Le bilan économique des candidats boudé aux présidentielles

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La majorité ne profitera sans doute pas, lors des échéances électorales de l'année prochaine, des bons chiffres en matière de croissance et d'emploi de ces derniers mois. Car le volet économique joue peu dans la décision des électeurs et les bilans restent difficiles à tirer.

La majorité a beau se frotter les mains devant l'embellie économique du pays et le recul du chômage, rien n'indique que les Français s'en souviendront au printemps prochain. Après les bons chiffres de croissance du deuxième trimestre - 1,1%, un record depuis fin 2000 - le seuil des 9% de taux de chômage est désormais enfoncé. Mais le passé témoigne d'une absence totale de corrélation entre le bilan économique des hommes politiques et les élections présidentielles. En France, un bon bilan économique ne saurait suffire à une majorité pour être reconduite.

"Les deux gouvernements ayant bénéficié des meilleurs résultats sont ceux de Chirac (1986-1988) et de Jospin (1997-2002)", indique Nicolas Bouzou, économiste chez Astérès. Or, les deux hommes se sont présentés à l'élection présidentielle alors qu'ils étaient encore Premier ministre, et ils se sont tous les deux fait battre nettement au profit du candidat de l'opposition. François Mitterrand a battu Jacques Chirac en 1988, et Jacques Chirac Lionel Jospin en 2002, avec élimination dès le premier tour. "Chaque campagne a sa dynamique; un bon bilan ne garantit rien, car encore faut-il savoir le vendre", explique Emiliano Grossman, chargé de recherche au Centre d'études de la vie politique française (Cevipof). Les résultats économiques relativement bons - notamment sur le front de l'emploi - obtenus par les gouvernements Balladur et Juppé n'ont pas non plus été payants électoralement.

Sans doute un certain lien de causalité a-t-il été établi entre les résultats boursiers et le succès électoral des dirigeants. Une chute des cours de Bourse durant les mois qui précèdent des élections les pénalise. Mais cela est surtout vrai dans les autres pays ou, en France, pour les législatives. "Car l'élection du président au suffrage universel, pour les fonctions qu'il exerce, est particulier à l'Hexagone", explique Emiliano Grossman.

Si les remplacements incessants des ministres de l'Economie et des Finances ces dernières années montrent bien le rôle clé que le président assigne à ce poste, ils témoignent aussi, a contrario, du fait que ces questions ne sont pas directement de son ressort. Le président est davantage choisi pour ses aptitudes dans la résolution de conflits internationaux, le traitement de la politique européenne ou la sécurité. "C'est grâce à ce dossier crucial que Jacques Chirac avait remporté sa dernière victoire", commente le politologue.

Et puis les électeurs semblent prendre en compte davantage le projet des candidats que leur bilan. D'autant que le manque de lisibilité à long terme des mesures économiques et le rôle de l'économie internationale dans la croissance les amènent à se montrer prudents dans l'analyse des bilans économiques des hommes politiques. Par exemple, la forte croissance de l'emploi salarié pendant les années Jospin est en partie liée à l'instauration des 35 heures. "Mais cette mesure s'est traduite avec quelques années de retard par un appauvrissement de la croissance en emplois", estime Nicolas Bouzou. Aujourd'hui, la reprise française est souvent mise sur le compte de la croissance mondiale, tandis que le recul du chômage s'explique en partie par les emplois aidés et l'effet démographique des départs massifs à la retraite

Enfin, les Français ont une connaissance limitée des indicateurs économiques. Selon un sondage BVA-Sofres élaboré en début d'année pour le compte de Bercy, plus de la moitié d'entre eux ignorent le taux de chômage, le taux de croissance ou le montant de la dette française. Afin de palier ces lacunes, le ministre de l'Économie et des Finances vient de créer le Conseil pour la diffusion de la culture économique (Codice). Puisque les Français "vont être amenés à faire des choix importants dans quelques mois, je souhaite qu'ils soient informés le mieux possible par rapport aux promesses, par rapport aux programmes des uns et des autres", a déclaré Thierry Breton. Une initiative qui permettra peut-être de donner à l'économie un poids plus conséquent dans les présidentielles.

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