Les réformes structurelles au secours de l'emploi ?

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Après plusieurs mois d'embellie, la brusque remontée du chômage en janvier souligne la fragilité de la situation de l'emploi. Certains économistes estiment que seules de profondes réformes peuvent réellement améliorer la situation.

Hausse des inscriptions de jeunes issus des zones urbaines sensibles, où les ANPE se sont vues dotées de moyens supplémentaires après les émeutes de novembre, impact des réinscriptions simplifiées et ralentissement conjoncturel de fin 2005: le gouvernement n'a pas manqué d'arguments techniques et conjoncturels pour expliquer le retournement du marché du travail en janvier.

Il n'empêche, ce revirement à la hausse du chômage souligne la fragilité de l'amélioration de l'emploi de ces derniers mois. Pour la première fois depuis le mois de mai, le taux de chômage a augmenté en janvier, passant de 9,5% en décembre à 9,6%. Alors que l'année 2005 s'achevait sur un recul de 170.000 chômeurs, l'enregistrement de 16.300 chômeurs supplémentaires en janvier a surpris tout le monde. Et le gouvernement, qui s'étonne d'une telle embardée alors que "tous les indicateurs sont au vert", et les économistes, qui tablaient sur un taux de chômage inchangé, à en croire le consensus compilé par l'agence Bloomberg.

Pourtant, les Cassandre n'avaient pas manqué de mettre en garde sur la fragilité de l'amélioration de la situation de l'emploi ces derniers temps. Et de souligner notamment la faiblesse de la création d'emplois salariés, de 64.000 seulement en 2005. Le retournement de janvier prouve simplement que les mesures gouvernementales risquent de ne pas suffire à soutenir durablement la baisse du chômage. "Les mesures favorisant la baisse du chômage sont en train d'atteindre leurs limites", déplore ainsi Marc Touati, économiste chez Natexis Banques Populaires. "Il faudra bien qu'à un moment, la croissance et les créations d'emplois induites prennent le relais", renchérit Nicolas Claquin, économiste chez HSBC.

Reste qu'avec une prévision de 2% de croissance environ pour 2006, après le timide 1,4% en 2005, les perspectives d'embauches restent peu engageantes. "Dans ce cadre, et grâce au papy boom et au prolongement des mesures d'aide à la baisse du chômage, les créations d'emplois salariés devraient au mieux avoisiner les 125.000 et le taux de chômage reculer à 9% cette année", estime Marc Touati. Un seuil qui ne pourrait à terme être enfoncé que par des réformes structurelles sur le marché du travail.

Un avis que semble partager le gouvernement. Selon le Premier ministre, le retournement de tendance du taux de chômage en janvier appelle à davantage de mobilisation pour l'emploi, avec la mise en place "d'instruments efficaces". "350.000 Contrats Nouvelle Embauche (CNE) ont déjà été conclus depuis sa création, et le rythme ne ralentit pas; dans un tiers des cas l'embauche n'aurait pas été conclue", a affirmé Dominique de Villepin lors de sa conférence de presse mensuelle, le 1er mars.

Et les réformes du marché du travail se poursuivent, avec l'adoption le même jour du Contrat Première Embauche (CPE) au Sénat. Mais elles restent pour certains trop superficielles. "La faiblesse de la visibilité sur la croissance constitue un tel frein à l'embauche qu'il faudrait une généralisation du CNE pour obtenir une forte création d'emplois", estime Marc Touati. Outre cette souplesse, l'économiste préconise une réduction de la pression fiscale et réglementaire qui pèse sur les entreprises. Voilà qui devrait mettre la volonté du gouvernement à l'épreuve. Car une baisse des dépenses de l'Etat devrait bien entendu venir compenser le recul des recettes fiscales.

Surtout, chaque coup de canif porté à la rigidité du marché du travail ne pourra être donné sans un travail de pédagogie de la part du gouvernement. Car la grogne sociale guette. A commencer par la mobilisation nationale prévue le 7 mars contre le CPE par les principaux syndicats et les organisations lycéennes et étudiantes.

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