Gazprom : "Un accord avec la Biélorussie devrait être obtenu sinon ce soir, du moins demain"

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Selon Alexander Medvedev, vice-président de Gazprom, les négociations entre le géant gazier russe Gazprom et Minsk devraient aboutir à temps. Russes et Biélorusses doivent renouveler d'ici à trois jours leur contrat d'approvisionnement gazier. Faute d'accord, Gazprom coupera le robinet du gaz le 1er janvier au matin, une décision qui pourrait également affecter l'approvisionnement de l'Europe. Minsk a en effet répété ne pas vouloir permettre le transit du gaz russe par son territoire vers l'Union européenne en l'absence d'un accord.

La Tribune .- Des négociateurs supplémentaires sont arrivés de Minsk aujourd'hui à Moscou pour arracher un accord. Où en sont actuellement les négociations ?

Alexander Medvedev - Nous nous attendons à ce que nos collègues biélorusses se montrent de bonne disposition pour finaliser un accord et le signer, sinon aujourd'hui, du moins demain. Ceci dépend maintenant de la vitesse avec laquelle ces documents seront finalisés. Nous sommes sûrs que notre proposition est des plus complète et favorable à la partie biélorusse et prend en compte aussi bien les relations entre la Russie et la Biélorussie que les spécificités de l'économie de ce pays.

Cela signifie que des compromis ont été obtenus ?

Notre proposition n'a pas changé par rapport à celle d'hier. La Biélorussie conserve le choix de payer le [nouveau] prix que nous proposons pour [notre] gaz [105 dollars pour mille mètre cubes, NDLR] en numéraire ou via un panachage de numéraire et d'actifs. Leurs délégués, parmi lesquels des représentants du ministère des Propriétés publiques et celui de la Justice, semblent opter pour payer une partie [de cette augmentation de la facture gazière] en actions Beltrangaz. Notre proposition était de régler [pour chaque lot de 1.000 mètres cubes de gaz] 75 dollars en "cash" et 30 dollars en actions. Ceci [nous] permettra d'acquérir en quatre ans - et sur la base d'une valorisation de 5 milliards de dollars pour l'ensemble de Beltrangaz - une participation de 50% dans cette structure.

Les conditions d'approvisionnement pour les années suivantes, qui posaient tant de problèmes, sont également négociées ?

L'accord négocié prévoit également que la hausse des prix du gaz [vendu à la Biélorussie] sera ensuite synchronisée avec celle qui doit prendre place en Russie.

Quelle est l'importance des volumes de gaz russe transitant par le territoire biélorusse?

Environ 34 milliards de mètres cubes [chaque année]. Environ les neuf dixièmes s'écoulent via l'oléoduc Yamal-Europe [qui appartient à Gazprom et passe par la Biélorussie, NDLR]. Celui-ci affiche une capacité maximale de 32 milliards de mètres cubes annuels. Le reste, moins de 10%, passe par le système de gazoducs biélorusses.

Mais pourquoi alors, faire tellement cas de l'acquisition de Beltrangas ?

Parce que Beltrangaz n'est pas seulement un réseau de gazoducs mais également une compagnie de distribution gazière vendant plus de 20 milliards [de mètres cubes] par an sur son marché local.

En cas de différend de dernière minute empêchant la signature d'un accord, faut-il s'attendre à une perturbation de l'approvisionnement européen ? Gazprom aurait-il les moyens de compenser ce ralentissement du flux gazier ?

En utilisant toute la capacité de transport du gazoduc Yamal-Europe, en ajoutant nos capacités de stockage souterrains [en Europe] - dont nous pouvons extraire, chaque jour 30 millions de mètres cubes - et en re-routant une partie du gaz via l'Ukraine, nous pourrons assurer la demande de nos clients européens.

Quels seraient les pays les plus exposés à de soudaines coupes dans leur approvisionnement gazier ?

Le plus grand risque reste encouru par la Pologne. Nous [leurs] avions pourtant offert de pouvoir faire refluer [vers eux] une partie de [notre] gaz envoyé en Allemagne, mais aucun accord n'a pu être conclu et... pas par notre faute. La possibilité de compenser l'approvisionnement de la Pologne en cas de problème est donc limitée. Et bien que nous ayons la possibilité d'approvisionner [ce pays] à partir de l'Ukraine, malheureusement, la Pologne ne pourrait ensuite redistribuer ce gaz [sur son territoire national]. En ce qui concerne l'Allemagne, les risques sont plus limités car il y a beaucoup plus de gaz stocké souterrainement, par Gazprom mais également par ses contreparties.

La Biélorussie était le dernier problème de transit vers l'Europe du gaz russe ?

Oui.

Il n'en reste pas moins qu'il y a une semaine, c'était la Géorgie qui était menacée de voir son approvisionnement gazier coupé... avant que celle-ci ne se plie à la dernière minute...

Contrairement à la majorité de nos clients, nous n'avions ni contrat à long terme, ni contrat pour l'année prochaine avec la Géorgie. Ceux-ci avaient refusé de signer ne serait-ce que des contrats de moyen-terme - de trois ou quatre ans - à un prix en accord avec celui du marché. [Jusqu'à la dernière minute], nous n'avions reçu de réponse. Or sans contrat, pas de gaz. L'an dernier, nous n'avions pas de contrat de livraison avec l'Ukraine, nous n'avions donc pas livré.

Il n'en reste pas moins reproché à la Russie d'utiliser ses négociations sur le prix du gaz pour faire pression sur la Géorgie, pays avec lequel ses relations sont des plus tendues...

Après les élections de la "révolution rose" nous avons rempli nos obligations, fournissant le gaz en dépit de problèmes sur le gazoduc. Aujourd'hui, la Géorgie, ainsi que d'autres pays de l'ex-URSS, doivent être bien au fait de notre approche: les relations commerciales sont basées sur les prix de marché européens et les prix offerts seront similaires à ceux [appliqués] au gaz livré à d'autres pays européens.

Autre événement de cette fin d'année, la disparition du dirigeant du Turkménistan, Saparmourad Niazov. Une éventuelle bataille pour sa succession pourrait-elle menacer l'approvisionnement venant de ce pays ainsi que les nouveaux contrats d'approvisionnement que vous aviez récemment signés ?

Quel que soit le futur président du Turkménistan, je suis sûr que tous nos contrats seront exécutés car c'est dans l'intérêt de ce pays. Nous avons fixés les prix pour trois ans et nous ne voyons pas pourquoi les contrats devraient être remis en cause.

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