Pas de lune de miel pour le mariage Alcatel Lucent

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Le Français Serge Tchuruk et l'Américaine Patricia Russo, qui prend la tête du nouvel ensemble, affichent leur bonne entente. Même si les relations entre les deux nationalités ne s'annoncent pas forcément de tout repos.

C'est "l'aboutissement d'une course d'obstacles qui a duré huit mois": Serge Tchuruk, le patron d'Alcatel, avait le sourire, ce vendredi à midi dans un pavillon du Bois de Boulogne. Petits fours pour fêter son mariage avec Lucent, qui donne naissance à un groupe de 18,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires, employant 23.000 ingénieurs dans la recherche développement et qui investit annuellement 2,7 milliards d'euros.

Et entre Patricia Russo, directrice générale de la nouvelle entité, et Serge Tchuruk, président du conseil d'administration, c'est l'amour. "Patricia Russo a toute ma confiance", a tout de même précisé le Français.

Contrairement aux rumeurs, l'Américaine a l'intention de parfaire son français, qu'elle a appris au collège, mais, avoue-t-elle, "comme moyen de communication, chez Alcatel, l'anglais est plus adapté". Et elle louera un appartement à Paris, c'est promis. Sans toutefois dire si elle sera domiciliée fiscalement en France, pays du siège social d'Alcatel Lucent.

Quant aux salaires des dirigeants, ils restent inconnus. Seule indication donnée par la directrice des ressources humaines de l'ensemble, les salaires des Français n'ont pas été élevés au niveau des Américains... Patricia Russo a gagné 8,15 millions de dollars l'an passé et son second, Frank D'Amelio, plus de 4 millions. Cette dernière somme représente plus que les rémunérations cumulées de Serge Tchuruk et de son directeur financier.

Sur tous les sites du groupe, les salariés étaient invités dès 8 heures du matin à partager un café et des croissants avec leurs collègues en l'honneur des mariés. Ensuite, vidéos et discours étaient prévus.

La nouvelle identité visuelle du couple de l'année a été dévoilée: un A mêlé à un L pour ne pas faire de jaloux. Le site Web est en ligne (alcatel-lucent.com) et alcatel.fr ne marche plus. Par contre, n'écrivez pas Alcatel-Lucent, le groupe a payé un cabinet de conseil de San Francisco pour cette identité, et celui-ci lui a conseillé de mettre un point entre les deux noms. "Un tiret, ça faisait Alcatel moins Lucent", lâche un cadre.

Petit hic dans le concert de louanges, la CFDT, premier syndicat chez Alcatel, a appelé les salariés à boycotter les festivités: "s'il vous prenait l'envie de participer à cette petite sauterie, n'oubliez pas que vous fêterez le licenciement de vos collègues... ou peut-être le vôtre"! Le syndicat table sur 1.800 suppressions de postes en France. Sans compter le rachat de l'activité UMTS de Nortel, principalement logée dans la région parisienne et avec laquelle les doublons seront nombreux.

Patricia Russo n'a pas donné de précisions, se bornant à dire que les salariés en sauront plus "le prochain mois". Pour sa part, Serge Tchuruk a rappelé que China Mobile, l'opérateur mobile chinois, gagne 60 millions d'abonnés par an. "Croire que l'on peut servir les marchés émergents depuis nos pays, c'est se bercer d'illusions. Ou on est présent sur les marchés en forte croissance ou on n'y est pas présent", a résumé le patron, dans le style un peu abrupt qu'il affectionne. Mais, prévient-il, "il ne faut pas généraliser les délocalisations. Les compétences en IP (Internet Protocole) sont en Europe et elles vont y rester".

Donc tout n'est pas perdu pour les Français, loin de là. D'abord parce qu'ils occuperont des postes importants dans le nouvel organigramme. Jean-Pascal Beaufret, directeur financier d'Alcatel, occupe le même poste dans le nouvel ensemble. Claire Pedini, une protégée de Serge Tchuruk, est directrice des ressources humaines et Etienne Fouques, un baron d'Alcatel, prend les rênes de l'activités "opérateurs". Quant aux divisions produits (fixe, convergence, mobile, entreprises et services), trois d'entre elles seront dirigées par des Français, dont Marc Rouanne, qui a brillé ces dernières années en développant le mobile dans les pays émergents.

Et surtout, Serge Tchuruk reste tout de même président du conseil de surveillance. Sans responsabilité exécutive, certes, mais avec tout de même un oeil sur l'entreprise. Quel rôle jouera l'ex-PDG d'Alcatel, arrivé en 1994 pour restructurer un Alcatel Alsthom alors mal en point? Mystère. Mais d'ores et déjà, l'homme a prévenu les administrateurs: il leurs faudra être vigilants.

Daniel Bernard, l'ex-PDG de Carrefour, Daniel Lebègue, ancien président de la Caisse des Dépôts et Consignations, Jean-Pierre Halbron, ancien directeur général d'Alcatel, Jozef Cornu, ex-numéro 2 du groupe, sont tous des fidèles et le vieux briscard des télécoms pourra compter sur eux. Comme dit un ex-administrateur, "le conseil d'administration va enfin jouer son rôle et ne sera plus seulement une chambre d'enregistrement..."

Désormais, c'est à Serge Tchuruk de défendre l'intérêt des actionnaires d'Alcatel Lucent bien sûr, ceux des salariés, mais aussi ceux des Français tout simplement. Et là, plusieurs observateurs prévoient un bras de fer avec la dame du même métal à la tête du nouveau groupe depuis ce matin, Patricia Russo.

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