lazard, septième banque mondiale dans le conseil en fusion- acquisition, a réalisé en 2004 un volume d'affaires consolidé de 89,3 milliards de dollars. Parmi ses hauts faits récents, on trouve par exemple l'année dernière la fusion géante entre Bank One et JP Morgan, une opération de 59,2 milliards de dollars. Pourtant, malgré la prestigieuse réputation du groupe, force est de constater que son introduction en Bourse à New York est un succès pour le moins mitigé. En effet, aussi historique soit-elle, cette opération a permis à l'établissement de lever 855 millions de dollars seulement. Et le titre n'a eu de cesse, depuis, de chuter. Ainsi, introduite à un cours de 25 dollars, déjà dans le bas de la fourchette d'évaluation qui allait de 25 à 27 dollars, l'action Lazard a reculé de 4% dès son premier jour de cotation. De quoi gâcher un peu le plaisir de Bruce Wasserstein, prié en ce jour historique de sonner la cloche d'ouverture du marché américain. Mais ce n'était qu'un début: moins d'un mois après l'introduction, le titre a déjà perdu quelque 18% de sa valeur! Prise de pouvoirComment expliquer ce désamour pour la plus grosse introduction en Bourse d'une banque d'investissement depuis celle de Goldman Sachs en 1999? Un début de réponse peut se trouver dans la motivation même de l'entrée sur le marché de la vénérable maison. C'est en effet sous la pression de son président exécutif Bruce Wasserstein que Lazard a fait ses premiers pas dans le public.En conflit ouvert avec Michel David-Weill, président non exécutif et principal actionnaire de la banque, qui lui a confié les rênes du groupe, Bruce Wasserstein n'a eu de cesse depuis sa prise de fonction en 2002 de vouloir en prendre le contrôle absolu. C'est chose faite grâce à cette introduction en Bourse, qui lui a permis de faire sortir les actionnaires historiques en échange de la somme de 1,6 milliard de dollars.Reste qu'en réalisant une introduction en Bourse au forceps, Bruce Wasserstein semble avoir davantage répondu à des intérêts propres aux actionnaires historiques du groupe, représentés en l'occurrence par Michel David-Weill, qu'à une logique de financement de la croissance à venir. Et cela même si Lazard justifie ainsi dans sa note d'introduction son entrée en Bourse: "nous faisons face à une concurrence grandissante en raison d'une tendance à la consolidation dans la banque d'affaires. La plupart de nos adversaires ont la capacité d'offrir un large éventail de produit à leurs clients, ce qui risque de les renforcer davantage dans la compétition".Autre source de problème: la banque a dû mettre en place une structure capitalistique très complexe pour pouvoir répondre à toutes les exigences de ses dirigeants et actionnaires. Peu d'intérêt en BourseDans ce contexte, pas étonnant que les marchés affichent leur défiance vis-à-vis du titre. D'autant qu'il font face à un manque de justification industrielle ou au moins stratégique de l'entrée en Bourse d'une banque handicapée par les montants exorbitants des salaires réclamés par les associés. En 2004, les charges liées aux salaires et autre bonus des banquiers du groupe ont atteint 819 millions de dollars. Un niveau de rémunération nettement supérieur à la moyenne des autres banques, puisque chez Lazard ce poste pèse 74% des revenus alors que les banques paient en moyenne 50% de leurs revenus en salaires.Il s'agit bien là d'ailleurs d'un point capital que Bruce Wasserstein s'est promis de régler pour assurer une meilleure rentabilité de l'établissement. Le but est de ramener le rapport salaires sur revenus à 57,5%. Avant même l'introduction, les associés de la banque avaient déjà accepté de baisser leurs bonus sur trois ans. Autre problème: la structure complexe de la société et un faible flottant (un tiers du capital) permettent au management du groupe de posséder la majorité des droits de vote... En outre, le marché actuel n'est pas des plus accueillants pour les banques d'investissement, dans un contexte encore incertain pour les entreprises, et avec un niveau d'opérations de fusion qui reste faible. "Les perspectives ne sont pas très bonnes dans la banque d'investissement. On l'a vu dans les résultats publiés par UBS, Credit Suisse et les banques allemandes", confirmait à l'AFP Pol-Louis Matin, analyste chez Natexis Bleichroeder.Enfin, la valorisation n'est pas pour rien dans la baisse du cours de Lazard. Car compte tenu des résultats de la banque, sa valorisation en Bourse semble bien au-dessus des autres établissements. Le groupe a affiché un bénéfice net par action 2004 de 88 cents. A un cours de 25 dollars par action, le PER 2004 de la banque était donc de 28, alors que celui du secteur est de l'ordre de 11...Dans ces conditions, les investisseurs risquent de marquer leur prudence pendant encore quelque temps. Il reste donc à Lazard à démontrer qu'elle reste une des plus grandes banques d'investissement du monde, et qu'elle peut aussi devenir attrayante en Bourse. Compte-tenu des compétences revendiquées par ses banquiers sur-payés, c'est un défi que Lazard devrait en principe être à même de relever.

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