Philippe Brossard (Euler Sfac) : "les exportations souffrent de la remontée de l'euro"

Le chef économiste de Euler Sfac, Philippe Brossard, estime que la dégradation du commerce extérieur de la France est sans doute pour beaucoup dans la "très mauvaise surprise" de la croissance nulle observée par l'économie française au troisième trimestre.

Latribune.fr.- Comment expliquez vous la mauvaise performance de la croissance française cet été?

Philippe Brossard .- C'est en effet une très mauvaise surprise. Euler Sfac tablait plutôt sur une croissance de 0,5% au troisième trimestre. Il faut toutefois rappeler qu'il s'agit d'une estimation préliminaire sujette à des révisions ultérieures. Les composantes de la croissance - consommation, production, exportations, importations, variations de stock - ne seront pas connues avant plusieurs semaines, ce qui ne facilite pas l'analyse de ce chiffre aussi surprenant que décevant. La consommation estivale était plutôt bien orientée.

D'où vient le problème, alors?

Je vois deux explications. La contribution du commerce extérieur a probablement été négative au troisième trimestre. Nos exportations commencent à souffrir de l'appréciation de l'euro qui a gagné 8% depuis le début de l'année. Tandis que la bonne tenue de la consommation alimente un flux d'importations très importants. Résultat, le déficit extérieur français se creuse. La deuxième explication est plus technique. Après avoir fortement contribué à la croissance au deuxième trimestre (1,2%), les stocks des entreprises auraient pesé sur la croissance au troisième.

N'y a-t-il pas un problème de correction des variations saisonnières et des jours ouvrés?

C'est possible. La croissance française, mesurée par le PIB, est particulièrement erratique depuis quelques années. Le très bon chiffre du deuxième trimestre s'explique notamment par le fait que l'Insee a comptabilisé le lundi de Pentecôte comme un jour férié alors que de nombreux salariés ont travaillé ce jour là. Quoi qu'il en soit, ces chiffres remettent sérieusement en cause la vision de la BCE sur la solidité de la reprise en cours au sein de la zone euro.

Qu'est-ce que cela signifie pour la croissance française?

Avec un acquis de 1,9% à la fin du troisième trimestre, la croissance ne devrait finalement pas dépasser 2,1% à 2,2% en 2006. On reste toutefois dans les clous gouvernementaux. Le budget 2006 a été construit sur une fourchette de croissance comprise entre 2% et 2,5%. C'est pour 2007 que les choses se compliquent. L'économie française démarrera l'année avec un très mauvais acquis de croissance. Du coup, l'idée d'une croissance de 2% en 2007 me semble trop optimiste. La croissance 2007 sera plutôt comprise entre 1,8% et 2%.

L'Allemagne pourrait donc afficher cette année une croissance supérieure à la France?

Ce serait une première depuis des années. Mais j'attends de voir. Les chiffres allemands de croissance sont encore plus erratiques que les français. L'Allemagne connaît une très forte croissance de sa production industrielle mais la demande intérieure reste faible, de même que les créations d'emplois. Cette faiblesse de la consommation allemande pèse sur le commerce extérieur français. L'Allemagne est le premier partenaire commercial de la France.

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